L’alerte est sérieuse. Dans les établissements scolaires sénégalais, les drogues synthétiques gagnent du terrain et inquiètent de plus en plus les professionnels de la santé, les enseignants et les parents. Faciles à dissimuler, souvent peu coûteuses et extrêmement dangereuses, ces substances font des ravages parmi les élèves, exposant une génération entière à des risques sanitaires et sociaux majeurs.
Par Idrissa NIASSY
Longtemps considérée comme un phénomène marginal, la consommation de drogues synthétiques, faisant partie des nouvelles formes de drogue, s’installe désormais dans certaines écoles et lycées. Une recrudescence des cas des addictions impliquant des adolescents de plus en plus jeunes, attirés par des produits dont ils ignorent souvent la composition et les effets dévastateurs est observée.
Troubles psychiques, hallucinations, crises d’angoisse, comportements violents, pertes de mémoire, dépendance précoce : les conséquences sont lourdes et parfois irréversibles. Selon le Commissaire Idrissa Cissé, Coordonnateur national du Comité interministériel de lutte contre la drogue (Cild), ce sont des drogues qu’on peut malheureusement fabriquer à partir de produits médicalisés.
Malgré l’absence de données chiffrées, le phénomène de consommation dans les établissements scolaires est réel. « Cela ressort des dénonciations et des plaintes remontées auprès des chefs de sécurité territorialement compétents. Il ne manque pas des dénonciations formulées par les chefs d’établissement et les voisins, les riverains des établissements. Ce qui montre que le phénomène est réel », a-t-il expliqué. Avant d’ajouter : « dans nos arrestations, nous avons aussi de petits trafiquants qui rôdent autour des établissements. Cela participe à l’idée qu’une consommation commence à émerger et qu’il faut une réponse appropriée, bien réfléchie ».
Le Commissaire de police divisionnaire de classe exceptionnelle s’exprimait en marge d’un panel sur la prévention de l’usage des drogues et la prise en charge des Cdi tenu au Cem Alioune de Diop de Grand-Dakar. Le thème de cette activité est axé sur : « Brisons les chaînes : Prévention et traitement pour tous » avec comme slogan : « choc entre des visions, des convictions et des orientations ». Il a profité de cette occasion pour lancer un message fort à l’endroit des familles, des chefs d’établissement, mais également les acteurs de la société civile, comme l’Ong Jamra, qui abat un travail pertinent sur le terrain depuis des décennies pour éduquer les jeunes à la prévention et à la sensibilisation, pour une synergie des forces afin d’éradiquer ce fléau autour des établissements scolaires. Revenant sur le lien entre la consommation de drogue et les violences en milieu scolaire, ce dernier de faire savoir qu’au-delà du milieu scolaire, des violences intrafamiliales sont notées çà et là à cause de l’addiction des enfants. « Il y a un lien très fort entre la drogue et une certaine forme de violence dans les établissements et dans les familles, où des violences sont souvent perpétrées par des enfants contre leurs propres parents », a-t-il souligné. Avant de conclure : «des vols sont aussi commis par les enfants pour se procurer le produit nécessaire à leur consommation ».
Dans sa prise de parole, Bamar Gueye, Directeur exécutif de l’Ong Jamra, appelle l’État du Sénégal d’appuyer le Comité interministériel de lutte contre la drogue, du fait que la drogue constitue « la racine du mal ». « Le Comité interministériel de lutte contre la drogue doit être appuyé davantage en impliquant les structures étatiques, comme la société civile, et les familles d’enfants victimes de drogues », a-t-il déclaré. Pour lui, tous les problèmes sociaux, les vols, les prostitutions, l’homosexualité, sont liés à la drogue. « Donc, c’est un devoir impérieux pour l’État d’appuyer le comité interministériel qui joue un rôle prépondérant que nous avons vécu. Nous demandons également aux honorables députés de l’Assemblée nationale d’appuyer tout ce qui va leur parvenir pour la prévention, pour l’aider à lutter contre ce fléau », insiste-t-il.
































