Aux Maristes, la SN HLM veut changer d’échelle. Avec un complexe immobilier de 658 appartements, deux immeubles tertiaires et un investissement global de 64 milliards de francs CFA, la société entend faire de ce projet un laboratoire du logement moderne et surtout du « Made in Senegal ». Un pari financier et industriel porté avec la Compagnie sahélienne d’entreprises (CSE), présenté comme une nouvelle étape dans la montée en puissance du secteur privé national.
Par Idrissa NIASSY
Le chantier des Maristes veut marquer le paysage dakarois. Sur une assiette foncière de 3,3 hectares, le complexe comptera 16 immeubles, dont 14 dédiés à l’habitation, pour un total de 658 appartements. L’offre sera répartie entre 96 F2 de 40 m², 258 F3 de 100 m² et 304 F4 de 120 m². À cela s’ajoutent deux immeubles à vocation tertiaire, respectivement en R+11 et R+12, destinés aux bureaux et aux commerces. Le programme prévoit également 573 places de stationnement. Pour Babacar Gaye, directeur de la Maîtrise d’ouvrage de la SN HLM, l’ambition dépasse la simple construction de logements. Le projet se veut « innovant », avec une architecture contemporaine, des dispositifs d’isolation et un accent particulier sur le confort. Autre argument avancé : les espaces verts représenteront plus de 15 % de l’assiette foncière, soit environ 5 206 m², contre un minimum de 5 % prévu par le Code de l’urbanisme. La localisation constitue également un atout commercial majeur. Le site est connecté à l’autoroute A1, aux lignes de transport public et à la gare TER de Hann-Maristes, située à moins d’un kilomètre.
64 milliards F Cfa pour financer le pari
Derrière cette vitrine immobilière se trouve un montage financier conséquent. L’enveloppe globale atteint 64 milliards F Cfa, organisée en deux phases successives de 32 milliards chacune. La première phase bénéficie d’une première tranche de 16 milliards déjà mobilisée auprès de Bridge Bank et d’une seconde tranche de 16 milliards structurée avec Bridge Securities et un consortium bancaire. La deuxième phase ne sera engagée qu’après le remboursement intégral de la première. Le financement est prévu sur 24 mois, avec un taux d’intérêt annoncé de 6 % et un différé de remboursement couvrant la période de construction. Le dispositif repose, à cet effet, sur plusieurs garde-fous : hypothèque sur le titre foncier, domiciliation des recettes de commercialisation, contrôle des flux par la banque agente et mécanisme de validation des décomptes avant chaque décaissement. La commercialisation devient ainsi le nerf de la guerre. Pour déclencher la deuxième phase, la SN HLM vise un seuil de commercialisation de 75 %. Le financement acquéreur doit permettre d’élargir la clientèle aux salariés du public et du privé, aux professions libérales, aux ménages à revenus modestes et aux Sénégalais de la diaspora.
Le « made in Senegal » au cœur du chantier
Mais le véritable message porté par la direction de la SN HLM est ailleurs : dans le choix de l’entreprise chargée de réaliser le projet. La Compagnie sahélienne d’entreprises (CSE) a été retenue comme partenaire de construction. Pour le Directeur général de la SN HLM, Pape Abdourahmane Dabo, ce choix traduit une volonté assumée de privilégier l’expertise nationale. « Oui, le Sénégal peut construire le Sénégal », a-t-il martelé, présentant les Maristes comme un acte de doctrine en faveur du secteur privé local. La CSE est ainsi appelée à mobiliser ingénieurs, ouvriers, maçons, fournisseurs et bureaux de contrôle sénégalais. La SN HLM entend également imposer un transfert de compétences et une création de valeur au bénéfice de l’économie nationale. « L’heure de la sous-traitance est révolue, l’heure du co-pilotage est arrivée », a déclaré le Directeur général, qui veut faire de ce partenariat public-privé un modèle reproductible. Au-delà des 658 logements, le projet des Maristes constitue donc un test grandeur nature pour la SN HLM : démontrer qu’un opérateur public peut mobiliser les financements privés, accélérer la production immobilière et s’appuyer sur des entreprises nationales pour porter des projets de grande envergure.
La société veut également inscrire cette opération dans l’objectif annoncé par l’État de construire 30 000 logements par an. Reste désormais le plus difficile : tenir les délais, maîtriser les coûts, sécuriser les ventes et transformer les annonces en logements effectivement livrés. « Aux Maristes, le compte à rebours est lancé. Les grues ne sont pas encore dans le ciel, mais le pari, lui, est déjà posé : construire davantage, construire mieux et surtout construire avec les compétences sénégalaises », a conclu M. Dabo.
Venu prendre part à cette cérémonie de signature du contrat du Complexe immobilier « Maristes by SN-HLM », Balla Moussa Fofana, ministre de l’Urbanisme, des Collectivités territoriales et de l’Aménagement du territoire, présente le projet comme un symbole de la métamorphose de Dakar. Pour lui, le complexe doit illustrer une nouvelle approche fondée sur la rénovation, la restructuration et le relogement. Il appelle également à faire de la commande publique un levier pour les entreprises et compétences locales. Après Maristes, les quartiers de Pikine, Guédiawaye, Grand Dakar ou la Médina pourraient suivre dans le cadre du Programme national de rénovation urbaine et d’éradication des bidonvilles.





































