Plus les jours passent, plus le dossier ASER révèle ses secrets. Cette fois-ci, la lecture d’une lettre confidentielle du ministre d’alors, Birame Sileye Diop, chargé de l’Énergie, révèle que l’ex Premier Ministre Ousmane Sonko avait été mis au courant des couacs et du blocage du projet.
Une note confidentielle adressée au Premier ministre par Birame Souleye Diop, alors ministre chargé de l’Énergie, apporte un éclairage important sur le retard du programme d’électrification de 928 localités et le différend opposant AEE Power EPC Espagne à AEE Power Sénégal. Le document rappelle que le marché, d’un montant de 91,833 milliards de FCFA hors taxes, avait été confié à AEE Power EPC Espagne. Pourtant, malgré le versement d’une avance de démarrage de 56 millions d’euros, soit 40 % du financement, le projet n’avait toujours pas débuté.
Les activités de AEE Power Sénégal, devaient représenter 60 % de la contrepartie financière du projet
La note précise qu’AEE Power Sénégal avait été intégrée au dispositif en raison de son statut de société de droit sénégalais. Elle devait intervenir comme sous-traitant, mandataire et prestataire autonome d’AEE Power EPC Espagne. Un engagement tripartite signé avec l’ASER lui confiait notamment l’acquisition des poteaux électriques en béton armé. Selon son directeur général, les activités de la société sénégalaise devaient représenter 60 % de la contrepartie financière du projet.
AEE Power Sénégal n’était donc pas un simple partenaire secondaire, mais un acteur appelé à jouer un rôle majeur dans l’exécution du programme et dans la participation des entreprises sénégalaises.
Le projet bloqué malgré le versement de l’avance de démarrage
Le document ministériel souligne surtout que le programme n’avait connu aucun début d’exécution, alors que l’avance avait déjà été versée à AEE Power EPC Espagne. C’est dans ce contexte qu’AEE Power Sénégal demande le reversement de sa quotepart de l’avance de démarrage. AEE Power EPC Espagne répond par la résiliation des contrats conclus avec son partenaire sénégalais, invoquant une « rupture de confiance » et l’accusant notamment d’avoir présenté de fausses factures et quittances.
Mais la note ministérielle ne présente pas ces accusations comme établies. Dans ses recommandations, Birame Souleye Diop demande précisément « d’élucider les actes de faux reprochés à AEE Power Sénégal ».
AEE Power EPC Espagne refuse de participer à la médiation de l’ARCOP
Saisie par AEE Power Sénégal, l’ARCOP suspend à titre conservatoire la résiliation et convoque les parties à une réunion de conciliation. AEE Power EPC Espagne refuse d’y participer. Malgré cela, l’ARCOP recommande la continuation du marché. Malgré cette tentative de médiation et les recommandations en faveur de la poursuite du marché, AEE Power Sénégal va finalement être écartée du dispositif par AEE Power EPC Espagne. Une situation d’autant plus significative que la société sénégalaise avait été intégrée au montage contractuel avec l’accord de l’ASER et qu’une part importante des prestations devait lui revenir.
Le ministère demandait pourtant explicitement de réadapter le contrat en tenant compte de « la nécessité de faire participer les entreprises sénégalaises au projet ». Malgré cette orientation, le partenaire sénégalais, appelé à assurer une part substantielle de l’exécution, s’est retrouvé exclu du dispositif.
Les recommandations de Birame Souleye Diop sont révélatrices : élucider la destination de l’avance de démarrage, vérifier les accusations de faux, renégocier les prix et assurer la participation des entreprises sénégalaises.
La note montre ainsi que le projet était déjà à l’arrêt malgré le décaissement de l’avance et que le différend a conduit à l’éviction d’AEE Power Sénégal par AEE Power EPC Espagne, malgré la tentative de médiation de l’ARCOP.
Au-delà des accusations portées contre AEE Power Sénégal, une question demeure : pourquoi un projet de 91,8 milliards destiné à électrifier 928 localités n’avait-il toujours pas démarré après le versement de l’avance, et pourquoi l’entreprise sénégalaise appelée à réaliser une part importante des prestations a-t-elle finalement été écartée ?
Par Ibrahima DIOP

































