Après le Forum mondial de l’économie sociale et solidaire de Bordeaux en 2025 qui a consacré la ville de Dakar comme capitale africaine de l’économie sociale et solidaire, en reconnaissance de l’innovation et du potentiel structurant des stratégies mises en place au niveau local, le maire de la ville a décidé d’en faire la future capitale mondiale de l’économie sociale et solidaire.
Par Idrissa NIASSY
Dakar nourrit une ambition de taille : devenir, à moyen terme, la capitale mondiale de l’économie sociale et solidaire (Ess). Porté par la Ville de Dakar, ce projet s’inscrit dans une dynamique de transformation profonde du modèle économique local, avec pour priorité l’inclusion sociale, la création d’emplois durables et la promotion d’un développement plus équitable.
Face à un contexte urbain marqué par le chômage des jeunes, la précarité des revenus et l’ampleur du secteur informel, l’économie sociale et solidaire apparaît comme une réponse stratégique. Coopératives, mutuelles, associations, groupements de femmes, entreprises sociales et initiatives communautaires constituent déjà un socle important de l’activité économique dakaroise. L’objectif affiché par la municipalité est de structurer cet écosystème, de le renforcer et de lui donner une visibilité internationale.
Selon le maire de la Ville de Dakar, Abasse Fall, au cœur du programme, la création d’emplois décents pour les jeunes et les femmes. « La Ville de Dakar entend soutenir l’entrepreneuriat social à travers des mécanismes d’accompagnement technique, de formation et de financement adaptés. La formalisation progressive des activités informelles est également envisagée, afin de sécuriser les revenus des acteurs et d’améliorer leur accès à la protection sociale », a-t-il déclaré.
Pour lui, l’économie sociale et solidaire permet de concilier performance économique et impact social, tout en valorisant les savoir-faire locaux et les initiatives de proximité. Pour concrétiser cette vision, dit-il, plusieurs actions structurantes sont prévues dans le programme mis en place par la ville : la création de pôles d’innovation sociale, d’incubateurs dédiés aux entreprises sociales et de cadres de concertation entre collectivités, organisations de la société civile et partenaires techniques et financiers.
La formation des acteurs de l’Ess en gouvernance, gestion et innovation constitue un axe central du programme. Le maire de la ville s’exprimait hier en marge de la signature de convention de partenariat entre le ministère de la Microfinance et de l’Économie Sociale et Solidaire et la Ville de Dakar. Dans sa prise de parole, il a fait part, par ailleurs, que la Ville mise également sur des partenariats stratégiques avec des institutions nationales et internationales afin de mobiliser des financements innovants et de renforcer l’attractivité de Dakar pour les investisseurs à impact social.
Dakar, future hub international de l’Ess
Au-delà de l’échelle locale, Dakar ambitionne de s’imposer comme une vitrine africaine et mondiale de l’économie sociale et solidaire. L’organisation de forums internationaux, de rencontres professionnelles et de sommets dédiés à l’Ess figure parmi les priorités. Cette stratégie vise à positionner la capitale sénégalaise comme un centre de réflexion, d’échanges et d’expérimentation sur les modèles économiques alternatifs.
Cette ambition s’inscrit aussi dans une logique de diplomatie des villes, à travers la coopération décentralisée et le partage d’expériences avec d’autres métropoles engagées dans des démarches similaires. « L’économie sociale et solidaire est également perçue comme un outil de réponse aux défis environnementaux de Dakar. Gestion des déchets, économie circulaire, agriculture urbaine, accès à l’eau et à l’assainissement, services sociaux de proximité : autant de secteurs où l’Ess peut jouer un rôle déterminant », a expliqué M. le maire de la Ville de Dakar. Selon lui, la Ville de Dakar est pleinement disposée à mobiliser ses services, ses outils de planification et ses ressources conformément aux dispositions du Code général des collectivités territoriales afin d’assurer une mise en œuvre rigoureuse, transparente et orientée vers les résultats en lien étroit avec le ministère de la Microfinance et de l’économie sociale et solidaire et le Fonds de développement et de solidarité municipale (Fodem) qui est une structure de refinancement des Systèmes financiers décentralisé (Sfd).
Révolutionner le secteur pour le rendre inclusif
Prenant la parole, le ministre de la Microfinance et de l’Économie Sociale et Solidaire, le Dr Alioune Dione, a fait savoir que son Département travaille à révolutionner l’économie sociale et solidaire pour la rendre inclusive. Concernant la convention, ce dernier d’indiquer : « elle porte sur la promotion et la dissémination de l’agriculture verticale, urbaine et périurbaine, d’averses, qui fera de la capitale une ville écologique, le renforcement des initiatives d’économie circulaire, la mise en place de coopératives productives solidaires, notamment dans plusieurs domaines tels que le pavage, la promotion du tourisme solidaire, la création de boutiques témoins solidaires, ainsi que la structuration des secteurs de l’économie populaire de la ville de Dakar ». « Mais, la convention consacre des engagements forts du ministère de la microfinance et de l’économie sociale et solidaire, aux côtés de la mairie de Dakar », ajoute-t-il.
Selon lui, le ministère de la Microfinance et de l’Économie Sociale et Solidaire est prêt à accompagner, à travers ses différents mécanismes internes, la ville de Dakar dans l’élaboration et la mise en œuvre de plans locaux de développement sensibles à l’économie sociale et solidaire, afin d’intégrer durablement l’Ess dans la politique publique territoriale. « Nous allons également appuyer la mise en place d’incubateurs de l’économie sociale et solidaire dans chaque commune d’arrondissement de la ville, en vue de stimuler les initiatives économiques locales, d’encourager l’innovation sociale et de favoriser la création d’emplois décents, notamment au profit des jeunes et des femmes », a promis Dr Dione.
Il a profité de cette occasion pour lancer un appel aux jeunes à adhérer massivement à l’économie sociale et solidaire. « les jeunes marchands ambulants peuvent se regrouper en coopérative production solidaire pour pouvoir écouler leurs produits de l’économie sociale solidaire. Rien ne les empêche de le faire », a-t-il déclaré. D’après lui, la nouvelle orientation, c’est le financement solidaire. Donc personne ne sera laissé en rade pour l’accès aux ressources financières et au travail convenable.































