Le Sénégal engage l’une des réformes sanitaires les plus ambitieuses de son histoire. Face aux défis des pandémies, des déserts médicaux, des insuffisances hospitalières et de la gouvernance du secteur, les autorités misent désormais sur un instrument inédit : un Code de la santé publique appelé à devenir la référence juridique et stratégique de tout le système sanitaire national.
Par Idrissa NIASSY
Présenté comme une véritable « boussole » pour la santé publique, ce futur Code de la santé vise à harmoniser et moderniser des textes souvent dispersés, parfois obsolètes et inadaptés aux réalités sanitaires actuelles. Une révolution silencieuse qui pourrait profondément transformer la gouvernance sanitaire du pays.
Jusqu’ici, le Sénégal fonctionnait avec une multitude de lois, décrets et arrêtés éparpillés entre plusieurs domaines : exercice des professions médicales, réglementation pharmaceutique, gestion hospitalière, hygiène publique, santé communautaire ou encore urgences sanitaires. Une fragmentation juridique souvent source de lenteurs administratives, de conflits de compétences et d’inefficacité dans la prise de décision.
Selon le ministre de la Santé et de l’Hygiène Publique, le Dr Ibrahima Sy, cette réforme parmi tant d’autres, permet de bâtir un cadre unique capable de répondre aux enjeux du 21ème siècle : sécurité sanitaire, couverture sanitaire universelle, digitalisation des soins, protection des patients, télémédecine, souveraineté pharmaceutique et gestion des crises sanitaires. « Si on arrive à avoir ce code de la santé, on a la boussole pour la santé publique au niveau du Sénégal », a-t-il fait part. « Ce Code va englober toutes les autres lois concernant le secteur santé », ajoute-t-il.
Le ministre s’exprimait en marge de la Revue annuelle conjointe du ministère de la Santé et de l’Hygiène Publique (Rac 2026) tenue hier à Dakar, en collaboration avec le ministère de l’Économie, du Plan et de la Coopération. Cette rencontre qui est une « coutume » pour ces deux Départements ministériels, est un moment de passer en revue la performance du secteur, c’est-à-dire l’ensemble des résultats qui ont été obtenus durant l’année écoulée (2025), des contraintes auxquelles les autorités sanitaires ont été confrontées, mais également les solutions qu’elles ont eues à mettre en place par rapport à ces contraintes, tout en dessinant les perspectives pour l’année 2026.
« C’est un exercice de redevabilité, où on va présenter les indicateurs de performances, mais également un exercice de bonne gouvernance, de transparence vis-à-vis des gestions du Sénégal, mais de transparence aussi vis-à-vis de la population », explique-t-il.
Parmi ces réformes, dit le ministre, il y a la révision de celle hospitalière de 1998, pour voir un peu ce qui a marché, ce qui n’a pas marché, et comment on peut redresser la barre en tenant compte aujourd’hui de la nouvelle orientation de l’agenda national de transformation Sénégal 2050. Il y a aussi la carte sanitaire qui a été élaborée et qui sera validée, selon Dr Ibrahima Sy, cette semaine. « Elle va permettre de prendre en compte les nouveaux standards et les nouvelles normes en termes de besoins de santé des populations, pour savoir aujourd’hui en termes de localisation des structures, en termes d’offres de soins, et en termes de disponibilité des populations, ce qu’il faut faire à chaque niveau de la pyramide sanitaire du Sénégal », a-t-il souligné.
Concernant les recommandations, ce dernier de faire savoir que leur retard est dû à la disponibilité des budgets, ou à des procédures administratives.
Prenant part à la rencontre qui constitue une opportunité importante pour apprécier les performances enregistrées en 2025, qui constitue la première année de la généralisation de la lettre de politique sectorielle, le niveau des émissions de programmes, du document de programmation pluriannuel des dépenses 2025-2027, le Dr Michel Yao de l’Oms, et Chef de file des Ptf, a profité de cette occasion pour saluer les avancées enregistrées dans plusieurs domaines. Il s’agit du renforcement progressif des soins de santé primaire, des efforts en santé de la mère et de l’enfant, l’amélioration de la disponibilité des médicaments essentiels, ainsi que la digitalisation du système de santé pour rendre plus accessible les soins aux populations. « Nous souhaitons que cette revue soit non seulement un exercice d’évaluation, mais surtout un moment de décision, d’accélération et de transformation du système de la santé », a-t-il déclaré. « C’est dans les communes, et dans les départements, que doit démarrer le premier maillon de la planification, mais aussi l’exercice concerté de la mise en œuvre des actions en matière de santé », a déclaré pour sa part, Massiré Souané, maire de Salikégné et Représentant de l’Union des associations des élus locaux du Sénégal (Uael).
Pour lui, les collectivités territoriales demeurent des partenaires incontournables pour atteindre les objectifs de développement durable et de couverture sanitaire universelle. Il a profité de cette occasion pour saluer les efforts consentis par l’État et ses partenaires pour renforcer le système de santé, notamment dans le cadre de la mise en œuvre de la stratégie nationale de développement 2025-2029.
Dans sa prise de parole, le Directeur général de la Planification et des Politiques Économiques, Souleymane Diallo, Représentant le ministre de l’Économie, du Plan et de la Coopération à cette rencontre, a fait savoir que la présente Revue révèle un caractère particulier dans la conduite de la politique sanitaire du pays. « Elle porte sur la première année de mise en œuvre de la stratégie nationale développement en 2025 », a-t-il justifié. Pour lui, un système de santé performant ne se limite pas seulement à répondre aux besoins sanitaires. « Il constitue également un nouveau structurant de productivité, de cohésion sociale et de création de valeurs », a-t-il déclaré, tout en plaidant pour la mobilisation du secteur privée de l’investissement pour le financement de la santé.



































