Les tensions actuelles au Moyen-Orient créent des gagnants inattendus sur le continent africain. Alors que le détroit d’Ormuz est devenu une zone à haut risque, les acheteurs européens et asiatiques privilégient de plus en plus l’Angola, le Mozambique ou le Nigeria : des fournisseurs perçus comme plus stables et plus fiables.
L’avantage est concret: des primes d’assurance moins élevées et des délais de livraison plus prévisibles. D’après l’African Energy Chamber, la capacité d’exportation du continent devrait plus que doubler d’ici 2040. Mieux encore, la crise actuelle semble accélérer les choses : de nouveaux investissements arrivent, et des projets longtemps bloqués refont surface. C’est le cas du gazoduc transsaharien, qui relierait le Nigeria à l’Europe en passant par le Niger et l’Algérie. Le projet se heurte encore à des obstacles politiques et sécuritaires sérieux, mais la crise énergétique mondiale le remet sur la table.
Pourtant, derrière cette dynamique favorable, la réalité est plus nuancée.
Bien que certains Etats exportent du pétrole brut, la majorité des pays africains restent dépendants des importations de produits raffinés, comme l’essence et le diesel. Or, le conflit a fait grimper le prix du baril de Brent au-dessus des 100 dollars. Résultat : le carburant coûte plus cher, et avec lui, le transport et les biens de consommation courante.
Ce paradoxe est le reflet de déséquilibres structurels que la crise ne fait qu’aggraver : des capacités de raffinage insuffisantes, une dépendance persistante aux importations et une transformation locale des ressources qui reste très limitée. Même dans les pays producteurs, la hausse des prix profite surtout aux revenus des États, et non aux Africains.
En clair, si la hausse des exportations reste une opportunité sur le papier, la hausse des prix du pétrole impacte directement le quotidien des populations africaines. La vraie question n’est pas de savoir si l’Afrique profite de la crise, mais à qui, à l’intérieur du continent, ces profits reviennent réellement.
Rokia Catherine Sall
































