Aujourd’hui, au large des côtes de l’Afrique de l’Ouest, dans l’Océan atlantique, une situation dévastatrice est en cours. D’immenses flottes industrielles étrangères pillent nos océans. Elles épuisent les populations de poissons et poussent les communautés côtières au bord du gouffre.
Par Idrissa NIASSY
D’immenses chalutiers industriels, certains trois fois plus longs que la Tour Eiffel, ravagent la magnifique Zone de Convergence Canaries–Guinée, l’une des régions marines les plus riches de la planète Terre. Elles utilisent des techniques de pêche si destructrices qu’un seul chalutier peut capturer en une journée autant de poissons qu’une cinquantaine de pirogues en une année. Ces navires capturent 10 à 100 fois plus de poissons par sortie que les embarcations traditionnelles, laissant les pêcheurs locaux avec des filets vides. Mais l’espoir existe.
Les pays d’Afrique de l’Ouest sont prêts à porter la création d’un sanctuaire marin entièrement protégé dans cette zone. Une initiative qui s’inscrit dans une dynamique régionale de lutte contre le « pillage » des océans et de défense de la souveraineté maritime. Cette protection va mettre un terme à la pêche industrielle destructrice et permettre à l’océan de se régénérer afin que les poissons reviennent et que les générations futures héritent d’un océan vivant. Car, de Dakar à Nouakchott, en passant par Bissau et Abidjan, le constat est partagé : les stocks de poissons s’amenuisent dangereusement. La pêche illégale, non déclarée et non réglementée (Inn), conjuguée à l’intensification des activités industrielles, menace non seulement la biodiversité marine, mais aussi la sécurité alimentaire et les moyens de subsistance de millions de personnes.
Dans une région où le poisson constitue l’une des principales sources de protéines et un pilier de l’économie locale, la dégradation des écosystèmes marins est devenue une urgence stratégique. Les acteurs de la pêche artisanale, gardiens traditionnels de ces eaux, dénoncent depuis des années la concurrence déloyale des grandes flottes étrangères et l’insuffisance des mécanismes de contrôle.
Raison pour laquelle, la ratification par plusieurs États Ouest-africains du Traité international sur la haute mer, adopté sous l’égide des Nations unies, marque un tournant. Ce texte vise à permettre la création d’aires marines protégées en haute mer et à protéger 30 % des océans d’ici 2030. Pour les pays de la façade atlantique ouest-africaine, ce cadre juridique ouvre la voie à une coopération accrue et à la désignation éventuelle d’une zone sanctuarisée, totalement interdite à l’exploitation industrielle. L’objectif : restaurer les stocks halieutiques, préserver les habitats critiques et renforcer la résilience climatique des écosystèmes marins.
Si aucun sanctuaire entièrement protégé n’est encore officiellement établi dans l’Atlantique ouest-africain, les discussions s’intensifient au sein des instances régionales. Des initiatives communes en matière de surveillance maritime, de partage d’informations et de gestion durable des ressources sont déjà en cours. La création d’un sanctuaire supposerait toutefois une coordination politique forte entre États côtiers, ainsi qu’un engagement financier et technique conséquent. Elle impliquerait également un arbitrage délicat entre impératifs économiques immédiats et préservation à long terme des ressources.
Au-delà de la protection de la biodiversité, le projet de sanctuaire marin s’inscrit dans une logique plus large de souveraineté maritime et de promotion d’une économie bleue durable. Pour les pays d’Afrique de l’Ouest, il s’agit de reprendre le contrôle de leurs ressources stratégiques et d’assurer aux générations futures un accès équitable et durable aux richesses de l’océan.































