Dans un entretien exclusif accordé à France 24 et RFI à Dakar, le président de l’Assemblée nationale sénégalaise, Ousmane Sonko, affirme qu' »il n’y aura pas de déchirure » avec le président Bassirou Diomaye Faye. Il revient également sur ses ambitions pour 2029, la dette sénégalaise, les élections, la gestion de la crise universitaire et défend le durcissement législatif sur l’homosexualité.
Alors que le Sénégal sort tout juste d’une crise politique, interrogé par France 24 et RFI au sujet de sa rupture avec le président Bassirou Diomaye Faye, Ousmane Sonko qui fait désormais figure de principal opposant, préfère parler de « divergences politiques et programmatiques ». « Je peux rassurer tout le monde qu’il n’y aura pas de déchirure ».
Pour l’ancien Premier ministre devenu président de l’Assemblée nationale, le débat ne se pose pas en termes de déchirure. « Le Sénégal est plus grand que les divergences politiques que nous pouvons voir », répond-il, tandis que son ancien camarade de route avait déclaré dans un discours début juin qu’aucune querelle « ne mérite pas que l’on déchire le pays qui nous est commun ».
Interrogé sur une éventuelle candidature à l’élection présidentielle de 2029, Ousmane Sonko juge qu’il est « très prématuré de parler des candidatures ». « Je vois beaucoup d’initiatives qui parlent de la candidature d’Ousmane Sonko en 2029. Je souhaiterais attendre le moment, parce que j’ai un parti politique qui investira le candidat qu’il souhaitera investir. Nous n’en sommes pas encore là ».
Concernant son principal rival, le président sortant, Ousmane Sonko refuse de spéculer. « Je ne m’occupe pas de la candidature du président », affirme-t-il, ajoutant : « Il a son chemin à faire, j’ai le mien à faire. »
Désormais à la tête d’une Assemblée nationale largement dominée par le Pastef (Patriotes africains du Sénégal pour le travail), qui la reconduit à la présidence du parti, Ousmane Sonko assure ne pas vouloir entraver l’action du nouvel exécutif, alors même que le Premier ministre, Ahmadou Al Aminou Mohamed Lô, a été nommé par Bassirou Diomaye Faye sans consultation de sa formation politique.
« Mes énergies vont être concentrées à donner à cette institution-là le rôle et la place qui est la sienne », affirme l’ancien Premier ministre. Il assure vouloir travailler en complémentarité avec le gouvernement : « Je pense que l’exécutif fera ce qu’il doit faire en vertu de ses pouvoirs constitutionnels, [et] le législatif le fera de manière complémentaire parce que nous avons tous cette obligation de travailler à la réussite de ce mandat qui est notre mandat en réalité. »
« Les élections devront se tenir à date »
Le président de l’Assemblée nationale promet également de ne pas faire de la censure un instrument politique. « Autant que possible, nous ne censurerons pas. Nous ne serons pas en tout cas dans des logiques politiciennes de censurer pour régler des comptes ou pour affaiblir une action », déclare-t-il, assurant vouloir laisser au gouvernement le temps de s’installer, tout en observant ses actions.
Quant à un report des élections locales de début 2027, il s’y oppose catégoriquement. « Il n’y a aucune raison valable pour qu’elles soient reportées. Les élections devront se tenir à date. C’est la loi qui encadre l’organisation des élections, qui impose au président de la République de prendre les actes qu’il faut. Je pense que nous avons jusqu’à mi-juillet, comme dernier délai, pour qu’il prenne le décret pour fixer la date des élections. »
Bien que la rupture soit consommée entre les deux alliés, Bassirou Diomaye Faye reste encore membre du Pastef. Concernant son éventuelle exclusion du parti, Ousmane Sonko s’en remet au Pastef. « Ça s’appréciera le moment venu » indique-t-il. « Les textes du parti sont très clairs sur les procédures à suivre, sur les griefs à mettre sur la table pour pouvoir parler de l’exclusion. Les instances apprécieront le moment venu. »
L’intérêt national avant les impératifs du FMI
Alors qu‘une mission du FMI est attendue à Dakar cette semaine et que la gestion de la dette colossale du Sénégal figure dans les priorités du nouveau gouvernement, Ousmane Sonko se défend d’adopter une position de principe. « Nous examinons la situation avec lucidité. Le plus important, c’est que ce qui sera mis sur la table corresponde aux exigences du moment », déclare le président de l’Assemblée, tout en rappelant que « la crise dans le Golfe est venue s’ajouter à la crise de la dette que nous connaissions déjà ».
S’il exclut toute volonté d’entraver l’action du gouvernement, il prévient qu’il s’opposera à toute décision contraire, selon lui, aux intérêts du pays. « Si une solution devait être prise qui ne va pas dans le sens de l’intérêt du Sénégal, qui sacrifie nos options de changement systémique et structurel sur l’autel de ratios à court terme, nous ne l’accepterons pas », affirme-t-il. Ousmane Sonko dit enfin espérer que « l’exécutif actuel prendra ses responsabilités pour aller dans ce sens et discuter pour effectivement, l’annulation d’une partie de la dette ».
« Il n’y a pas de chasse aux homosexuels »
Concernant la gestion de la crise universitaire, alors qu’il était encore à la tête du gouvernement sénégalais, et durant laquelle un étudiant a été tué lors d’une intervention policière à l’université Cheikh Anta Diop, Ousmane Sonko a rejeté toute responsabilité, rappelant qu' »une enquête a été ouverte ». « Elle nous dira ce qui s’est réellement passé », affirme-t-il.
L’ancien chef du gouvernement dit toutefois avoir condamné les violences commises par les forces de l’ordre. « Je considère qu’il y a eu un usage disproportionné de la force, quand on prend des jeunes désarmés au milieu de forces de l’ordre, et qu’on les bastonne publiquement ».
Interrogé sur la loi ayant doublé les peines de prison pour homosexualité au Sénégal et sur la multiplication des arrestations, Ousmane Sonko répond qu' »il n’y a pas de chasse aux homosexuels ». « Il y a une loi sénégalaise qui date de plus de 30 ans », préfère rappeler l’ex-Premier ministre. Selon lui, les arrestations existaient déjà avant le récent durcissement des sanctions.
Ousmane Sonko soutient également que le débat ne porte pas uniquement sur l’homosexualité, mais aussi sur ce qu’il présente comme « une transmission volontaire du VIH », attribuée aux personnes homosexuelles.
Il réaffirme que « le Sénégal est un pays souverain. Il n’a pas se justifier des lois qu’il prend, ni devant l’Occident, ni devant personne ». « Nous sommes dans un pays qui a ses croyances religieuses, ses convictions culturelles et qui est un pays souverain, qui légifère souverainement sur ce qu’il considère être rejeté par sa société. Et je pense que ça ne doit pas faire l’objet de débats », conclut-il.
Match France – Sénégal : « C’est l’Afrique qui aura battu l’Afrique »
Enfin le président de l’Assemblée national sénégalaise a eu un petit mot pour les Lions de la Teranga qui jouent mardi au Mondial-2026 contre les Bleus. « Je pense que le Sénégal va gagner. Je le souhaite en tout cas comme tous les Sénégalais ».
« Ce n’est que un match de football », a-t-il ajouté, « mais pour avoir une lecture politique de ce match, quel que soit le vainqueur, c’est l’Afrique qui aura battu l’Afrique », conclut-il, faisant référence à l’origine africaine de plusieurs joueurs de l’équipe de France.
Avec France24
































