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PETITE ENFANCE – REPORTAGE : En visite à la pouponnière de Nianing

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Abandonnés, issus de familles en situation difficile ou orphelins, les enfants vulnérables sont recueillis par des structures qui les prennent entièrement en charge dès le début de leur vie. Lii Quotidien est allé à la rencontre de braves femmes qui donnent tout leur temps et énergie aux très jeunes enfants en difficulté, dans la région de Thiès.

Départ de Dakar un samedi matin direction le village de Nianing, à 8km au sud de Mbour. Un peu plus de 2h de route plus tard, nous arrivons à la Pouponnière Cité de l’Emmanuel de Nianing. Accueillis par Soeur Marthe, directrice de l’établissement ouvert en 2015, nous entrons par un grand jardin et, au milieu des manguiers, citronniers et tamariniers, découvrons le bâtiment qui abrite la pouponnière.

Contrairement aux crèches et garderies, les pouponnières accueillent les enfants de jour comme de nuit. Celle de Nianing prend en charge les très jeunes enfants, de l’âge de la naissance à 18 mois. Ces derniers sont d’abord recueillis d’urgence par l’Aemo (Action Educative en Milieu Ouvert) ou par les sapeurs-pompiers. Actuellement, 31 bébés dont 15 filles et 12 garçons vivent à la pouponnière Cité de l’Emmanuel.

Cette structure qui ne bénéficie d’aucune subvention reçoit régulièrement, souvent les week-ends, des groupes et particuliers venus apporter des dons. Ce jour là, une famille, un groupe de femmes d’église, les jeunes d’une association étudiante chrétienne et les membres de l’association des femmes pharmaciennes de Mbour s’y sont croisés : lait en poudre, couches, eau et autres biscuits ont été remis aux encadrantes autour d’un moment de partage et d’une visite des locaux pour rencontrer les enfants.

Une équipe d’accompagnantes dévouée et 100% féminine

En plus de Soeur Marthe, directrice de l’établissement, Soeur Marie-Annick, infirmière ou encore Soeur Sophie, plusieurs nourrices viennent appuyer l’équipe, une partie de jour et l’autre de nuit. Leur objectif : lutter contre la mortalité infantile, accompagner ces nourrissons dans leurs premiers moments de vie sereinement et à long terme, promouvoir la vie en famille : “Ces enfants n’ont pas demandé à venir au monde” disent-elles.

“Certains d’entre eux ont perdu leur maman au moment de l’accouchement ou ont des parents qui ont des problèmes de santé mentale et ne sont pas en mesure de s’occuper d’eux. Ils viennent d’ailleurs leur rendre visite lorsqu’ils le peuvent. D’autres ont été abandonnés à la naissance et nous sont directement remis par les sapeurs-pompiers qui les retrouvent.”

Étudiante infirmière de 17 ans et résidente de Nianing, Ndella a quant à elle été touchée par ces très jeunes enfants en situation difficile et a donc décidé d’effectuer son stage à la pouponnière. Elle y restera un an avant de partir pour sa future université.

Des visites encadrées dans le respect des tout-petits

À l’entrée du bâtiment, une pancarte rappelle que les photos et vidéos sont interdites à l’intérieur et que même si les visiteurs peuvent jouer avec les enfants ou les aider à se nourrir, seules les soeurs et soignantes, qui s’occupent d’eux au quotidien, sont autorisées à les changer : “sois à l’écoute de mes émotions, laisse moi venir à toi” peut-on lire sur la pancarte.

Aussi, pour préserver les enfants au maximum et également respecter leur cycle de sommeil, on peut y lire que les matelas leur sont réservés et que les “conversations d’adultes” doivent rester entre adultes.

Un espace sain où ces derniers peuvent grandir bien entourés et choyés jusqu’à leur départ, aux alentours de leurs 18 mois. Parmi eux, certains savent déjà applaudir et même danser. Les bâtiments colorés qui les accueillent dans les meilleures conditions possibles permettent à ces enfants aux histoires difficiles de s’épanouir au maximum et dans la joie.

Un établissement avec des besoins financiers et matériels

Afin de générer des revenus car la structure vit exclusivement des dons, des offres de logement à petit prix sont mises à disposition de bénévoles venant aider à gérer les tétées ou de personnes souhaitant tout simplement changer d’air. Deux grandes chambres ont alors été aménagées proposant un accueil avec petit-déjeuner inclus.

Par ailleurs, le grand jardin qui entoure la pouponnière, plein d’arbres fruitiers, leur donne papayes, goyaves et citrons qui sont revendus au kilo ou en confitures.

Tout comme les visites, les remises de dons matériels sont encadrées via un formulaire de contact disponible sur leur site et les réceptions de dons financiers sont rendues possibles via les applications de mobile money. D’autres remises de dons plus informelles leur parviennent de temps en temps : Soeur Marthe raconte qu’une année, les élèves d’une classe avaient chacun cotisé 10 francs et étaient venus remettre leurs 150 francs récoltés au total pour aider les enfants. Preuve que la solidarité n’a pas d’âge, ce don avait beaucoup touché l’ensemble de l’équipe.

Toute l’année, la pouponnière récolte également des dons médicaux : sérum physiologique, suppositoires, compresses, coton… Une fois par mois, le Dr Germaine de l’hôpital de Mbour vient consulter les enfants et le dispensaire de Nianing prend en charge l’ensemble de leurs vaccinations.

Un suivi qui se poursuit même après le départ de la pouponnière

Une fois que les enfants atteignent l’âge de 18 mois, ils sont récupérés par leurs parents s’ils en ont la capacité, sont remis à des familles d’accueil ou à l’adoption, toujours via l’Aemo. À cette étape-clé de leur vie, le personnel de la pouponnière leur remet un kit de tements, lait, céréales infantiles, et produits d’entretien pour faciliter leur réinsertion. L’équipe se charge également de les mettre en relation avec des infirmiers et médecins qui se chargeront de poursuivre leur accompagnement médical.

Enfin, chaque année, une cérémonie de l’arbre de Noël est organisée, cérémonie à laquelle tous les enfants qui sont passés par la pouponnière à un moment ou à un autre de leur vie sont conviés et reçoivent un cadeau.

D'après votre journal Lii Quotidien n°327 du 13 août 2021