La dernière sortie du désormais ancien président de la Cour Suprême Mamadou Faye remet une couche sur la polémique de la dette supposée cachée. Une qui, après la sortie de celle de l’ancien Premier Ministre Ousmane Sonko, pourrait mettre Macky Sall hors de cause.
« Dette cachée ? », « Dette odieuse ? » ou dette tout-court, on s’y perd finalement !
Cette nouvelle polémique née de la dernière sortie de l’ancien Premier Ministre Ousmane Sonko sur la dette, alimente encore une fois le débat public. Ce jeudi, le président sortant de la Cour des Compte en remet une couche en affirmant que le terme « Dette cachée », n’est mentionné nulle part dans le rapport que la juridiction d’audit des comptes publics s’apprête à publier. Ce qui nous ramène à la question de savoir : la dette sénégalaise a-t-elle réellement été cachée sous l’ère Macky Sall ? ou s’agissait-il d’un discours purement politique du chef de parti politique Ousmane Sonko qui dit-il dans l’entretien avec France24 et Rfi qu’il ne disposait pas de tous les éléments.
En effet, dans ladite interview, le Ousmane Sonko, théoricien de la « dette cachée » affirmait : « (…) je dis que sur la question de la dette odieuse, ce sont mes considérations personnelles. C’est accepté et admis en droit international, depuis les travaux de l’économiste Alexander Sack, de considérer que lorsqu’une dette a été contractée à l’insu du peuple et contre ses intérêts, cette dette est odieuse et elle peut être rejetée ».
Ousmane sonko : « (…), je parlais en tant que chef de parti politique qui donne son opinion »
A la question de savoir qu’il (le gouvernement) aurez pu demander l’annulation de cette dette, comme pour une « dette odieuse » ? Ousmane Sonko a répondu au journaliste de RFI : « Dette odieuse : Vous, vous utilisez le terme [une dette contractée sans le consentement de la population, qui n’a pas servi ses intérêts, et dont les créanciers connaissaient ou auraient dû connaître l’existence, NDLR]. Je l’ai utilisé une ou deux fois. C’est toute une procédure. Je n’avais pas tous les leviers. Quand je parlais à certaines occasions, je parlais en tant que chef de parti politique qui donne son opinion. N’oubliez pas que j’étais simple Premier ministre. Les pouvoirs du Premier ministre sont extrêmement limités dans ce pays ».
Mais, l’ancien Premier Ministre reconnait dans cette entretien « qu’une partie de cette dette, effectivement, est une dette odieuse parce qu’elle n’est même pas passée par l’approbation de l’Assemblée nationale. Donc, elle n’avait été approuvée ni par le peuple directement, ni par le peuple indirectement ». « Les procédures et les mécanismes n’ont pas été respectés et le peuple sénégalais doit aujourd’hui en supporter la charge. Cette dette est effectivement pour partie odieuse. Il faut du courage politique pour poser ce débat-là. J’ai eu à me prononcer sur cela à plusieurs reprises à travers mes interventions, en tant qu’homme politique. J’espère simplement que l’exécutif actuel prendra ses responsabilités pour aller dans ce sens et discuter pour effectivement l’annulation d’une partie de la dette ».
Dette cachée, Dette odieuse, à quelle dette se fier ?
Suite à cette sortie, certains analystes sont montés au créneau pour fustiger cette sortie du président de l’Assemblée Nationale, estimant qu’il aurait berné la population et maintenu l’économie du pays en berne pour des considérations politiques.
Et comme pour en rajouter une couche, la sortie du président sortant de la Cour des Comptes, le magistrat Mamadou Faye ranime ce débat. En effet, dans un entretien accordé à nos confrères Du journal « L’Observateur » est revenu sur la question relative à la supposée « dette cachée », révélée après la publication du pré-rapport l’institution en février 2025. Le magistrat a, en effet, affirmé que « l’expression dette cachée ne figure nulle part dans le rapport de la Cour des Compte ». Interrogé sur la question, Mamadou Faye déclare : « Je vous renvoie simplement à notre rapport : vous ne verrez pas, dans une page du rapport, où est mentionné ‘’dette cachée’’. Je ne vais pas me prononcer parce que c’est le contexte et le moment où je parle, qui ne s’y prêtent pas ».
Juge Mamadou Faye « je vous renvoie au rapport pour dire s’il y a dette cachée ou pas »
Le président sortant, admis à faire valoir ses droits à la retraite a préféré expliquer la technique de calcul plutôt que relancer la controverse. « La Cour des comptes a fait son travail, suivant les normes, en calculant, par la méthode TOFE (Tableau des opérations financières de l’État, NDLR), le ratio dette/PIB. Il y a aussi l’autre méthode, la méthode budgétaire : ‘recette – dépense’, et le résultat que vous trouvez, vous le mettez sur le PIB, et ça vous donnera un résultat. C’est la méthode que nous avions toujours utilisée. C’est très simple : les deux méthodes de calcul auraient pu ou dû arriver au même résultat si le tableau de passage était utilisé ».
Le juge Mamadou Faye a, toutefois, dit être « mal placé pour parler ». « Donc, vraiment, je suis mal placé pour parler, c’est pourquoi je vous renvoie au rapport pour dire s’il y a dette cachée ou pas. Je préfère ne pas me prononcer pour le moment sur ces aspects-là, je vous renvoie simplement à notre rapport », déclare-t-il.
Ces derniers rebondissements tendent-ils à mettre hors de cause l’ancien président Macky Sall ?
La question est se pose effectivement du moment où, on ne sait plus à quelle « dette » se fier.
Par Ibrahima DIOP
































