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GENRE ET LGBT : UN MENSONGE SCIENTIFIQUE

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(Pr Fatou Sow SARR, Directrice de l’Institut du genre et de la Famille)

Le débat sur l’homosexualité associé au concept de genre prend de l’ampleur. Nous avons voulu comme chercheuse, y apporter notre part d’éclairage. Cet article est extrait d’une communication présentée en 2013 au Forum social de Tunis pour répondre à une question qui nous était posée à savoir : si après de longues années de réflexion et de pratique, le concept de genre est fécondant pour le développement des sociétés du Sud et s’il est vraiment porteur de progrès social et politique ou s’il n’est toujours qu’un agenda importé avec le modèle dominant ? 

 

Aux origines des concepts de rôle social et de genre

C’est Margaret Mead qui dans les années 30 en nouvelle Guinée Papouasie, découvre que les rôles assumés par les hommes et les femmes ne sont pas liés à un déterminisme biologique. Elle sera la première à parler de Social role. Un concept qui a permis d’étayer les analyses portant sur les différences entre sexe biologique et rôle social et de jeter les bases d’une réflexion collective avec d’une démarche scientifique sur la place des femmes dans la société.  Mais c’est dans le champ de la psychanalyse qu’est né le concept « genre », créé dans les années 1950 et 1960 par des psychologues et psychanalystes américains, dont les plus en vue sont John Money et Robert Stoller. John Money, de l’Université Johns Hopkins qui travaillait sur l’hermaphroditisme a reformulé les approches de Margaret Mead sur la socialisation des garçons et des filles. Et plutôt que parler de sex roles, il utilise le terme gender roles. Considéré comme le père de la « théorie du genre », ses travaux ont guidé des spécialistes sur les orientations sexuelles. Il sera rendu célèbre par une expérience qui s’est terminée de manière tragique et s’est avérée être une véritable escroquerie scientifique, mais qui a nourri pendant trente ans la pensée en Occident. C’est le cas David Reimer, un garçon et son jumeau qui avaient des difficultés à uriner, si bien qu’il fut décidé de les circoncire. Après l’opération ratée, laissant un des jumeaux sans pénis, leurs parents angoissés consultèrent John Money. C’était pour lui, l’occasion rêvée de démontrer que c’est l’éducation et non le sexe de naissance qui détermine si l’on est homme ou femme. Il propose alors aux parents de David de le soumettre à un traitement hormonal à base d’œstrogène et de recourir à la chirurgie pour le transformer en fille. Pendant 14 ans, il documenta le processus et en parla comme d’une réussite à travers ses publications. David Reimer, finira par publier lui-même son histoire en 1997 et parlera d’échec, car il ne s’est jamais considéré comme étant une fille et a fini par reprendre son identité masculine et par se marier. Il se suicidera en 2004 à l’âge de 38 ans. Même si John Money a été accusé d’avoir falsifié ses recherches, ses théories ont prospéré. Quant à Robert Stoller de l’Université de Californie, il s’intéressait à la transsexualité et parlait de gender identity en termes d’orientation sexuelle pour distinguer les transsexuels des homosexuels. C’était au temps du maccarthysme dans un contexte politique de lutte contre les homosexuels. Ses travaux débouchèrent en 1968 sur la publication d’un livre intitulé «Sex and Gender. The Development of Masculinity and Femininity».

 

L’appropriation du concept genre par les féministes

Le concept genre est donc une invention des « PSY », dont les féministes vont s’emparer, tout en s’opposant aux travaux de John Money et de Robert Stoller. Celles-ci s’intéressent à la dimension critique et rejettent la dimension normative, car elles perçoivent un danger dans la médicalisation du genre qui n’est pas seulement une question de savoir, mais également de pouvoir, comme le démontre le cas de David Reimer transformé en fille par la seule volonté du monde médical.

 

Institutionnalisation du genre en Amérique et non reconnaissance en France

 

Le genre connaitra des forces diverses selon les espaces de déploiement. Aux Etats-Unis, dans les années 1980, les études de genre s’institutionnalisent dans l’espace universitaire, mais la France est réticente au genre et lui préfère le terme de « rapports sociaux de sexe », prétextant que le gender est un concept « anglo-saxon » intraduisible. En réalité c’était pour des raisons politiques que la France avait fermé ses portes au genre. Parce que dans le sillage de la célébration du Bicentenaire de la Révolution française, les américaines critiquaient la déclaration des droits de l’homme de 1789 qui excluait de fait les femmes. La fracture s’installe alors et s’approfondit avec la politisation des questions sexuelles et la dénonciation du harcèlement sexuel d’une juge Américaine contre son supérieur le senteur HILL. Elisabeth Badinter apparaît comme l’une des figures de la contestation du model américain,

Pendant ce temps la société française connait de profondes mutations et un profond malaise s’installe autour des questions suivantes : prostitution, pornographie, harcèlement sexuel, violence envers les femmes, homosexualités, etc. A la fin des années 90, avec l’arrivée de la Gauche plurielle au pouvoir, on assiste à une politisation des questions sexuelles. Alors le genre a désormais droit de cité dans l’hexagone et cela conduit en 1999 au vote de la loi sur le pacs, destiné aux couples de même sexe ou non et de la loi sur la parité dans les mandats électoraux et les fonctions électives.

Après les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats Unis, on assiste à l’intégration du genre dans la nouvelle donne géopolitique. Les thèses de Samuel Huntington sur le Choc des civilisations (1993) sont revisitées par les politologues Ronald Inglehart et Pippa Norris (2003), qui considèrent que le «véritable conflit des civilisations», n’est pas lié à la démocratie représentative, mais aux questions sexuelle. Pour eux il existe un fossé irréductible entre les cultures « occidentale » et « musulmane » traduit par les enjeux autour du voile islamique, des mariages forcés et de la polygamie, des mutilations génitales, de la condition des femmes, mais aussi de l’homosexualité et de la dépénalisation de la sodomie, entre autres. Il s’agit à la fois d’égalité entre les sexes et de liberté sexuelle. Ainsi, c’est au nom de la « Démocratie sexuelle » comme l’explique Eric Fassin (2008) que se met en place le nouvel ordre international. La France finira par entrer dans les rangs.

 

Les usages impérialistes du genre et les résistances des pays du Sud

 

C’est avec l’ouvrage d’Ann Oklay Sex Gender and sSciety publié en 1972, empruntant le titre de Robert Stoller Sex and Gender, que le concept prend son envol sur le terrain du développement. Les africaines qui ont choisi la perspective scientifique, découlant des travaux des anthropologues utilisent le genre comme outil d’analyse pour faire la distinction entre la dimension biologique (le sexe) et la dimension sociale. Quant à l’Europe, elle s’est inscrite dans la perspective militante à partir ses travaux des «Psy» qui prennent source dans ceux de John Money qui se sont révélés être un véritable mensonge scientifique. Malgré tout, pendant 30 ans, son point de vue était devenu le point de vue dominant chez les médecins et psychologues. Ainsi, l’occident resté sous l’influence de fausses théories de Money sur les questions d’identité sexuelle, essaie d’imposer son point de vue au reste du monde. Mais les dérives impérialistes du genre n’ont pas échappé aux figures marquantes de la pensée féministe et de la construction du concept genre dans les pays du Sud. En 1995 à Beijing, le débat a été rude et les africaines ont réfuté les orientations sexuelles. Même si la perspective des théories de genre reste au cœur des politiques de coopération avec les pays africains, des résistances multiformes s’expriment pour rejeter ce qui est considéré comme une forme de domination culturelle, y compris sur le plan intellectuel.

 

Doit-on renoncer à la science pour des raisons politiques ?

 

Le genre apparait comme un outil intellectuel à double face. D’un côté, il offre une grille de lecture pertinente qui questionne les rôles que la société impose à chaque sexe. De l’autre, il abrite une réflexion militante selon laquelle, l’identité sexuelle ne saurait se résumer au sexe de naissance ni se restreindre au rôle sexuel social et que chacun doit être libre de son identité, se choisir, se déterminer, expérimenter ; car la division male/femelle de l’humanité est arbitraire. Les nouveaux enjeux tournés autour de la sexualité comportent des risques pour les femmes du Sud qui avaient fait du concept un porte étendard de leurs luttes. C’est donc avec la prise de conscience que la science n’est pas neutre, même si elle est objective, que les africaines doivent relever le défi d’une production scientifique capable de répondre aux problèmes de leur contexte. Aujourd’hui, plus aucun Sénégalais ne veut se revendiquer comme étant marxiste, mais si l’idéologie athée du marxisme peut être rejetée, faut-il pour autant en faire de même avec le matérialisme historique, car plus personne ne peut se passer du concept de classe sociale. En ce qui concerne la dimension scientifique du concept genre, elle a donné une nouvelle clé de lecture de la société, mais il y a lieu de faire la distinction entre la «théorie du genre» conçue par Money sur la base d’un mensonge scientifique et la démarche scientifique et les outils produits à partir des travaux des anthropologues, des sociologues et des économistes du développement.

 

Conclusion 

 

Ce débat montre l’importance pour nos pays de se donner les moyens de la production des connaissances afin de faire face aux impérialismes de la pensée, sur la question de l’homosexualité. Les anthropologues comme Claude Lévi-Strauss nous ont appris que toute société est bâtie sur des interdits qui la différencient des sociétés animales et que l’inceste est le premier interdit dans toutes les sociétés. L’homosexualité peut être une déviance mais peut aussi être liée à un désordre biologique et nos sociétés l’ont toujours géré. Aujourd’hui les risques de déstructuration de la société sont réels, c’est pourquoi en 2019 nous avions conviés tous les candidats à la présidentielle à une réflexion avec la brochure : Quel Président pour la Famille ? La question demeure importante et même essentielle. Les Sénégalais doivent être unis et faire bloc face à ce nouvel ordre mondial de transformation des structures de la famille. C’est d’abord par l’éducation au sein des familles et avec la prise de conscience que les médias vont façonner les questions de demain, que nous obtiendrons la solution. Cela, quel que soit le régime en place. Notre projet de société doit faire l’objet d’un débat sain et serein, sans aucune politisation.  Nous ne devons pas nous tromper d’adversaire. Il en va du futur de nos sociétés.