Le 13 mai 2026, le porte-conteneurs CMA CGM Zephyr accoste au Port Autonome d’Abidjan. Le navire peut transporter 15 000 conteneurs standards à la fois. C’est le plus grand jamais déployé par le groupe sur la ligne WAX 1, qui relie directement l’Asie à l’Afrique de l’Ouest sans escale intermédiaire.
Avant l’arrivée de cette ligne, les marchandises venues d’Asie passaient d’abord par des ports en Europe du Nord ou en Afrique du Nord avant d’atteindre Abidjan. WAX 1 supprime cette étape. Les délais de transit depuis les ports chinois comme Ningbo sont réduits de six jours. Depuis Qingdao, le gain atteint neuf jours.
Ces jours gagnés ont une valeur économique directe. Moins de temps en mer, c’est moins d’argent immobilisé dans des marchandises qui n’ont pas encore été vendues. C’est aussi une meilleure capacité à répondre rapidement aux fluctuations des marchés. Pour les exportateurs ivoiriens de cacao, d’anacarde ou d’hévéa, c’est un accès plus rapide aux acheteurs asiatiques.
Le fait que le navire soit arrivé à pleine capacité en dit long. Une entreprise privée ne mobilise pas un navire de cette taille si les volumes ne le rentabilisent pas. Le capitaine du Zephyr, Antonel Mardunovic, l’a dit sans détour : « D’après notre expérience lors de nos derniers voyages ici à Abidjan, il s’agit d’un marché en pleine croissance. Nous sommes venus avec un tirant d’eau maximal, ce qui est bénéfique pour tous. »
Cette escale est l’aboutissement d’une séquence de décisions rapprochées. En février 2026, CMA CGM ouvre à Abidjan un bureau régional regroupant 110 employés. Pour la première fois, le groupe pilote ses opérations africaines depuis le continent lui-même, et non depuis Marseille. Le 23 avril, le PDG Rodolphe Saadé inaugure officiellement ce bureau en présence du président Alassane Ouattara.
Or, cette stratégie se déploie dans un marché disputé. Lomé, Tema et Cotonou investissent massivement pour attirer les mêmes flux commerciaux. Tema, au Ghana, vise 3 millions de conteneurs par an d’ici 2027.
Abidjan se distingue pourtant. Le port a traité 46,6 millions de tonnes en 2025, contre 40,1 millions en 2024, soit une hausse de 16 % en un an. Plus de 1 000 milliards de FCFA ont été investis dans ses infrastructures depuis 2012. C’est ce qui explique le choix de CMA CGM.
Au-delà de la Côte d’Ivoire, le vrai enjeu est régional. Les pays sahéliens n’ont pas d’accès à la mer. Les importations burkinabè passent donc en partie par la route qui relie Abidjan à Ouagadougou, et le Mali achemine aussi une part croissante de ses marchandises via la Côte d’Ivoire. Dans ce contexte, chaque jour gagné sur le trajet maritime se répercute directement sur ces économies enclavées. Les coûts logistiques baissent. Les médicaments, les équipements agricoles et même les matériaux de construction arrivent plus vite. Toutefois, les liaisons ferroviaires vers l’intérieur du continent restent insuffisantes, ce qui limite le plein potentiel des gains offerts par la ligne WAX 1.
En somme, le déploiement du 13 mai confirme qu’Abidjan s’impose comme la porte d’entrée maritime de toute une région. Pour le Sahel enclavé, c’est une opportunité concrète. Pour la Côte d’Ivoire, c’est une responsabilité nouvelle.
Par Rokia Catherine Sall

































