D’après la Banque mondiale, d’ici à 2050, plus de 85 % de la population mondiale vivra dans des pays en développement.
D’après la Banque mondiale, le monde évolue sur des « longueurs d’onde » différentes. Et il y a les chocs à haute fréquence, guerres, percées technologiques, paniques boursières, qui surgissent brutalement et captent toute notre attention. « Et puis il y a les forces de basse fréquence, lentes mais implacables : la démographie, la mondialisation, la raréfaction de l’eau et des ressources alimentaires…Les premiers imposent l’urgence. Les secondes impriment des tendances de fond. Il ne s’agit pas de minimiser les crises. Mais nous ne saurions devenir les victimes d’une combustion lente sous prétexte que la crise du moment crépite plus fort ou monopolise les gros titres. Négligé trop longtemps, le feu qui couve peut se transformer en brasier », précise la Banque mondiale dans un document.
1,2 milliard de nouveaux actifs dans le monde
« Parmi ces forces profondes, l’une est déjà à l’œuvre, et elle est d’une ampleur sans précédent : au cours des 10 à 15 prochaines années, 1,2 milliard de jeunes dans les pays en développement atteindront l’âge de travailler. Or, au rythme actuel, ces économies ne devraient créer qu’environ 400 millions d’emplois sur la même période. Le déficit d’emplois est vertigineux, et il est souvent présenté à juste titre comme un défi de développement. Mais c’est aussi un défi économique. Et c’est de plus en plus un défi de sécurité nationale », note la Banque mondiale.
Toujours d’après la Banque mondiale, lors de la conférence de Davos le mois dernier, il était frappant de constater combien cet enjeu a été rapidement relégué à l’arrière-plan, éclipsé par l’urgence du jour. Et il ne faudra pas l’ignorer lors des prochains forums, de la Conférence de Munich sur la sécurité aux sommets du G7 et du G20. « Si nous investissons tôt dans les individus et leur donnons les moyens d’accéder à des emplois productifs, cette nouvelle génération pourra bénéficier de conditions de vie dignes et devenir un socle de croissance et de stabilité. Si nous n’agissons pas, les conséquences sont prévisibles : institutions sous pression, migrations irrégulières, conflits, montée de l’insécurité, alors que les jeunes, privés de perspectives, empruntent la moindre issue accessible.
Le Groupe de la Banque mondiale s’emploie résolument à suivre la première voie, en articulant financements publics, expertise, capitaux privés et instruments de gestion des risques autour d’une stratégie de l’emploi fondée sur trois piliers », souligne la source.
La Banque mondiale souligne que le premier consiste à créer les infrastructures indispensables, tant humaines que matérielles. Il ne peut y avoir d’investissements privés ni d’emplois sans électricité fiable, sans transports efficaces, sans systèmes d’éducation et de santé solides. « Si la reconnaissance de l’importance des infrastructures physiques est globalement acquise, l’investissement dans le capital humain est tout autant crucial. Un centre de formation à Bhubaneswar, en Inde, en témoigne. Financé en partenariat avec les pouvoirs publics et le secteur privé, il forme chaque année près de 38 000 personnes. Parce que les formations correspondent aux besoins réels du marché, la quasi-totalité des diplômés trouvent du travail, ou créent eux-mêmes des emplois, forts de compétences en ingénierie, en production industrielle et en propriété intellectuelle », note-t-on dans le document.
Toujours d’après la Banque mondiale, le deuxième pilier vise à instaurer un environnement propice à l’entreprise.
« Des règles claires et une réglementation prévisible réduisent l’incertitude et facilitent l’activité entrepreneuriale. Les emplois naissent de l’initiative d’entrepreneurs et d’entreprises qui ont la confiance nécessaire pour investir et se développer. Les ressources publiques peuvent amorcer le mouvement, mais la suite repose essentiellement sur le secteur privé, et en particulier sur les micros, petites et moyennes entreprises, qui sont les plus grosses pourvoyeuses d’emplois », précise -t-elle.
Et la Banque mondiale de préciser : « D’où le troisième pilier : aider les entreprises à changer d’échelle. Par l’intermédiaire de nos branches dédiées au secteur privé, nous apportons des prises de participation en capital, des financements, des garanties et des assurances contre les risques politiques. Parmi les modèles récemment développés figure une garantie de financement du commerce soutenant le Banco do Brasil. Cet instrument permet de mobiliser près de 700 millions de dollars de financements abordables en faveur des petites entreprises brésiliennes, notamment agricoles. Nous contribuons ainsi à orienter les capitaux vers les acteurs qui portent la croissance locale ».
Le document poursuit : « Plus généralement, nous nous concentrons sur les domaines où le potentiel d’emploi est le plus élevé, à savoir dans cinq secteurs qui génèrent durablement des postes à grande échelle : infrastructures et énergie, agroalimentaire, soins de santé primaires, tourisme et industrie manufacturière à valeur ajoutée. Il ne s’agit pas d’une théorie abstraite, mais d’une démarche fondée sur des données probantes, sur l’expérience des pays et sur des arbitrages difficiles quant à l’usage de ressources limitées pour un impact maximal. Ce n’est pas non plus un jeu à somme nulle ».
Plus de 85% de la population mondiale d’ici à 2050 sera dans les pays en développement
« D’ici à 2050, plus de 85 % de la population mondiale vivra dans des pays en développement. Cela représente non seulement la plus vaste expansion de la main-d’œuvre mondiale jamais enregistrée, mais aussi la croissance la plus importante de futurs consommateurs, producteurs et marchés. Quelle qu’en soit la motivation quête de développement socio-économique, de rendement, de sécurité ou simple altruisme, nous avons tous un rôle à jouer et tous intérêt à investir énergie et ressources dans cet effort. Les pays en développement y gagnent, car les emplois génèrent revenu, stabilité et dignité. Ils renforcent la demande intérieure et donnent aux jeunes des raisons d’investir dans leur avenir chez eux plutôt que de le chercher ailleurs », note la source.
Selon la Banque mondiale, les pays développés y trouvent également bénéfice. Et à mesure que les économies en développement grandissent, elles deviennent des partenaires commerciaux plus solides, des maillons plus résilients des chaînes d’approvisionnement et des voisins plus stables.
Toujours d’après la Banque mondiale, la croissance de ces marchés élargit la demande mondiale et atténue les pressions qui alimentent une migration irrégulière et une insécurité dont les coûts économiques et politiques dépassent largement les frontières. « Et, enfin, pour le secteur privé institutions financières comme opérateurs cela représente l’une des plus grandes opportunités des décennies à venir. Une croissance démographique rapide signifie une demande soutenue en énergie, systèmes alimentaires, soins de santé, infrastructures, logements et produits manufacturés. La difficulté n’a jamais été l’absence d’opportunités, mais le risque, qu’il soit réel ou perçu. C’est là que les institutions de développement peuvent jouer un rôle catalyseur, en finançant les infrastructures, en soutenant les réformes réglementaires et en réduisant les risques. Si l’on fait les bons choix, les forces qui façonnent le monde à bas bruit à commencer par la démographie deviendront des moteurs de croissance et de stabilité plutôt que des sources de volatilité et de risque. Si l’on ne fait pas ce qu’il faut, on continuera de courir après les crises, en se contentant de réagir dans l’urgence à des situations que l’on voyait venir depuis des années, voire des décennies », note la Banque mondiale.
La source estime que la question n’est pas de savoir si ces forces configureront l’avenir, elles le feront sans aucun doute possible. Et l’alternative qui est devant nous est claire : agir assez tôt pour les transformer en opportunités… ou attendre qu’elles éclatent et que l’instabilité nous frappe de plein fouet.
Par Massaër DIA.






























