Le 9 avril 2026, la République démocratique du Congo a levé 1,25 milliard de dollars via son tout premier eurobond, c’est-à-dire une obligation émise en devises étrangères sur les marchés internationaux. Une opération qui marque un tournant et qui a suscité un fort intérêt de la part des investisseurs.
Pour beaucoup, le timing peut surprendre, car le pays reste associé aux conflits à l’est.
Pourtant, lors des roadshows à New York, Londres et Paris, Kinshasa a réussi à convaincre les marchés en mettant en avant un historique de crédit plus solide qu’attendu. Le gouvernement s’est notamment appuyé sur ses récents partenariats avec les Etats-Unis dans le secteur des minerais critiques, des ressources stratégiques dont la demande mondiale reste élevée.
Selon l’analyste Mark Bohlund, cet élément a joué un rôle clé pour rassurer les investisseurs. La présence de grandes entreprises américaines dans le secteur minier renforce la crédibilité du pays en matière de remboursement, même en cas de défaut.
De plus, la RDC affiche un niveau d’endettement relativement faible. Sa dette publique se situe entre 18 % et 20% du PIB, bien en dessous de la moyenne de l’Afrique subsaharienne, qui dépasse les 50%. Cela renforce l’idée que le pays dispose encore d’une marge de manœuvre pour emprunter sans prendre de risque excessif. Dans ce contexte, le conflit à l’est n’a pas été perçu comme un facteur déterminant par les investisseurs.
L’emprunt a été structuré en deux tranches : une première arrivant à échéance en 2032, avec un taux de 8,75 %, et une seconde en 2037, à 9,5 %. L’opération a été pilotée par Citigroup, Rawbank et Standard Chartered.
Au-delà du montant levé, c’est surtout la portée stratégique de cette émission qui retient l’attention. En accédant aux marchés financiers internationaux, la RDC diversifie ses sources de financement, réduit sa dépendance à l’aide extérieure et aux prêteurs bilatéraux, et gagne en visibilité auprès d’une nouvelle catégorie d’investisseurs. Elle envoie ainsi un signal clair : même dans un contexte difficile, le pays est capable de convaincre les marchés.
Une première émission qui, si elle est bien gérée, pourrait ouvrir la voie à de nouvelles opportunités de financement.
Rokia Catherine Sall
































