La transparence est mise à mise à rude épreuve dans la gestion financière étatique du Sénégal. Selon Babacar Ba, président du Forum du Justiciable, cette carence est synonyme de défaillances dans les institutions qui devraient garantir la clarté et la reddition des comptes de l’Etat.
« La transparence de la gouvernance financière au Sénégal est aujourd’hui mise en veille ». C’est le point de vue de Babacar, président du Forum du Justiciable. Selon lui, les institutions censées garantir la clarté et la reddition des comptes semblent « défaillantes ».
Cour des comptes et IGE : « Depuis 2017, la Cour des comptes du Sénégal n’a publié aucun rapport annuel »
Notant le retard dans la publication des rapports de la cour des comptes et de l’IGE, l’ancien membre de l’Ofnac estime que cela prive les citoyens d’informations essentielles sur la gestion des deniers publics. « Ces organes de contrôle, censés incarner la rigueur et l’impartialité, laissent planer un doute sur leur efficacité », a souligné M. Ba. « Depuis 2017, la Cour des comptes du Sénégal n’a publié aucun rapport annuel. Les exercices 2018, 2019, 2020, 2021, 2022, 2023 et 2024, demeurent dans l’ombre, en contradiction flagrante avec le Code de transparence dans la gestion des finances publiques », a laissé entendre Babacar Ba.
Assemblée nationale : « l’absence de visibilité sur l’exécution de son budget renforce l’opacité »
Evoquant le cas de l’Assemblée Nationale, le président du Forum du Justiciable a fait noter que l’absence de visibilité sur l’exécution de son budget renforce l’opacité. « Une institution qui vote les lois et contrôle l’action gouvernementale ne peut se soustraire à l’exigence de transparence de sa propre gestion », estime-t-il.
SOGEPA : « Omerta sur les opérations de récupération et de gestion des biens immobiliers de l’État »
La Société nationale de gestion et de participation (SOGEPA) également, signale-t-il « ne rend pas compte des opérations de récupération et de gestion des biens immobiliers de l’État ». Pour lui, ce silence nourrit la suspicion et pose la question de l’utilisation réelle de ces biens censés revenir au patrimoine national.
Compte tenu de ces irrégularités relatives à la transparence des organes de contrôle, Babacar Ba et cie exigent des réponses claires concernant, notamment la SOGEPA : Quels sont les biens immobiliers effectivement récupérés à ce jour, et quels sont ceux qui demeurent en litige ? Existe-t-il des occupants sans droit légal pour lesquels l’Etat continue de supporter les charges locatives ? Combien de villas ou appartements restent occupés par des fonctionnaires à la retraite ou par des personnes sans droit ? Qui sont les bénéficiaires de ces occupations irrégulières et quel est le coût annuel pour le Trésor public ? Les 53 villas construites en 2008 dans le cadre du sommet de l’OCI, prétendument cédées à la SCI DING DING, ont-elles été effectivement récupérées ? Pourquoi aucun rapport public détaillé n’a encore été publié sur la gestion et la récupération des biens immobiliers de l’Etat ? Quels mécanismes de contrôle interne et externe garantissent la transparence de cette gestion par la SOGEPA ?
ARCOP : « La nomination du ministre Conseiller Aly Nar Diop constitue un conflit d’intérêts manifeste »
Pour revenir à l’ARCOP, M. Ba pense que la nomination d’Aly Nar Diop, ministre conseiller économique du Président, à la présidence du Conseil de régulation de ladite organe, constitue un conflit d’intérêts manifeste. « Cette situation compromet l’indépendance de l’autorité de régulation et alimente la suspicion d’ingérence politique. Les fonctions de membre et de Président du Conseil de régulation de l’ARCOP sont, de fait, incompatibles avec celles de Ministre Conseiller. Elles requièrent une stricte neutralité et une indépendance institutionnelle que le statut de Ministre Conseiller ne garantit pas », précise-t-il.
Par Dieynaba TANDIANG
































