Pour lutter contre le vol de bétail en Afrique de l’Ouest, plus de 70 participants venant de 15 pays de la région, sont en conclave dans la capitale sénégalaise, Dakar. Cette rencontre organisée par la Fao, est une occasion pour le ministre malien de l’Élevage et de la Pêche de revenir sur le modèle de lutte mis en place pour dissuader les voleurs. C’est aussi une occasion pour les 15 pays de mettre en place une coalition sous-régionale pouvant permettre de mettre fin à ce fléau.
Par Idrissa NIASSY
Le vol de bétail constitue l’une des principales menaces pesant sur les économies pastorales en Afrique de l’Ouest. Au-delà des pertes économiques considérables qui dépassent désormais les 467 millions de dollars, ce fléau alimente l’insécurité, exacerbe les conflits communautaires et fragilise la cohésion sociale dans des zones déjà confrontées à la pauvreté et à la pression climatique. Face à cette réalité, le Mali a développé, au fil des années, un modèle de lutte intégrée contre le vol de bétail qui suscite aujourd’hui l’intérêt de plusieurs pays de la région. Reposant sur une approche à la fois communautaire, sécuritaire et institutionnelle, le dispositif malien se distingue par l’implication directe des éleveurs, des autorités locales et des forces de défense et de sécurité.
La mise en place de comités de vigilance villageois, le renforcement des mécanismes traditionnels de médiation, ainsi que la collaboration étroite entre populations et services de sécurité ont permis d’améliorer la prévention et la détection des vols. À celle-là, s’ajoutent l’identification et le suivi du cheptel. Selon le ministre de l’Élevage et de la Pêche du Mali, Youba Bah, qui a pris part à l’atelier sous-régional sur le vol de bétail, qui se tient du 09 au 12 février 2026, louant le modèle malien, a fait savoir que dans certaines zones, l’enregistrement des animaux, couplé à des systèmes de traçabilité et à un contrôle plus strict des marchés à bétail, a contribué à réduire les circuits de revente illicites. « Cette stratégie est appuyée par un cadre juridique plus dissuasif, avec des sanctions renforcées contre les réseaux organisés de voleurs de bétail », a-t-il expliqué.
L’atelier a réuni plus de 70 participants représentant 15 pays d’Afrique de l’Ouest (Bénin, Burkina Faso, Cap-Vert, Côte d’Ivoire, Gambie, Ghana, Guinée, Guinée Bissau, Liberia, Mali, Niger, Nigeria, Sierra Leone, Togo et le Sénégal). Les résultats observés au Mali, malgré un contexte sécuritaire complexe, montrent une baisse significative des vols dans les zones où ces mécanismes sont effectivement appliqués. Surtout, le dialogue permanent entre agriculteurs et éleveurs a permis d’atténuer les tensions et de prévenir des affrontements souvent meurtriers.
Un modèle à reproduire dans les pays de l’Afrique de l’Ouest
Ce modèle mérite d’être adapté et reproduit dans les pays de l’Afrique subsaharienne confrontés aux mêmes défis, notamment au Sénégal, au Niger, au Burkina Faso ou encore au Tchad. Toutefois, sa transposition nécessite une prise en compte des réalités locales, un engagement politique fort et des investissements durables dans la sécurité rurale et la gouvernance locale. À l’heure où l’élevage demeure un pilier essentiel de la sécurité alimentaire et de l’économie régionale, l’expérience malienne apparaît comme une source d’inspiration majeure. Copier ce modèle, en l’adaptant aux contextes nationaux, pourrait constituer une réponse efficace et durable au vol de bétail, tout en contribuant à la stabilité et au développement des territoires ruraux en Afrique subsaharienne. Ce modèle prévoit également l’aménagement des espaces pastoraux sécurisés, par la création des périmètres pastoraux sécurisés et contrôlés, et des points d’eau pour réduire la vulnérabilité des couloirs transhumants.
L’aménagement des pistes transhumantes et le contrôle des points de transhumance par la multiplication des postes de contrôle sur ces points de transhumance et des pistes de commercialisation du bétail, permettant ainsi d’identifier le bétail volé avant toute vulnérabilité de transaction. Bintia Stephen Tchicaya, coordonnatrice sous-régionale de la Fao pour l’Afrique de l’Ouest, prenant la parole, a fait savoir que, face à la réalité du vol de bétail, six livrables majeurs constituant une base documentaire et stratégique solide, ont été réalisés par la Fao durant l’année 2025, pour renforcer non seulement la coopération, mais harmoniser les approches et construire des réponses coordonnées à l’échelle nationale, transfrontalière et régionale.
Vers la numérisation du cheptel
Pour prévenir le vol de bétail et renforcer la sécurité pastorale, Le Mali et le Sénégal, dans leur partenariat avec la Fao, ont conçu de nouveaux outils de numérisation du cheptel. Cette numérisation du cheptel permettra l’identification et le suivi des animaux à temps réel. Pour cela, les bolus électroniques insérés dans l’estomac des animaux, permettent une identification infalsifiable. Les boucles Rfid, faciles à poser, permettent une lecture rapide sur les marchés et aux postes frontaliers. Pour les troupeaux de grande valeur, les dispositifs Gps assurent un suivi précis en temps réel. Tous ces outils convergent vers des bases de données interopérables, capables de dialoguer entre pays et de garantir une traçabilité complète, de l’exploitation au marché. Le ministre de l’Agriculture, de la Souveraineté Alimentaire et de l’Élevage, Mabouba Diagne, venu présider la cérémonie d’ouverture de cet atelier international, a appelé à la mise en place d’un programme de coopération régionale visant à harmoniser les dispositifs d’identification et de traçabilité du bétail ; renforcer les mécanismes de concertation bilatérale et multilatérale ; développer des corridors sécurisés pour la mobilité pastorale ; et à partager les informations et coordonner les opérations de surveillance.
Tous ces outils réunis, permettront de mettre en place une Coalition sous-régionale qui rassemblera l’ensemble des acteurs impliqués dans la gouvernance pastorale : les États membres du Cilss, de la Cedeao, de l’Aes, de la Fao, de l’Oim, les organisations pastorales, les forces de défense et de sécurité, les entreprises technologiques et les réseaux communautaires.































