Dans un contexte où l’avortement médicalisé demeure un sujet particulièrement sensible au Sénégal, des journalistes ont bénéficié d’une session de renforcement de capacités visant à améliorer le traitement médiatique de cette question délicate. Organisée par Action 4 Change, cette formation sur « la clarification des valeurs et de transformation des attitudes (Vcat) » vise à fournir des informations précises aux personnels des médias pour un changement social et comportemental.
Par Idrissa NIASSY
La question de l’avortement médicalisé reste l’un des sujets les plus sensibles dans le débat public au Sénégal. Entre considérations juridiques, religieuses, culturelles et sanitaires, son traitement médiatique nécessite une grande prudence. Conscients de ces enjeux, plusieurs journalistes membres de l’Ajspd ont pris part hier à un atelier de formation consacré à la couverture responsable des thématiques liées à l’avortement médicalisé.
Selon Aïcha Manga, Responsable programme à Action 4 Change, une Association de jeunes qui s’active dans la santé de la reproduction, cette initiative vise à renforcer les compétences des professionnels des médias afin qu’ils puissent aborder ces questions complexes avec rigueur, sensibilité et respect des différentes opinions, surtout en utilisant des mots ou termes adéquats. « Nous invitons les journalistes à éviter certaines descriptions qui mettent à nu des survivantes à l’avortement », a-t-elle déclaré lors de l’atelier de formation sur « la clarification des valeurs et de transformation des attitudes (Vcat) ».
Il vise à renforcer la capacité des personnels des médias (des journalistes et des créateurs de contenu) de Dakar, à formuler des récits sur l’avortement qui soient précis, empathiques et déstigmatisant. « Il s’agit aussi de voir les discussions qui sont en lien avec l’avortement, comment est-ce qu’ils peuvent traiter ces questions-là de manière très sensible, en évitant l’utilisation des mots qui peuvent heurter ou blesser certaines personnes. Car, dans le cadre de l’avortement, il y a toujours des survivantes à ces questions », ajoute-t-elle.
Durant les échanges, les participants ont été sensibilisés aux risques de polarisation que peut provoquer une couverture médiatique maladroite, mais aussi à. L’accent a été mis sur la nécessité d’éviter les jugements de valeur, les formulations blessantes ou les titres sensationnalistes susceptibles de heurter certaines sensibilités.
S’agissant des avancées constatées dans le cadre de l’avortement médicalisé, cette dernière invite les autorités étatiques à travailler dans le sens que nos lois puissent œuvrer pour l’accès à l’avortement médicalisé en cas de viol ou d’inceste dans ce pays. « Depuis quelques temps, des initiatives sont en train d’être faites pour disposer de la loi qui protège les victimes de viol ou d’inceste, suivie de grossesses, qui puissent avoir un avortement en toute sécurité, qui est cadré par l’état du Sénégal à travers son ministère de la Santé », a indiqué la Responsable programme à Action 4 Change.
Pour Aïcha Manga, les gens peinent à avancer sur ces questions-là et sont toujours dans le cadre du plaidoyer. « Depuis un moment, on travaille pour avoir gain de cause, et on espère avec le temps, nous allons remporter la bataille », a-t-elle conclu.
Prenant la parole, Khady Sakho, journaliste et consultante, a fait savoir que c’est important que les journalistes soient formés, soient mis à niveau de temps en temps pour leur rafraîchir la mémoire sur ce qu’il faut dire et ce qu’il ne faut pas dire. Car, selon elle, ça ravive leur engagement dans le cadre du plaidoyer, du fait qu’ils sont déjà spécialisés en santé, ce qui est bénéfique d’ailleurs. « Si on les forme sur ces questions pour renforcer leur engagement, comprendre un peu le plaidoyer et pouvoir écrire des récits qui sont empathiques et pouvoir ne pas toujours mettre en avant les victimes, ne pas toujours en faire des faits divers, mais mettre en avant les victimes, parler d’elles, de toute l’histoire qui est derrière un viol, derrière un inceste pour pouvoir sensibiliser tout un chacun », a-t-elle expliqué.
Avant d’ajouter : « dans le traitement de l’information, dans ces cas, il faut éviter de montrer les images ou les vidéos des enfants, des mineurs. Il faut également éviter de donner des indications sur le lieu d’habitation, les initiales de la personne pour ne pas les mettre en danger ». Pour elle, les journalistes doivent prendre en compte toutes ces garanties quand ils écrivent sur ces questions.

































