Dans un communiqué, le Collectif Rappel reproche à l’ancien Premier ministre d’utiliser aujourd’hui les équipements qu’il qualifiait hier de « dépenses de prestige ». Le collectif l’invite à « aller jusqu’au bout de sa logique » en boycottant ces infrastructures.
Le Collectif Rappel s’en prend à Ousmane Sonko. Dans un communiqué rendue publique jeudi, il dénonce un «décalage de plus en plus visible » entre les critiques formulées par l’ancien chef du gouvernement lorsqu’il était dans l’opposition et sa pratique depuis son arrivée au pouvoir. Selon le collectif, celui qui pourfendait les choix d’investissement de Macky Sall utilise désormais « régulièrement » les infrastructures réalisées sous son magistère.
Le Collectif Rappel rappelle que M. Sonko présentait ces réalisations comme des dépenses de prestige, déconnectées des préoccupations des Sénégalais. Il affirme pourtant que, depuis son passage à la Primature puis à l’Assemblée nationale, il n’a cessé de s’en servir pour ses activités officielles et politiques.
Le communiqué cite le salon d’honneur de l’Aéroport international Blaise-Diagne (AIBD), le Centre international de conférences Abdou Diouf (CICAD), le Train express régional (TER), le BRT, le Building administratif, les ponts et autoponts ainsi que les autoroutes à péage. Il évoque aussi le stade Abdoulaye-Wade et la Dakar Arena, devenue selon lui un lieu de rassemblement pour les meetings politiques de l’intéressé.
Le collectif Fatali ajoute des exemples plus personnels : le trajet depuis son domicile de la cité Keur Gorgui, le péage, le vol d’Air Sénégal vers Ziguinchor et l’aéroport de cette ville, rénové dans le cadre du programme de réhabilitation des aéroports. Il mentionne enfin la récente participation de M. Sonko au lancement du SN10 de Sadio Mané, à Bambaly, pour lequel lui et sa délégation auraient emprunté des routes « à l’actif de Macky Sall ».
Les JOJ Dakar 2026 et la « dette cachée » dans le viseur
Le collectif voit un autre exemple de cette «contradiction » dans les Jeux olympiques de la jeunesse (JOJ) Dakar 2026. Selon lui, le monde entier a découvert, lors de la cérémonie d’ouverture, des installations sans lesquelles la réussite de l’événement n’aurait pas été possible : le stade Abdoulaye-Wade et sa piste, la Dakar Arena et son complexe sportif, ainsi que la piscine olympique réhabilitée.
« Comment peut-on dénoncer ces investissements et, dans le même temps, en bénéficier pour organiser une compétition de cette envergure ? », interroge en substance le communiqué.
Le texte revient aussi sur la question de la dette dite « cachée », érigée par M. Sonko en argument majeur contre son prédécesseur. Le collectif estime qu’il lui appartient d’expliquer comment il concilie la dénonciation de cette dette avec l’exploitation des réalisations qu’elle a contribué à financer. Il souligne par ailleurs que le Building administratif, qui avait servi de cadre à la présentation de cette dette, a lui-même été financé par les emprunts que M. Sonko décriait.
« Pourquoi ne pas boycotter ces infrastructures ? »
Le Collectif Rappel invite donc Ousmane Sonko à la cohérence. S’il juge toujours ces investissements inutiles, dit-il, il devrait renoncer à l’AIBD, au CICAD, au Building administratif ou à la Dakar Arena. « La politique exige de la cohérence. La responsabilité impose également de reconnaître les acquis, indépendamment de l’identité de ceux qui les ont réalisés », écrit le collectif, pour qui il est « temps de sortir des postures politiques et de confronter les déclarations aux faits ». Il conclut que « la rupture ne doit pas être un discours à géométrie variable ».
Par Ibrahima DIOP





































