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REPORTAGE : Au coeur d’un écovillage Baye fall à Kamiak

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Lii Quotidien est allé à la rencontre des membres de l’association Jiwniit à «Kamyaak Village», un village auto-géré par une communauté de Baye Fall non loin de Fatick. Au programme, trois journées en immersion entre soirée d’accueil, apprentissage et ateliers en tout genre.

Par Laura M. FORTES

Pikine, station des Baux Maraîchers, un vendredi après-midi. C’est à bord d’un bus collectif que nous embarquons pour un week-end en immersion à « Kamyaak Village », un écovillage Baye Fall fondé par le musicien Sahad Sarr il y a maintenant 3 ans. Prochain arrêt : Tataguine, où nous attend la charrette pour rejoindre le village de Kamiak à l’intérieur des terres, à 7 kilomètres de là. Tout autour, des villages sérères. 

Après une visite des lieux et un repas partagé, une présentation de la démarche de l’association JiwNit est faite par ses acteurs principaux. « Jiwnit » ou « pour semer des graines d’humanité » a pour but de soutenir des projets sociaux, environnementaux, culturels, agricoles, éducatifs et sociaux et la fondation de l’écovillage Kamyaak est leur premier projet. Un écovillage parti de rien dans une zone presque déserte, entouré de villages sérères avec lesquels ils sont en étroite collaboration depuis le départ. Dans ce village, tout le monde, hommes comme femmes, contribuent à la vie de groupe et participent à toutes les tâches.

La plupart des sympathisants qui font tourner l’activité viennent de Dakar et ont eux-mêmes eu un temps d’acclimatation pour s’adapter aux réalités rurales dans le but, par la suite, d’apporter des formations professionnalisantes aux femmes des villages alentours, à ce jour dans cinq domaines:savon, café, aviculture, maraîchage et textile. 

 

Un week-end en immersion décliné en plusieurs ateliers 

Le samedi matin, initiation au maraîchage avec Amdy, électricien de formation, qui s’est lui-même formé en agriculture raisonnée à Kamyaak puis est parti suivre une formation d’un mois sur la conception d’un écovillage en Gambie. 

Un atelier d’initiation à l’agroécologie selon le cahier des charges sénégalais qui s’est tenu dans leur jardin expérimental, aussi jardin communautaire. « Les hommes des villages voisins ne pensaient pas que l’on réussirait à faire pousser des choses ici sans utiliser autant de pesticide qu’il n’est employé habituellement, car les sols sont très pauvres » explique-t-il.

Les agriculteurs en herbe de « Kamyaak Village » ont donc fait le pari de rendre les sols du village à nouveau fertiles en le travaillant progressivement après des années de culture intensive de mil et d’arachide à l’aide de produits chimiques qui, en plus d’appauvrir les sols, devaient sans cesse être augmentés, à l’instar d’une drogue. Ici, le choix d’arbres brise-vent et la permaculture sont les principaux outils employés pour maximiser les chances de pousse et de survie des fruits et légumes du jardin. 

Visite de la pépinière de piments irriguée par un système d’arrosage goutte-à-goutte

Après une analyse énergétique, un apprentissage des différentes familles d’arbres et de leurs apports, des herbes aromatiques, plantes médicinales et fruits et légumes tels que le piment, l’oignon ou encore l’aubergine ont pu être plantés. Le tout arrosé à l’aide des différents puits creusés par les bénévoles et, petit à petit, les installations d’irrigation goutte à goutte qui facilitent le travail des femmes qui l’entretiennent. « Le manque d’eau est notre seul souci » déclare Fatou, présidente des femmes du village, « L’arrosage manuel nous fatigue, mais grâce au système d’irrigation goutte à goutte nous pouvons travailler plus facilement. Nous sommes déterminées et motivées ».

En deuxième partie de matinée, c’est Bernard, rappeur et couturier de profession, qui reçoit les apprenantes pour une micro-formation à l’aviculture dans le respect de l’animal. Il explique entre autres comment gérer un cheptel de poules pondeuses depuis le stade de poussin. « Dans le système de l’agriculture intensive, leur croissance est accélérée pour plus de rendement. Ici, nous laissons nos poules grandir naturellement ; elles commencent à pondre à partir de l’âge de six mois et peuvent vivre jusqu’à trois, quatre ans », explique-t-il.

Fabrication de savons artisanaux à base de feuilles de moringa

L’après-midi, ce sont les femmes des villages voisins qui donnent un cours de fabrication de savon artisanal à base d’ingrédients locaux : moringa, neem, clou de girofle ou encore beurre de karité. La journée s’achève par l’atelier de fabrication de « café touba » en commençant par rappeler les origines de cette boisson aujourd’hui consommée par beaucoup de sénégalais. S’en suivent la démonstration du tri des grains encore crus, importés de Côte d’Ivoire, puis de leur cuisson avec le poivre de Selim importé de Guinée, indispensable à la recette traditionnelle de ce café bien particulier. Mouture et tamisage étaient évidemment au programme, avant la dégustation. 

Ce week-end-là, Marie-Madeleine Diouf, fondatrice de la marque NunuDesign by DK et sa teinturière Seybatou ont fait l’honneur de leur présence à Kamyaak afin d’offrir une formation à la teinture aux femmes des villages. Le lendemain matin, elles ont donc permis aux participantes du week-end d’apprendre la fameuse teinture «tie and dye» à la main, un plaisir pour cette créatrice de mode qui nourrit le désir d’aller à la rencontre des populations pour toujours communier avec le textile du terroir sénégalais. 

Cuisson du “café touba” à la main

Des vocations spirituelles et sociales

« On veut sensibiliser les gens au respect de la nature » explique Pape Modou, étudiant en sciences physiques et chimie et basketteur. Lui qui a appris à faire le café dès l’âge de 10 ans est investi au niveau de l’atelier de production de café touba. Désormais équipés de machines pour la mouture et la torréfaction, ils espèrent bien pouvoir produire 100 kilos de café touba par mois. « On souhaite produire un café de qualité, avec de bonnes valeurs ». Amdy rappelle : « Ici à Kamyaak, l’ensemble de nos objectifs sont étroitement reliés au développement des aspects sociaux, économiques et écologiques ».

Parmi les nombreux objectifs économiques et sociaux du projet, la participation à l’autonomisation des femmes des zones rurales en leur donnant accès à des activités génératrices de revenus. Cela permettant dans le même temps de contribuer à l’autosuffisance alimentaire de la zone et de donner des perspectives d’emploi aux jeunes des villages les plus reculés du pays à travers la formation dans différents domaines. Le tout en communion avec la nature. Un juste retour aux sources à des kilomètres de la ville, avec des moments de partage autour des valeurs du travail, de la richesse non matérielle de la spiritualité.