Près de 13 000 plaintes enregistrées et plus de 1 200 décisions de justice favorables aux femmes et aux filles : l’Institut national de la femme (Inf) du Bénin affiche des résultats qui suscitent l’intérêt du Sénégal. À la faveur d’une rencontre portée par le Réseau des Femmes Leaders pour le Développement (Rfld), dans le cadre de la 89ème session ordinaire de la Commission africaine des droits de l’homme, Dakar entend s’inspirer de cette expérience fondée sur une forte volonté politique et une prise en charge intégrale des victimes.
Par Idrissa NIASSY
Les violences faites aux femmes et aux filles ne se combattent pas seulement à coups de discours. Elles exigent des institutions solides, des moyens d’action et une justice accessible aux victimes. Le Bénin semble avoir trouvé une partie de la réponse avec son Institut national de la femme (Inf), dont l’expérience retient désormais l’attention des autorités sénégalaises.
Créée en 2021, cette institution revendique des résultats significatifs dans l’accompagnement des victimes et le traitement judiciaire des violences. « Le secret du Bénin, c’est d’abord et avant tout une volonté politique », affirme Flore Djinou, Secrétaire exécutive de l’Inf. Selon elle, l’efficacité du dispositif repose sur un engagement politique fort, un cadre législatif adapté et une institution dotée de prérogatives étendues. À cela s’ajoute, souligne-t-elle, le choix de responsables capables de traduire cette ambition en actions concrètes. Un chantier loin d’être facile, mais dont les résultats commencent à se mesurer sur le terrain. Mme Flore s’exprimait en marge d’un side event organisé par le Réseau des Femmes Leaders pour le Développement (Rfld), dans le cadre de la 89ème session ordinaire de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples, pour s’imprégner du modèle béninois pour lutter contre les violences faites aux femmes.
Les chiffres avancés par la Secrétaire exécutive de l’Inf donnent la mesure du défi. Entre 2021 et août 2026, l’Institut a enregistré près de 13 000 plaintes, toutes catégories confondues, et accompagné plus de 8 000 femmes dans leur prise en charge psychosociale, médicale et leur orientation vers les services compétents. Les violences psychologiques arrivent en tête, suivies des violences sexuelles. Plus préoccupant encore, les mineurs figurent de plus en plus parmi les victimes. Pour rompre avec l’impunité, l’institution ne se limite pas à l’écoute et à l’assistance. Elle dispose d’un mandat juridique et judiciaire lui permettant d’ester en justice et de se constituer partie civile. « Sur près de 4 000 dossiers portés devant les juridictions, plus de 1 200 décisions favorables aux femmes et aux filles ont été obtenues », a-t-elle expliqué. Un résultat que la responsable présente comme une rupture avec les difficultés autrefois rencontrées par les victimes pour faire aboutir leurs procédures. L’Inf mise également sur le renforcement des capacités des acteurs de la chaîne de prise en charge, notamment les officiers de police judiciaire, souvent premiers interlocuteurs des personnes victimes de violences. L’objectif est de rendre le parcours des victimes plus accessible, de l’accueil jusqu’à la justice.
Au Sénégal, cette expérience nourrit les réflexions sur les mécanismes de prévention et de prise en charge. Pour Dr Rokhaya Diakhaté, Directrice de la Famille au ministère de la Famille, de l’Action sociale et de la Solidarité, le modèle béninois se distingue par la force de son portage politique et par une approche globale des besoins des victimes. Le dispositif couvre les dimensions sanitaire, psychologique, socio-économique, juridique et judiciaire, gratuitement. Une approche intégrée que Dakar souhaite examiner de près, alors que le pays s’apprête à mettre en œuvre son deuxième Plan d’action national de lutte contre les violences faites aux femmes et aux filles, récemment validé par la ministre en charge de la Famille. Ce plan prend en compte différentes formes de violences, y compris celles qui se développent dans l’espace numérique.
Un phénomène particulièrement préoccupant, selon Dr Diakhaté, car les attaques, la stigmatisation et les discriminations en ligne peuvent décourager les femmes de s’engager en politique et de prendre pleinement part au débat public. Elle annonce, par ailleurs, une démarche de benchmarking au Bénin, sous réserve de l’accord des autorités, afin d’étudier les mécanismes susceptibles d’être adaptés au contexte sénégalais. Parmi les dispositifs qui retiennent l’attention figure la plateforme de référencement et de contre-référencement des victimes.



































