La pêche artisanale, longtemps considérée comme le poumon de l’économie maritime sénégalaise, traverse une période critique. Entre raréfaction des ressources, montée en puissance des flottes industrielles et fragilité des mécanismes de régulation, le sous-secteur fait face à une pression croissante qui menace sa durabilité et l’équilibre socio-économique des zones côtières, ce qui est à l’origine de la tenue d’un Colloque national de deux jours pour sa protection.
Par Idrissa NIASSY
Le Cdeps de la commune de Thiaroye sur Mer abrite depuis hier et jusqu’au mercredi 25 février 2026, un Colloque national pour la protection de la pêche artisanale et de la sauvegarde des ressources halieutique. Ce sous-secteur de la pêche vit depuis plusieurs années une concurrence non seulement industrielle de plus en plus pesante, mais une concurrence déloyale entre pêcheur. Cette rencontre de deux jours regroupe des experts, des autorités administratives, des professionnels de la pêche, des mareyeurs et des femmes transformatrices de produits de la mer, pour proposer des solutions à la crise de ce sous-secteur surexploité.
Selon Aïssata Daouda Dia, Responsable du plaidoyer pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre à Bleue Ventures Conservation (Bvc), une organisation spécialisée dans la conservation des ressources marines, les conséquences liées à la pression industrielle sont concrètes, avec baisse des captures, une augmentation des conflits d’usage, une précarisation des ménages, une insécurité alimentaire accrue. C’est pourquoi, elle plaide pour une gouvernance des pêches plus inclusive. « Nous croyons fermement que la gouvernance des pêches doit être inclusive. Elle doit intégrer les communautés. Elle doit protéger les petits pêcheurs », a-t-elle déclaré. Et de poursuivre : « elle doit garantir un équilibre entre exploitation économique et durabilité écologique ». Pour la Responsable du plaidoyer de Bvc pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre, le Sénégal a l’opportunité de devenir un modèle régional.
Ce Colloque organisé par le REFEPAS, est une initiative qui entre dans le cadre du Projet « Défendre les pêcheurs artisanaux contre la surpêche industrielle dans les zones d’exclusion côtières et les Aires marines protégées (Amp) en Afrique l’Ouest et du Centre », précise-t-elle. Cette rencontre, dit-elle, n’est pas un moment de confrontation, mais de discussion, dans le but de trouver des solutions aux préoccupations des acteurs de la pêche artisanale. « Ses ambitions, c’est de contribuer non seulement à une pêche nationale durable, au bien-être des acteurs, mais aussi des pêcheurs », lance-t-elle. Elle a fait part, par ailleurs que cette pêche est un pilier de souveraineté alimentaire, qui mérite protection. « Protéger la pêche artisanale, ce n’est pas freiner le développement, mais c’est plutôt choisir un développement équitable », a souligné Mme Dia.
Abondant dans le même sens, la présidente du REFEPAS, Diaba Diop, a plaidé pour un meilleur encadrement des activités industrielles, une transparence accrue dans l’attribution des licences et un soutien pour le renforcement à la modernisation durable de la pêche artisanale. « Nous attendons de ce colloque de fortes recommandations pour mieux défendre les intérêts des pêcheurs artisanaux, protéger les femmes transformatrices, les mareyeurs et tous ceux qui exercent des activités liées à la pêche artisanale », a-t-elle déclaré. Elle a également plaidé pour la cohabitation des pêches industrielle et artisanale.
Venu présider la cérémonie d’ouverture du Colloque national pour la protection de la pêche artisanale au Sénégal, le Chef de division de la pêche artisanale à la Direction des pêches maritimes (Dpm), Sidiya Diouf invite les acteurs de sous-secteur à une synergie des forces pour une meilleure protection des ressources halieutiques. « Protéger la pêche artisanale, ce n’est pas un acte de charité, c’est un impératif de souveraineté nationale », a-t-il fait valoir. Pour lui, la protection de cette pêche est un impératif de souveraineté nationale. Car, si ça s’effondre, dit-il, « c’est tout le socle social de notre territoire qui va en pâtir ».





























