Ce 1er mai, la Chine a ouvert ses marchés pour tous les pays africains sauf l’Eswatini. Depuis décembre 2024, Pékin avait déjà supprimé les droits de douane pour 33 pays d’Afrique. Cette politique concerne aujourd’hui 53 pays et sera en place jusqu’au 30 avril 2028. Le géant asiatique dépasse même l’Union européenne dans son offre tarifaire à l’Afrique. Une annonce importante, mais à l’impact limité.
Pour certains pays, c’est une vraie opportunité. Le secteur agricole sera inévitablement propulsé par cette réforme. Par exemple, le Kenya, grand exportateur d’avocats, pourrait y trouver son compte.
De plus, les habitudes de consommation chinoises changent : les Chinois achètent aujourd’hui beaucoup plus de café et de fruits secs qu’il y a 20 ans. Avec cette évolution des préférences de consommation, les exportations africaines pourraient se diversifier de plus en plus (thé, café, macadamia, cacao transformé, cuir). L’enjeu est d’autant plus important quand on observe le déficit commercial entre l’Afrique et la Chine, qui a subi une hausse de 65 % en 2024.
Cependant, entre l’opportunité sur le papier et l’impact réel, il y a un très grand fossé.
En effet, la plupart des produits africains exportés en Chine (pétrole brut et minerais) étaient déjà exemptés de droits de douane. Donc, la réforme ne touche que les 4 % de produits restants. Elle pourra, au mieux, apporter à l’Afrique un gain entre 100 et 300 millions de dollars, ce qui est très loin du déficit de 102 milliards.
Par ailleurs, même si les droits de douane disparaissent, les exportateurs africains sont confrontés à des obstacles sanitaires et/ou administratifs qui persistent. C’est l’exemple du marché chocolatier chinois, qui est très protégé. Donc malgré les bénéfices marginaux, les échanges ne sont pas prêts de s’équilibrer.
Ainsi, cette réforme est avant tout un geste politique. Face aux États-Unis de Donald Trump, qui mènent une politique plus que protectionniste, la Chine se positionne comme le partenaire pro-Afrique, ouvert et solidaire. Une action qui consolide les relations avec le continent, renforce le “soft power” et permet surtout de sécuriser l’accès aux matières premières essentielles.
Qu’en est-t-il de l’Eswatini ?
Ce pays est l’un des rares du monde à reconnaître Taiwan comme pays souverain, alors que la Chine le considère toujours comme une partie de son territoire. Le message clair : s’aligner avec Taiwan a un prix. Paradoxalement, cette exclusion pourrait jouer en faveur de l’Eswatini : Taïwan pourrait être poussé à lui offrir davantage de soutien économique en retour. Le commerce international peut être instrumentalisé à des fins politiques, permettant aux États de mieux se positionner sur la scène internationale et de transmettre des messages forts.
Par Rokia Catherine SALL






























