La Banque mondiale note que dans les ports, entre 70 et 100% des émissions proviennent des seuls navires entrants et sortants.
D’après la Banque mondiale, Le transport maritime reste souvent dans l’ombre malgré son rôle central dans le commerce international. La pandémie de COVID-19 l’a brusquement révélé : avec les confinements, la demande de biens de consommation a explosé, entraînant une montée en flèche du trafic maritime. Et cette soudaine poussée de la demande de fret a saturé de nombreux ports, provoquant des congestions et une dégradation sensible de la qualité de l’air.
« Si les émissions de gaz à effet de serre (GES) et la qualité de l’air sont souvent les premières préoccupations environnementales dans les ports, les activités portuaires ont également des répercussions sur la qualité de l’eau, les déchets, la pollution lumineuse et sonore, l’occupation des sols et la biodiversité. Les autorités portuaires et les opérateurs de terminaux prennent de plus en plus conscience de l’impact négatif de leurs activités. Alors que la compétitivité des ports et du commerce se mesurait autrefois principalement en fonction de critères traditionnels, la durabilité environnementale s’impose aujourd’hui comme un facteur de différenciation essentiel », précise la source.
Cibler les cargos pour réduire les émissions dans les ports
« Les ports sont le maillon entre les navires marchands et le transport terrestre. Cargos, équipements de terminaux, trains et camions qui convergent vers les ports émettent des GES lors du transport des marchandises, à l’entrée comme à la sortie. Dans les ports, entre 70 et 100% des émissions proviennent des seuls navires entrants et sortants, suivis des camions et des locomotives (jusqu’à 20%). Les opérations portuaires elles-mêmes dépassent rarement 15 % du total des émissions, ce qui signifie que les navires doivent être au cœur des stratégies de réduction des émissions dans les ports, même s’ils n’en relèvent pas directement. Si les ports peuvent réduire significativement leurs propres émissions de GES, des gains bien plus importants peuvent être obtenus en facilitant la réduction des émissions à l’échelle de l’ensemble du secteur maritime », note la Banque mondiale.
Renforcer la résilience des ports grâce à une adaptation climatique stratégique
« Les informations sur les sources d’émissions sont essentielles à ces efforts, tout comme les solutions qui en découlent. Le module de durabilité environnementale de la boîte à outils du Groupe de la Banque mondiale pour les réformes portuaires fournit un recensement précis des sources d’émissions directes et indirectes dans les ports, et identifie des solutions d’atténuation pour les émissions terrestres et maritimes. La boîte à outils montre que les ports peuvent à la fois contribuer à la décarbonation du transport maritime et en tirer profit. L’avitaillement des navires en carburants à faibles émissions, ainsi que l’alimentation électrique à quai, constituent deux points d’entrée pour les efforts de décarbonation et ces infrastructures servent aussi les systèmes énergétiques nationaux en permettant d’importer, d’exporter et de stocker des énergies vertes », souligne la Banque mondiale.
Selon la Banque mondiale, les ports étant exposés à l’élévation du niveau de la mer, aux vents, aux vagues, à la hausse des températures et à l’augmentation des précipitations, ils ont tout intérêt à s’engager dans la décarbonisation et à élaborer des plans d’adaptation stratégiques pour anticiper et répondre aux perturbations liées au changement climatique.
Une gouvernance portuaire efficace doit tenir compte d’un écosystème complexe
« Les réformes portuaires des années 1980 et 1990 ont transféré de nombreuses responsabilités des autorités publiques vers des acteurs privés, dans le but d’améliorer l’efficacité opérationnelle et de renforcer les investissements dans les infrastructures et superstructures. Si ces réformes ont amélioré les performances, elles ont aussi fragmenté le contrôle des opérations et des actifs, affaiblissant ainsi la capacité des pouvoirs publics à exercer leur mission de surveillance environnementale », note la source.
Selon la Banque mondiale, une gouvernance portuaire efficace doit tenir compte des interactions complexes entre les différentes parties prenantes : autorités portuaires, opérateurs de terminaux, compagnies maritimes, organismes de réglementation, et acteurs indirects tels que les sociétés civiles locales et les ONG environnementales.
« Leurs priorités divergentes peuvent freiner la coordination et compliquer l’application cohérente des politiques environnementales. Les défis liés à l’adaptation aux effets du changement climatique dans les ports exigeront un nouveau niveau de collaboration entre les échelons national, portuaire et municipal », renseigne la Banque mondiale.
Des stratégies concrètes pour gérer les enjeux environnementaux prioritaires
« Sachant que les ports évoluent dans des contextes économiques, sociaux, de gouvernance et environnementaux variés, la feuille de route débute par un état des lieux des politiques en place. Pour les ports qui ne disposent pas encore de stratégie environnementale, le module offre des orientations pratiques pour en élaborer une. Les rapports sur les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) ont gagné en importance : plus de 600 normes, cadres, notations et systèmes sont aujourd’hui utilisés dans le monde. Cette prolifération souligne la nécessité de consolider et d’harmoniser les méthodes de reporting afin d’en réduire la complexité pour les entreprises, les investisseurs et les autorités publiques, tout en améliorant la transparence pour les autres parties prenantes », explique la source.
Et le document de préciser : « Une fois les enjeux environnementaux identifiés, le module propose un outil de priorisation des solutions sous forme de matrice évaluant l’impact de réduction des émissions au regard des coûts et des efforts nécessaires. En mobilisant cet outil et d’autres ressources disponibles, les autorités portuaires du monde entier peuvent faire un grand pas vers des ports plus efficaces et plus résilients au bénéfice de tous ».
Par Massaër DIA.

































