L’Afrique veut désormais écrire sa propre révolution médicale. Réunis à Nairobi dans le cadre de la réunion régionale du Sommet mondial de la santé (World Health Summit Regional Meeting 2026), chercheurs, décideurs politiques et partenaires internationaux ont annoncé un investissement de 3,5 millions de dollars, soit près de 2 milliards F Cfa, pour accélérer le développement de la médecine de précision et de la génomique sur le continent.
Par Idrissa NIASSY
Cette enveloppe financière, dévoilée lors d’une table ronde stratégique de haut niveau, marque une avancée majeure dans la quête de souveraineté sanitaire de l’Afrique. L’initiative est portée par plusieurs organisations engagées dans l’innovation médicale, dont Speak Up Africa, Biolinx Africa, la Fondation YTO et Nextgen Molecular Lab. Ce qui a permis à l’Afrique d’obtenir un investissement local de 3,5 millions Us, soit près de 2 milliards F Cfa (plus de 1,960 milliards F Cfa). Au cœur du projet : l’acquisition d’une plateforme de séquençage génétique ultramoderne « NovaSeq X Plus », capable d’analyser rapidement des volumes massifs de données génétiques. Une technologie de pointe qui pourrait transformer la manière dont les maladies sont diagnostiquées, prévenues et traitées en Afrique, selon un communiqué qui nous est parvenu.
Longtemps absente des grandes bases mondiales de données génétiques, l’Afrique entend désormais reprendre le contrôle de sa recherche biomédicale. Pourtant, le continent abrite la plus grande diversité génétique humaine au monde, un potentiel encore largement inexploité dans la lutte contre les cancers, les maladies chroniques, rares ou héréditaires. « Les traitements développés à partir de données non africaines ne répondent pas toujours efficacement aux réalités sanitaires des populations africaines », ont rappelé plusieurs experts présents au sommet. Grâce à cet investissement, le Kenya et la Côte d’Ivoire serviront de pays pilotes durant une première phase de deux ans (24 mois). L’objectif est de bâtir une infrastructure scientifique africaine solide, capable de produire des données locales fiables et de former une nouvelle génération de chercheurs spécialisés en génomique. Et la plateforme NovaSeq X Plus, que l’organisation Illumina décrit comme un système à grande échelle dédié aux applications de séquençage intensif, constituera un pilier central de ce déploiement infrastructurel.
Au-delà de la technologie, cette initiative symbolise une ambition plus vaste : réduire la dépendance scientifique et médicale de l’Afrique vis-à-vis de l’extérieur. Dans un contexte marqué par les leçons de la pandémie de Covid-19, les dirigeants africains multiplient les appels en faveur d’une autonomie accrue dans les domaines de la recherche, des vaccins et des innovations médicales. Placée sous le thème « Réimaginer les systèmes de santé africains : innovation, intégration et interdépendance », la rencontre de Nairobi a réuni plus de 3 000 participants venus de plus de 80 pays, parmi lesquels des ministres, scientifiques, institutions internationales et partenaires financiers. Pour les promoteurs du projet, cette nouvelle dynamique pourrait ouvrir une ère où les Africains bénéficieront enfin de traitements conçus à partir de leurs propres réalités biologiques et environnementales.
L’Afrique, longtemps considérée comme simple terrain d’étude, veut désormais devenir un acteur central de la médecine du futur.
L’Auda-Nepad a identifié la génomique comme l’une des priorités scientifiques de l’Afrique ; le Cdc Afrique indique que six (6) pays ont déjà lancé des stratégies nationales en génomique, et onze autres ont finalisé leurs plans en attente de lancement.
































