La controverse autour des serviettes hygiéniques et des couches pour bébés de la marque Softcare continue de faire des vagues. En cherchant à rassurer l’opinion publique sur la qualité des produits de la société Softcare, notamment les serviettes hygiéniques et couches bébés, un scandale qui a défrayé la chronique ces derniers temps, le ministre de la Santé et de l’Hygiène Publique, Dr Ibrahima Sy, a affirmé hier en conférence de presse que les analyses effectuées n’ont révélé aucun danger pour la santé. Mais, cette sortie officielle qui blanchit de fait l’entreprise, place désormais les inspecteurs de l’Agence sénégalaise de réglementation pharmaceutique (Arp) au cœur de la polémique.
Par Idrissa NIASSY
Depuis plusieurs jours, des interrogations circulaient dans l’opinion publique après des signalements et des inquiétudes relayés sur certains médias concernant la qualité de certains produits d’hygiène féminine et infantile, notamment les serviettes hygiéniques et couches pour bébés, commercialisés sur le marché sénégalais.
Cette affaire qui a défrayé la chronique et suscité une vive émotion auprès des populations, a fait hier l’objet d’une conférence de presse organisée par le ministre de la Santé, Dr Ibrahima Sy, pour éclairer la lanterne sur les questions de sécurité sanitaire. Dans sa déclaration, le ministre a assuré que les contrôles et analyses réalisés n’ont révélé aucune non-conformité susceptible de compromettre la santé des utilisatrices ou des nourrissons. Un message clair : les produits incriminés ne présentent pas de risque avéré.
Une position interprétée par plusieurs observateurs comme un « blanchiment » pur et simple de la marque mise en cause. Mais dans le même temps, Dr Ibrahima Sy a évoqué des dysfonctionnements dans la chaîne de contrôle et de communication autour du dossier, pointant directement la responsabilité des inspecteurs de l’Agence sénégalaise de réglementation pharmaceutique (Arp) qui étaient chargés de mener l’enquête sur cette affaire.
Cette posture qui suscite incompréhension et malaise dans les milieux de la régulation pharmaceutique. Selon lui, les inspecteurs doivent prendre leur responsabilité dans ce dossier, parce que « l’enquête a été biaisée ». Pour le ministre, la matière première périmée qui a soulevé tout ce tollé et qui a été stockée dans l’environnement de production, du fait que les magasins de stockage étaient pleins, ne rentre plus dans la production.
« Mais, lorsque les inspecteurs sont venus, ils ont mis 1 300 kg de matière périmée. Et quand l’enquête est partie, ils ont dit dans le rapport d’inspection que ce n’était pas seulement 1 300, c’est 2 200 kg », a-t-il expliqué. Pour lui, les inspecteurs ne devaient pas procéder de cette façon. Ils devaient minutieusement se pencher sur ce dossier brûlant avec rigueur et responsabilité, tout en évitant de faire dans l’émotion. Dans ce cas, dit-il, ils ont fauté. « L’inspecteur qui est assermenté, a une procédure qu’il doit mettre en place et une référentielle pour voir si le fabricant respecte ce référentiel. C’est ce qu’ils ont fait en principe. Les écarts, c’est par rapport aux exigences du référentiel », a-t-il précisé. Avant de poursuivre : « le rôle de l’inspecteur, c’est de constater l’écart par rapport à l’exigence du référentiel et demander au ministère de colléger ».
Le ministre de la Santé a fait savoir qu’il ne protège personne dans ce dossier. « Les inspecteurs qui ont mené l’enquête, sont appelés à répondre de leurs actes. Que chacun prenne ses responsabilités », a-t-il balancé.
Corruption ou pas, la justice est là pour trancher
Concernant la tentative de corruption annoncée par un inspecteur, ce dernier de supposer qu’il apporte ses preuves une fois devant les juridictions. « Je n’ai pas ces informations, ni de données. Donc, je ne peux pas me prononcer sur cette tentative de corruption », a-t-il clairement dit. Tout en faisant comprendre à qui veut que la justice est là pour trancher au cas où il y a corruption. « Corruption ou pas, la justice est là. On pourra savoir si oui ou non il y a corruption », a-t-il indiqué.
Parlant de pression exercée sur la personne de l’inspecteur, le ministre d’être claire : « il n’y a aucune pression de la part du ministère, ni du gouvernement, il n’y a aucune pression ». Avant d’ajouter : « il faut qu’il dise qui a exercé des pressions sur lui, pour qu’on soit clair ». Cette affaire intervient dans un contexte déjà sensible pour Agence sénégalaise de réglementation pharmaceutique, dont la gouvernance et le fonctionnement ont récemment fait l’objet de critiques dans plusieurs milieux professionnels.
Dans un domaine aussi sensible que celui des produits destinés aux femmes et aux nourrissons, la crédibilité des institutions de régulation reste un pilier essentiel de la sécurité sanitaire.
L’utilisation des matières premières dans la production pas prouvée
Bien que la présence de matières premières périmées dans la zone de production de l’usine constitue un manquement dans le système de gestion de la qualité, notamment les bonnes pratiques de stockage de l’entreprise, le ministre de la Santé de faire savoir que l’analyse approfondie démontre que leur utilisation effective dans la production de serviettes et de couches pour bébés n’a pas été prouvée.
Plusieurs choses le justifient : la différence de taille entre le film en polyéthylène périmé (95 mm) et celui utilisé (90 mm) dans la production durant toute l’année 2025 ; la fiche de stock versée dans le rapport d’inspection comme preuve d’utilisation de la matière première est en contradiction avec les conclusions dudit rapport. Ce dernier évoque une utilisation de la matière incriminée jusqu’en septembre 2025, alors que la dernière sortie de matière indiquée sur la fiche de stock date de septembre 2024 ; les produits finis issus de la matière première incriminée sont absents de la base de données des ventes de l’usine en 2025 ; un écart est constaté entre les quantités de matières périmées détruites par l’entreprise (2 200 kg) et celles relevées par l’inspection (1 300 kg) ; et l’enregistrement audio transmis au comité par les inspecteurs dans lequel le responsable du magasin de Softcare indique que le maintien en stock de ces matières avait principalement pour objectif d’en faire constater l’état, en vue d’un éventuel remboursement par le fournisseur.
Sur le plan réglementaire, dit le Dr Ibrahima Sy, la distinction entre présence et risque d’utilisation avérée est fondamentale. « Cette distinction n’a pas été respectée dans la prise de décision initiale », a-t-il fait part.
Concernant les conclusions des travaux menés par le Comité de supervision des travaux, ce dernier de déclarer qu’aucune preuve scientifique ne démontre « l’utilisation effective de matières premières périmées dans les produits » actuellement commercialisés ; aucun signal de matériovigilance, aucune alerte sanitaire, aucune donnée épidémiologique ne vient établir un risque sanitaire pour les usagers ; des analyses indépendantes confirment la conformité des produits testés aux standards internationaux.
Des produits testés aux standards internationaux
Dans son réquisitoire le ministre de la santé a indiqué que des analyses indépendantes réalisées par un laboratoire Allemand indépendant dénommé « Galab » confirment la conformité des produits testés aux standards internationaux. Il convient aussi de rappeler que la nature même de ces produits (textiles absorbants sans additifs chimiques actifs) et leur mode d’utilisation (destinés à recueillir des liquides sans absorption de substances dans l’organisme) en font des produits à faible dangerosité intrinsèque lorsque les normes de fabrication et d’utilisation, notamment la durée de contact, sont respectées. Pour lui au regard des données scientifiques et techniques disponibles, « aucun risque sanitaire avéré pour les usagers n’a été prouvé concernant les produits actuellement en circulation sur le marché ». Pour conclure le tout, le ministre a fait savoir que non seulement la matérialité de l’utilisation des matières premières périmées n’a pu être établie, le risque sanitaire n’a pas été justifié par des preuves scientifiques et techniques, les inspections ne se sont pas reposées sur des fondements juridiques clairs, mais aussi la décision de retrait a été prise en violation des dispositions réglementaires (l’absence des tests préalables requis), et des faiblesses dans le système de management qualité ont été relevées, notamment en matière de gestion des produits périmés et d’étiquetage, compliquant toute action de retrait ciblé par lot ou série en cas de nécessité.
Pour l’heure, la polémique est loin d’être close. Entre volonté d’apaiser l’opinion et nécessité de préserver l’indépendance du système de contrôle, l’affaire Softcare révèle les tensions profondes qui traversent aujourd’hui la régulation sanitaire au Sénégal.






























