Sénégal au plus mal ? Des économistes s’alarment
L’état des comptes de l’Etat continue d’inquiéter certains économistes, malgré les assurances des autorités étatiques. Les économistes Souleymane Astou Diagne et Ibnou Sougoufara tirent sur la sonnette d’alarme.
Invité de l’émission « Jury du Dimanche », ce 1er février 2026, Pr Souleymane Astou Diagne, économiste et enseignant-chercheur ne rassure pas. Selon lui, l’année 2025 restera marquée par une gestion économique «mitigée», voire « contre-productive ». Car, dit-il : « le gouvernement a multiplié les faux pas stratégiques, entraînant une contraction sans précédent du Produit Intérieur Brut (PIB).
D’après lui, « l’arrêt des chantiers du BTP comme une a coupé le moteur de la croissance nationale ». « Une pression fiscale démesurée, utilisée comme un instrument de coercition plutôt que de relance. L’insécurité des affaires avec l’emprisonnement de capitaines d’industrie et un discours politique non apaisé ont brisé la confiance des investisseurs », a fait remarquer l’enseignant chercheur.
« Le ratio de dette publique sur PIB s’est envolé, certains parlent de 119 %, d’autres de 132 %. Quoi qu’il en soit, 2025 a été une année chaotique », répète-t-il. Dr Diagne a, par ailleurs indiqué que l’année 2026 s’ouvre sous de mauvais auspices mondiaux. « L’économie sénégalaise en 2025 est une économie en difficultés. Difficultés sévères. Et d’ailleurs les difficultés sont en train de se prolonger pour l’année 2026. L’année 2026 n’inaugure rien de bon. D’autant plus qu’aujourd’hui, sur le plan géopolitique, 2026 est caractérisé par non seulement la capture de Maduro le 3 janvier passé, mais Donald Trump qui oriente les tensions vers le Moyen-Orient. C’est pourquoi 2026 sur le plan économique, ce sera un peu compliqué par rapport à l’environnement international », dit-il.
Face à ce tableau sombre, l’enseignant-chercheur estime que la solution ne réside pas uniquement dans les chiffres, mais dans le climat social et politique. Dr Souleymane Astou Diagne considère que pour sortir de ces difficultés : « la priorité absolue du gouvernement doit être la restauration de la confiance. Sans un signal fort d’apaisement envers le secteur privé et une stabilisation du cadre macroéconomique, 2026 risque de n’être que le prolongement d’une crise déjà profonde ».
Dans le Grand Jury de Rfm également le même sujet s’est invité dans le débat. L’invité de ce dimanche Ibnou Sougoufara, président de l’Association sénégalaise des gestionnaires de risques, a, à son tour, appelé à des décisions courageuses. Selon lui, « la restructuration est inévitable ». En effet, dit-il : « le pays a franchi un seuil critique. « Nous sommes entrés dans une zone d’insoutenabilité de la dette », laquelle aurait atteint 132 % du produit intérieur brut (PIB).
M. Sougoufara attribue aussi ces difficultés à un « mauvais comportement budgétaire entretenu sur plusieurs années. Ancien conseiller du président Macky Sall dans les secteurs de l’énergie et des mines, Ibnou Sougoufara a invité à un exercice de lucidité collective. «Il faut savoir se pointer le doigt d’une mauvaise gestion accumulée dans le temps et il est nécessaire d’assumer les erreurs du passé pour mieux redresser la trajectoire économique du pays.
Abordant les relations avec les partenaires techniques et financiers, le président de l’Association sénégalaise des gestionnaires de risques a exhorté les autorités actuelles à revoir leur posture vis-à-vis du Fonds monétaire international (FMI). « Il faut changer le ton », a-t-il conseillé, estimant que l’institution de Bretton Woods ne doit pas être perçue comme un ennemi.
Pour Ibnou Sougoufara, le FMI joue plutôt un rôle stratégique dans les négociations financières internationales. « Le FMI est l’avocat par rapport aux créanciers », a-t-il expliqué, tout en plaidant pour des relations apaisées et constructives afin de faciliter une éventuelle restructuration de la dette et de restaurer la crédibilité financière du Sénégal.
Par Ibrahima DIOP (Sources : médias)
































