La Journée mondiale contre le cancer a été célébrée hier mercredi 04 février au Sénégal. Cette Journée qui a pour objectif de renforcer le plaidoyer et la mobilisation en faveur de la prévention, du dépistage et de l’accès équitable aux soins contre cette maladie, est une occasion de revenir sur les défis qui fragilisent la lutte et les risques.
Par Idrissa NIASSY
La lutte contre le cancer demeure un défi majeur de santé publique, particulièrement dans les pays à revenu faible et intermédiaire. Malgré les avancées médicales et les engagements politiques affichés, l’efficacité de la réponse reste entravée par plusieurs obstacles structurels, au premier rang desquels l’accès limité aux soins spécialisés, l’insuffisance de programmes de dépistage organisé et le déficit criant en ressources humaines qualifiées. L’un des principaux goulots d’étranglement réside dans l’accès aux soins spécialisés. Les structures capables d’assurer un diagnostic précis, des traitements adaptés, chirurgie oncologique, chimiothérapie, radiothérapie, et un suivi de qualité sont peu nombreuses et souvent concentrées dans les grandes agglomérations.
Cette centralisation oblige de nombreux patients, notamment ceux vivant en zones rurales, à parcourir de longues distances, avec des coûts financiers et sociaux importants, retardant ainsi la prise en charge et réduisant les chances de survie. À cela s’ajoute l’insuffisance des programmes de dépistage organisé. Pourtant reconnu comme un levier essentiel pour réduire la mortalité liée au cancer, le dépistage précoce reste limité, fragmenté ou dépendant d’initiatives ponctuelles. Les cancers les plus fréquents, tels que ceux du sein, du col de l’utérus ou de la prostate, sont souvent diagnostiqués à des stades avancés, lorsque les options thérapeutiques sont plus lourdes, plus coûteuses et moins efficaces.
Le manque de sensibilisation des populations, combiné à l’absence de stratégies nationales structurées et pérennes, aggrave cette situation. Le déficit en ressources humaines de qualité constitue un autre frein majeur. Oncologues, radiothérapeutes, anatomopathologistes, infirmiers spécialisés et techniciens qualifiés sont en nombre insuffisant pour répondre aux besoins croissants. Cette pénurie se traduit par une surcharge de travail, des délais d’attente prolongés et, parfois, une prise en charge incomplète. La formation initiale et continue, tout comme les politiques de rétention des professionnels de santé, peinent encore à suivre le rythme de l’évolution de la charge de morbidité liée au cancer.
Une approche globale et intégrée
Face à ces défis, le Professeur Ousmane Cissé, Directeur général de la santé (Dgs) au ministère de la Santé et de l’Hygiène Publique, appelle à une approche globale et intégrée. « Le renforcement des infrastructures sanitaires, la mise en place de programmes nationaux de dépistage organisés, accessibles et équitables, ainsi que l’investissement dans la formation et la valorisation des ressources humaines apparaissent comme des priorités incontournables », a-t-il déclaré. Le Dgs présidait hier la journée mondiale contre le cancer axée sur le thème : « Unis par l’unique : Regards croisés sur le cancer, du vécu à l’action ».
Cet événement est célébré au Centre antipoison de l’Hôpital de Fann de Dakar. « À l’heure où l’incidence du cancer ne cesse d’augmenter, l’enjeu n’est plus seulement médical, mais aussi social, économique et politique », ajoute-t-il. Selon lui, la situation est très préoccupante au Sénégal. Selon le Centre international de recherche sur le cancer, 11 841 nouveaux cas de cancer sont enregistrés chaque année, dont 8 134 décès. Une collecte rétrospective des données organisée entre 2024 et 2025 pour la période allant de 2015 à 2014, dans 32 structures publiques et privées, a permis d’administrer plus de 30 000 cas et de confirmer une forte prévalence des cancers du sein, du col, de l’utérus et de la prostate. Ces données révèlent également la disparité régionale, avec près de 41 % de ces cas concentrés dans les régions de Dakar et Kaolack, mettant en exergue une nécessité de renforcer l’accès aux soins et le dépistage dans toutes les régions du pays. Pour y répondre, le Sénégal a élaboré un Plan stratégique national de lutte contre le cancer 2025-2029, centré sur la prévention, le dépistage précoce et l’amélioration de la prise en charge au cœur de l’action nationale.
Les risques, l’élément le plus inquiétant
Prenant la parole à la cérémonie d’ouverture de la Journée mondiale contre le cancer, le président de la Société sénégalaise de cancérologie (Sosecan), le Pr Déme, expert oncologue, par ailleurs, a fait savoir que le plus inquiétant, c’est surtout les risques. Au Sénégal, le risque d’incidence est de presque 11 %, c’est-à-dire une (1) personne sur 10 a le risque d’avoir un cancer dans sa vie. « Le plus grave encore, c’est le risque de décès avant 75 ans, qui est presque de 8 % », a-t-il indiqué. C’est pourquoi, la Société sénégalaise de cancérologie est « très » disponible et s’engage au côté du ministère de la Santé pour participer activement à la lutte contre le cancer. Abondant dans le même sens, le Pr Oubraham Lylia, Medical Officer à l’Oms, a fait savoir que le cancer n’est plus une crise silencieuse en Afrique. « Il s’agit d’une urgence de santé publique croissante qui exige une action urgente, équitable et durable », a-t-elle déclaré. Selon elle, plus d’un million de nouveaux cas sont diagnostiqués chaque année dans le monde, et près d’un million de personnes décèdent des suites de la maladie. Pour Mme Lylia, le cancer n’est pas seulement un problème de santé, c’est aussi un défi pour le développement. « Il met à rude épreuve les familles, affaiblit les systèmes de santé et sape les progrès économes », a-t-elle souligné.
Avant de saluer les résultats encourageants obtenus l’année dernière, dans le cadre de la lutte contre cette maladie. « L’OMS continuera à soutenir les pays africains par le biais d’initiatives mondiales et régionales fondées sur des données probantes, notamment la stratégie mondiale de l’élimination du cancer du col de l’utérus, l’initiative mondiale contre le cancer du sein, l’initiative mondiale contre le cancer de l’enfant, la plateforme mondiale pour l’accès aux médicaments contre le cancer de l’enfant et les services intégrés de lutte contre le cancer chez les femmes », a-t-elle conclu.
La Ligue sénégalaise contre le cancer (Lisca), l’Alliance de lutte contre les Maladies tropicales négligées représentant la société civile, ont pris part à cette Journée de commémoration contre le cancer.




























