L’hôpital Abass Ndao franchit un nouveau cap dans la lutte contre les mutilations génitales féminines (Mgf). Après avoir permis la prise en charge chirurgicale et psychosociale de 52 femmes victimes de cette pratique d’une autre époque, l’établissement hospitalier s’apprête à accueillir un Centre régional de lutte contre les Mgf, une première à cette échelle au Sénégal.
L’hôpital Abass Ndao s’apprête à franchir une étape majeure dans la lutte contre les mutilations génitales féminines (Mgf). Après avoir assuré la réparation chirurgicale et l’accompagnement psychosocial de 52 femmes victimes de cette pratique, l’établissement va bientôt se doter d’un Centre régional de lutte contre les Mgf. Ce futur centre, appelé à devenir un pôle de référence, combinera soins spécialisés, prévention, formation et sensibilisation communautaire, dans un contexte où les mutilations génitales féminines demeurent une réalité préoccupante au Sénégal.
Au-delà de la prise en charge médicale, il s’agit d’une réponse forte à une urgence de santé publique et de droits humains. Cette initiative de se doter d’un Centre régional de lutte contre les mutilations génitales féminines (Mgf), s’inscrit dans une dynamique de réparation, de dignité et de justice sanitaire pour des milliers de femmes et de filles dont la santé physique, mentale et reproductive a été durablement affectée par les mutilations génitales féminines.
Selon le Professeur Dembo Diédhiou, Directeur général de l’hôpital Abass Ndao, les interventions réalisées à cet établissement hospitalier, qui ont permis à 52 femmes de retrouver le sourire, ont permis non seulement de « corriger des séquelles médicales parfois lourdes », mais aussi « d’offrir un accompagnement psychologique » indispensable à la reconstruction des patientes. « À travers cette initiative, nous lançons un appel à une mobilisation nationale pour mettre fin à une pratique qui continue de briser la santé et la dignité de nombreuses femmes et filles », a-t-il déclaré. Car, la réparation chirurgicale constitue aujourd’hui, d’après lui, « une avancée majeure », offrant une « amélioration fonctionnelle, une restauration de l’estime de soi », et un « espoir de reconstruction physique, psychologique pour les survivantes ».
Le Pr Diédhiou s’exprimait lors d’un colloque international sur les Mgf axé sur le thème : « De la prévention à la réparation », à l’occasion de la Journée internationale Tolérance zéro à l‘égard des mutilations génitales féminines. Cet événement qui est en sa 3ème édition, organisée par le Centre hospitalier Abass Ndao, en collaboration avec la Ville de Dakar, les Hôpitaux universitaires de Marseille et le ministère de la Santé et de l’Hygiène Publique, a connu un succès sans faille grâce au Dr Raymond Alipio, de par son leadership, mais surtout de son intention d’une réparation de ses injustices sociales.
Pour le Directeur de l’hôpital, les séquelles de ces mutilations sont lourdes, douleurs chroniques, complications obstétriques, troubles sexuels, traumatismes psychologiques, atteintes profondes à la dignité. « Pendant presque toute cette semaine, le soir, vers 19 heures, sans que les techniciens s’en rendent compte, je m’impulse dans les chambres de ces survivantes, pour m’induire réellement de l’aspect psychologique, mais aussi médical et anatomique de ces dames, pour m’imprégner de ce qui s’est passé, lors et après les mutilations », explique-t-il. Et de poursuivre : « mais dans leur majorité, elles ne se rappellent même pas de ce qui s’était passé. La seule chose qu’elles se sont rappelées, ce sont des séquelles ».
Venue présider la cérémonie de clôture de ce colloque scientifique international de six (6) jours, la ministre de la Famille et des Solidarités, Maïmouna Dieye, appelle à une approche holistique totale dans la lutte contre les Mgf. « L’implication de chaque secteur est la condition sinequanone de notre réussite », a-t-elle déclaré. Avant d’ajouter : « nous ne pouvons rien bâtir de durable sans le secteur de la santé pour la prise en charge clinique sans l’enseignement supérieur pour régler nos décisions par la recherche scientifique. Nous ne pouvons agir sans l’éducation pour la sensibilisation dès le plus jeune âge, sans l’éducation rigoureuse des textes ou sans les forces de défense et de sécurité pour affluer la protection effective des plus vulnérables ». Elle a profité de cette occasion pour offrir des kits de réparation des mutilations génitales féminines composés de soins médicaux et des services de soutien pour aider les femmes et les filles à se rétablir et retrouver enfin leur dignité, tout en révélant que le taux de la prévalence des Mgf a chuté de manière spectaculaire passant de 71,8 % à 19,2 % au Sénégal, même si dans certaines régions le taux est encore élevé.
Par Idrissa NIASSY































