À Dakar, trois influenceuses décident de se marier en quatre semaines pour laver leur humiliation sur les Réseaux sociaux. Entre rivalités féminines, amours contrariées et obsession de l’image, « TASSOU BI » explore avec humour les contradictions d’une génération prisonnière du regard des autres.
Par Idrissa NIASSY
Jusqu’où peut-on aller pour faire le buzz ?
Dans « TASSOU BI », le premier film de « Marodi » dont l’avant-première a eu lieu le 14 octobre, au cinéma Pathé, cette question prend les allures d’une course effrénée au mariage, où l’amour devient parfois un instrument de revanche et la vie privée un spectacle permanent. Au cœur de cette comédie aux accents de satire sociale, trois jeunes influenceuses dakaroises, Minash, Aichou et Dada, transforment leur humiliation publique en un défi aussi spectaculaire que déraisonnable : se marier toutes les trois en quatre semaines.
Tout commence au mariage de Rabia Rayha, leur ancienne amie devenue leur pire ennemie. Autrefois aidée par le trio à se faire une place sur les Réseaux sociaux, Rabia a fini par dépasser ses anciennes alliées en popularité. Désormais, elle entend leur prouver qu’elle n’a plus besoin d’elles. Avec la complicité d’Assane Cheikh, griot et artiste de tassu, elle orchestre une séquence humiliante qui se propage sur les Réseaux sociaux. Touchées dans leur orgueil, Minash, Aichou et Dada refusent de lui laisser le dernier mot. Leur riposte est immédiate : organiser des mariages plus beaux, plus grandioses et surtout plus médiatisés que celui de Rabia. Mais derrière cette surenchère se cachent des blessures intimes, des ambitions contradictoires et des sentiments que les mises en scène numériques ne suffisent pas à dissimuler.
La sortie officielle de ce film est prévue ce 15 octobre au cinéma Sea Plaza.
Trois destins, une même obsession
À 22 ans, Minash incarne l’impulsivité et la compétition. Élégante, provocatrice et habituée à attirer l’attention, elle prétend avoir tourné la page de son histoire avec Momar, désormais fiancé à Rabia. Pourtant, cette trahison sentimentale reste une blessure profonde. En faisant du mariage un nouveau terrain de bataille, elle cherche autant à reconquérir son amour-propre qu’à démontrer sa supériorité.
Aichou, 24 ans, quant à lui, évolue dans un autre univers. Issue d’une famille aisée, elle dispose du confort matériel, mais souffre de l’absence de parents absorbés par leurs activités professionnelles. Sa relation avec Sidy, un jeune homme d’origine modeste, la confronte à un dilemme : privilégier les sentiments ou préserver le niveau de vie auquel elle aspire. Derrière son assurance se dessine le portrait d’une jeune femme tiraillée entre amour, statut social et besoin de reconnaissance.
À 25 ans, Dada rêve, elle aussi, d’un mariage grandiose avec Babacar. Mais son quotidien, marqué par un travail dans une boutique de vêtements et les responsabilités familiales, contraste avec le luxe qu’elle affiche en ligne. Sa grand-mère qui l’a élevée, lui rappelle une vérité essentielle : la réussite ne se mesure ni aux vêtements de marque ni au nombre de vues.
Derrière les filtres, les vérités
En mettant en scène ces trois parcours, « TASSOU BI » interroge la frontière entre authenticité et représentation à l’ère des réseaux sociaux. Les amitiés deviennent des rivalités, les humiliations du contenu viral et les projets de vie des compétitions publiques. Autour des jeunes femmes, Zito, influenceur aguerri, sait exploiter chaque polémique, tandis qu’Assane Cheikh transforme les querelles en spectacle.
Mais au-delà des ressorts comiques, une question demeure : vouloir se marier, est-ce construire une vie à deux ou simplement offrir aux internautes une image de réussite ?
Avec ses histoires d’amour contrariées, ses tensions familiales et ses rivalités nourries par la quête de visibilité, « TASSOU BI » met en lumière les pièges du paraître. Car dans cette course aux millions de vues, le véritable défi ne sera peut-être pas de trouver un mari en quatre semaines, mais de découvrir ce qui mérite réellement d’être montré… et ce qui doit rester vécu.





































