« Touba : Laboratoire d’un modèle d’accompagnement de l’économie informelle ». C’est l’intitulé d’une contribution consignées par Dr Seydou Bocoum Economiste hétérodoxe et Dr Cheikh Gueye Géographe, Chercheur. Dans ce document, ils démontrent comment le Mouridisme a organisé le secteur informel.
« Le grand Magal de Touba est le cas d’école de cette économie informelle », affirment Dr Seydou Bocoum Economiste hétérodoxe et Dr Cheikh Gueye Géographe, Chercheur. Dans une contribution conjointe, les deux experts, s’appuie sur les études qui ont été faites par les Universités Alioune Diop de Bambey et l’université Cheikh Ahmadoul Khadim de Touba pour étayer leurs arguments.
Selon leur contribution, « 5,1 millions de pèlerins se déplacent, se logent, se nourrissent, se soignent, prient, commercent, dans un système où les réseaux économiques et sociaux informels jouent un rôle prépondérant, avec l’appui des infrastructures et des services publics (UCAK-UABD, 2026). Les transporteurs ne sont pas des entreprises de transport déclarées. Les bouchers qui abattent les plus de 100 000 ruminants sacrifiés ne le font pas dans des abattoirs contrôlés (UCAK-UABD, 2026) ».
Selon les études, près de 90,79% des commerçants interrogés déclarent une progression de leur chiffre d’affaires pendant le pèlerinage (UCAK-UABD, 2026). « Les ménages toubiens accueillent les pèlerins dans un système de solidarité familiale sans contrat. Les Dahiras collectent des fonds sans être des associations reconnues d’utilité publique », souligne-ils dans le document. « Et pourtant, cela fonctionne. L’impact économique a été multiplié par environ 2,5 en huit ans, passant de 250 milliards de francs cfa en 2017 à près de 630 milliards en 2025 (UCAK-UABD, 2026). Les retombées se décomposent en 375,31 milliards d’effets directs, 102,90 milliards d’effets indirects et 151,41 milliards d’effets induits (UCAK-UABD, 2026). les dépenses alimentaires des ménages constituent le principal poste, avec 225,52 milliards de francs cfa (UCAK-UABD, 2026) », rappellent-ils. Ils ont cependant jugé crucial de souligner que cette autoorganisation informelle repose sur une condition institutionnelle spécifique : « le mouridisme ». « Le Dahira, l’autorité du khalife, la solidarité communautaire, constituent des institutions de coordination uniques qui jouent le rôle que joueraient ailleurs un État ou un marché formel. Le Magal ne prouve pas que l’informel s’auto-organise de manière générique. Il prouve qu’une institution religieuse forte peut se substituer à la coordination étatique et marchande dans un contexte précis. Cette spécificité limite la généralisation directe à l’ensemble de l’économie sénégalaise, beaucoup plus fragmentée et hétérogène sur le plan religieux et institutionnel », ont-ils expliqué.
Selon Drs Seydou Bocoum et Cheikh Gueye, le mouridisme est l’institution culturelle qui structure l’économie du Magal. « Le Dahira est une structure économique autant que religieuse. il collecte des fonds, crée du crédit rotatif, assure une solidarité de groupe, génère des obligations réciproques », indique-t-ils, avant de préciser que ce phénomène n’est pas propre à Touba. « selon l’ERI-ESI (ANSD, 2017), les chefs d’unité de production informelle sont au nombre de 2 177 154 au Sénégal. Ils exercent principalement dans le commerce de détail (34,7%), l’agriculture et l’élevage (22,6%), et les activités de fabrication (15,4%) (ANSD, 2017). Les femmes dirigent plus de la moitié de ces unités (51,1%) (ANSD, 2017). Les revenus sont faibles. Plus de la moitié des salariés du secteur informel gagnent moins de 37 000 francs cfa par mois, soit à peine le SMIG (bit, 2019) mais l’activité est réelle, la production est réelle, la consommation est réelle », lit-on dans le document.
Ils affirment ainsi que l’économie sénégalaise est structurée par des institutions culturelles qui remplissent les fonctions que l’État et le marché formel ne remplissent pas. « L’informel n’est pas le chaos. C’est l’ordre social sénégalais dans sa forme économique », ont-ils laissé entendre.
Pour ces imminents intellectuels, « Touba assume l’économie informelle ! La cité constitue un cas d’école du modèle sénégalais dans sa forme la plus concentrée et la plus performante, et appelle à une reconnaissance sans faux fuyant au même titre que celle de la spécificité de son institution de gouvernance religieuse ».
Par Dieynaba TANDIANG






































