Des millions de personnes atteintes d’une maladie tropicale négligée connaissent d’énormes souffrances, qui passent souvent inaperçues, dues à la discrimination, à la stigmatisation sociale et à des troubles mentaux non traités, prévient l’Organisation mondiale de la santé (Oms).
Par Idrissa NIASSY
L’Organisation mondiale de la santé (Oms) et ses partenaires appellent les gouvernements à intégrer les soins de santé mentale dans les efforts visant à éliminer les Maladies tropicales négligées (Mtn), afin que la douleur et l’isolement soient systématiquement pris en charge. Dans un communiqué qui nous est parvenu à l’occasion de la Journée mondiale consacrée à ces maladies, plus d’un milliard de personnes dans le monde souffrent d’une maladie tropicale négligée et autant de troubles de santé mentale.
Les personnes atteintes de ce type de maladie qui entraînent des incapacités physiques ou des déformations, comme la leishmaniose cutanée, la lèpre, la filariose lymphatique, le mycétome et le noma, sont particulièrement exposées à la stigmatisation et à la discrimination. Toutefois, les idées fausses liées à la contagion et à l’infection aggravent encore la stigmatisation, la discrimination et l’exclusion sociale. Le document nous montre que les personnes atteintes de maladies tropicales négligées chroniques souffrent davantage « de dépression et d’anxiété » et présentent plus souvent des « conduites suicidaires » que la population générale et les personnes atteintes d’autres maladies chroniques. Pourtant, beaucoup ne bénéficient pas des soins et du soutien dont elles ont besoin au sein de leurs communautés. C’est pourquoi, pour combler cette grave lacune, l’Organisation mondiale de la santé a récemment publié son premier guide mondial sur les mesures essentielles pour les soins de santé mentale et la lutte contre la stigmatisation des personnes souffrant de Maladies tropicales négligées.
Les progrès réalisés au cours de la dernière décennie montrent l’efficacité de l’unité et de la collaboration : 1,4 milliard de personnes seulement ont besoin d’interventions pour les Maladies tropicales négligées, un niveau historiquement bas, et la mortalité, la morbidité et le nombre de personnes touchées ont considérablement baissé.
À ce jour, 58 pays ont éliminé au moins une maladie tropicale négligée, et l’objectif de 100 pays d’ici à 2030 est désormais en vue. Plusieurs pays, dont le Brésil, les Fidji, la Jordanie et le Niger, la Mauritanie, le Sénégal, le Burundi et le Kenya, ont prouvé que l’élimination est à la fois réaliste et possible. Cependant, le Rapport mondial sur les maladies tropicales négligées 2025 montre que l’aide publique au développement consacrée aux Maladies tropicales négligées a baissé de 41 % entre 2018 et 2023, ce qui risque de remettre en cause les acquis durement obtenus.
Ce recul contraste fortement avec l’argumentaire économique en faveur de l’investissement dans la lutte contre les Maladies tropicales négligées. En effet, on estime que chaque dollar investi dans la chimio-prévention rapporte environ 25 dollars. Si rien de nouveau n’est entrepris, ces maladies continueront à faire des victimes et à épuiser les moyens de subsistance. En effet, elles coûtent aux familles et aux communautés touchées environ 33 milliards de dollars par an en pertes de salaires et en dépenses directes. Ce qui fait dire le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, Directeur général de l’Organisation mondiale de la santé que « combattre les Maladies tropicales négligées ce n’est pas seulement lutter contre les agents pathogènes, c’est aussi atténuer de grandes souffrances ». « Pour parvenir à une véritable élimination, il faut libérer les gens non seulement des maladies, mais aussi de la honte, de l’isolement et du désespoir qui les accompagnent trop souvent », ajoute-t-il.






























