À l’approche des fêtes de la Korité et de Pâques, périodes de forte consommation, les Sénégalais peuvent souffler. L’Interprofession avicole du Sénégal (IPAS) annonce une disponibilité suffisante en poulets pour couvrir la demande nationale. En conférence de presse hier à son siège situé à Diamniadio, l’Interprofession de l’aviculture du Sénégal se veut catégorique : aucune pénurie à l’horizon, même si les prix restent sous surveillance.
Par Idrissa NIASSY
En cette période de fortes célébrations, l’Interprofession avicole du Sénégal (IPAS) a tenu hier à rassurer les consommateurs sénégalais : le marché sera inondé de poulets en bonne santé sur l’ensemble du territoire. En conférence de presse hier à son siège, sise à Diamniadio, le président de l’Interprofession avicole du Sénégal (IPAS), le Dr El Hadji Mamadou Diouf se montre confiant. Il assure que toutes les dispositions ont été prises pour éviter les tensions observées certaines années. « Il n’y aura pas de rupture. Le poulet sera disponible en quantité suffisante, frais et sain sur l’ensemble du territoire », martèle-t-il. Avant de préciser : « il n’y aura aucune raison objective cette année de se tourner vers les circuits d’approvisionnement alternatifs et risqués ». Une assurance qui repose sur une meilleure organisation de la filière, une coordination renforcée entre producteurs et distributeurs, mais aussi une montée en puissance de la production locale, grâce aux investissements colossaux des acteurs nationaux (accouveurs, provendiers et éleveurs).
Un secteur entravé par la concurrence déloyale
Dans ce face à face avec les représentants des médias, les acteurs de la filière avicole ont eu à revenir sur la concurrence déloyale alimentée par des flux informels massifs provenant de marchés limitrophes dont les volumes d’importation dépassent largement les capacités de consommation locale. En 2023, les statistiques ont révélé des importations dans la sous-région s’élevant à près de 45 479 tonnes de poulets. Rapporté à la population de ces zones de transit, ce volume correspond à une consommation théorique de 17 kg par habitant, soit plus de trois fois la moyenne sous-régionale. Ce surplus d’environ 30 000 tonnes, équivalant à 20 millions de poulets, alimente inévitablement des circuits frauduleux qui aboutissent sur nos étals. Cette fraude, d’après lui, engendre un manque à gagner de 124 milliards F Cfa pour l’économie sénégalaise. « Sur le plan de la souveraineté industrielle, c’est 97 milliards F Cfa de chiffre d’affaires qui sont évincés au détriment de nos entreprises nationales », a-t-il indiqué.
Et de poursuivre : « sur le plan de l’emploi, c’est un désastre. Car, environ 60 000 emplois sont directement menacés ou supprimés ». À cela, s’ajoute une urgence sanitaire où des familles sont sacrifiées par des réseaux mafieux pour des profits faciles. C’est pourquoi, Dr Diouf a profité de cette occasion pour alerter sur les dangers de ces produits importés frauduleusement, souvent qualifiés de « poulets morgues », avec un processus sanitaire hors de contrôle, avec des poulets qui subissent des cycles de congélation et de décongélation non maîtrisés ; une traçabilité inexistante où ces importations ne garantissent ni la date de production, ni le respect des normes vétérinaires internationales ; et enfin, une incertitude religieuse et éthique. Car, rien ne garantit que ces produits répondent aux exigences du rite Halal, contrairement à notre production 100 % locale, rigoureusement contrôlée. « Raison pour laquelle, nous nous constituerons désormais partie civile contre tout fraudeur ou revendeur peu scrupuleux identifié dans ces réseaux de trafic. Et que la loi doit s’appliquer dans toute sa rigueur pour préserver l’intérêt général et la dignité de nos producteurs », ont fait savoir les acteurs de cette filière.
Des poulets en quantité, mais à quel prix ?
Si la disponibilité est assurée, la question des prix reste entière. Les coûts de production continuent de peser lourdement sur les aviculteurs : aliments pour volaille, énergie, transport… autant de facteurs qui influencent le prix final. Ce qui fait que, pour avoir un poulet, il faut débourser 3500 ou 4000 F Cfa, ce qui est trop cher comparé au Brésil où le kilogramme est à 700 F Cfa.
Ce que confirme d’ailleurs Pape Moussa Ndiaye, président du Collège des accouveurs du Sénégal. Dans ce Collège, on retrouve tous les producteurs d’œufs accouvés et tous les producteurs de poussins d’un jour ainsi que les importateurs d’œufs accouvés au Sénégal. Selon lui, le prix de production est encore cher par rapport au niveau de vie des Sénégalais. « C’est ça qui justifie que le poulet n’est pas assez consommé au Sénégal, même si nous sommes autosuffisants en poulet de chair », a-t-il fait savoir. Pour lui, « 1,5 kilo de poulet consommé au Sénégal, c’est 4000 F Cfa. Contrairement au Pour les Brésil, où il est vendu à 1000 F Cfa ». « On a des efforts colossaux à faire pour augmenter notre compétitivité par rapport aux autres pays », a-t-il fait valoir. Pour soulager les populations sur le prix élevé du poulet, ce dernier a fait part qu’ils ont un seul programme avec l’État du Sénégal, celui de l’autosuffisance annoncée dans l’Agenda national de transformation Sénégal 2050.
75 à 80 millions de poulets de chair produits par an
Dans sa prise de parole, Pape Moussa Ndiaye a fait savoir que le Sénégal parvient aujourd’hui à produire entre 75 et 80 millions de poulets de chair par an. Ce qui prouve que le pays est autosuffisant en poulet de chair. Cela équivaut à environ à 80 millions de poussins et environ à 100 millions d’œufs accouvés. Il a révélé, par ailleurs, qu’au Sénégal, c’est environ 5,5 kg de poulet sont consommés par habitant par an, ce qui est « très faible » par rapport à d’autres pays. « Même si le Sénégal est autosuffisant, le Sénégalais ne consomme pas assez de poulet de chair », a-t-il précisé.
Concernant la production de poulets de chair par rapport aux pays de sous-région, ce dernier de déclarer que « le Sénégal produit trois fois moins que la moyenne internationale qui est autour de 17 kg par habitant par an ». « Si on compare notre production par rapport à la France qui produit environ 31 kg par habitant par an, on rend compte qu’il a une différence. Si on aille plus loin et qu’on compare par rapport aux Américains, on se rend compte qu’il y a une différence avec les Américains parce qu’ils sont aujourd’hui à 45 kg par habitant par an », a-t-il expliqué.
S’agissant de la consommation en œuf au Sénégal, il a indiqué qu’on consomme entre 45 et 50 œufs par habitant par année, soit plus ou moins un œuf par semaine. Là où les États-Unis sont à 360 œufs par habitant par année. « Ce qui veut dire qu’un Américain mange un œuf par jour pendant que le Sénégalais mange 40 œufs par année », a-t-il souligné. Pour lui, il est temps que le Sénégalais comprenne que non seulement beaucoup d’investissements ont été réalisés depuis 2004 jusqu’à maintenant, mais aussi qu’il comprenne qu’on doit sécuriser ses investissement.
Pour cette Korité et ces fêtes de Pâques, le message est sans équivoque : le poulet sera au rendez-vous, et en abondance. Reste désormais à savoir si les ménages sénégalais pourront en profiter pleinement, dans un contexte où le pouvoir d’achat demeure une préoccupation majeure.
































