Le dossier ASER est comme une épine qui s’est logée au pied de l’Etat du Senegal et qui semble difficile à extraire. Alors que lanceurs d’alertes comme le député Thierno Alassane Sall et son camarade de la République des Valeurs Dr Samba Faye, attendent que la Justice déniche où se terre les 37 milliards destinés à électrifier plus de 1700 villages, le ministre de l’Energie et du Pétrole en rajoute une couche en déclarant qu’il n’acceptera pas que la justice ne retardera pas le projet Aser.
Une sortie qui choque le Dr Samba Faye de la République des Valeurs. « Ma déception fut grande en entendant le ministre Abdourahmane Diouf affirmer sur RFM qu’il n’accepterait pas que la justice retarde le projet ASER-AEE Power », a-t-il lâché dans une tribune parvenue à la rédaction de Lii quotidien ce mercredi. « Venant d’un juriste de formation, cette sortie m’a paru difficilement compréhensible : la justice, à ce jour, ne bloque pas l’exécution du contrat ; elle cherche à identifier les auteurs et complices d’une éventuelle disparition de ressources », dit-il.
D’après Dr Faye, le rôle d’un ministre, en la matière, se limite à constater les manquements, à appliquer les sanctions prévues au contrat ou à exiger la poursuite des travaux. « Que le président Bassirou Diomaye Faye, conscient ou non de la portée de ses choix, ait laissé ce dossier prospérer sans jamais exiger de comptes clairs, voilà qui interroge la solidité de notre État de droit », a-t-il laissé entendre.
Dr Samba Faye a, toutefois, révélé que le Sénégal, n’est pas le premier pays où AEE Power laisse ce genre de trace.
« Quatre dossiers, une plainte pénale et une enquête judiciaire en cours à Dakar et à Madrid
« En une quinzaine d’années, ce groupe espagnol s’est implanté dans de nombreux pays africains, du Sénégal à la République démocratique du Congo, en passant par le Togo et le Kenya », renseigne-t-il. « Quatre dossiers, une plainte pénale et une enquête judiciaire en cours à Dakar et à Madrid, une délibération du régulateur togolais, un jugement de la Haute Cour du Kenya, un rapport d’ONG sur le méga-barrage d’Inga III : chacun pose à sa manière la même question, qui contrôle réellement l’argent public quand un État confie l’électrification de ses villages à un partenaire étranger ? », se demande M. Faye
A l’en croire, le dossier sénégalais, à lui seul, dépasse largement le simple différend commercial. « Il met en jeu 37 milliards de FCFA garantis par l’État, une agence publique qui peine à justifier leur usage, un régulateur dont les décisions ont été ignorées puis attaquées par l’autorité contractante elle-même, et un Parlement dont les questions écrites restent sans réponse. Ce qui suit s’appuie sur des pièces référencées ; les accusations qui n’ont pas encore été tranchées par un juge sont présentées comme telles. Les faits établis suffisent, à eux seuls, à poser la question du contrôle démocratique et de la redevabilité publique sur ce genre de marché », explique-t-il.
Samba Faye indique que chacun de ces quatre dossiers appelle sa propre lecture, « et aucun, pris isolément, ne suffit à incriminer AEE Power, du moins pas elle seule ». « Ce qui frappe, dit-il, en les regardant ensemble, c’est plutôt la fragilité des mécanismes censés surveiller l’argent public une fois le marché signé. Un régulateur dont les lettres de relance restent sans réponse pendant des mois, et qui se retrouve lui-même attaqué en justice par l’autorité contractante. Une Cour suprême qui se contredit à quatre mois d’intervalle sur le même dossier. Un Parlement dont les questions écrites au gouvernement dorment depuis plus d’un an. Une agence publique qui communique des chiffres d’exécution qui changent selon les interlocuteurs. Une entreprise, enfin, qui ne répond ni à sa propre banque ni, au bout du compte, à une réquisition judiciaire.
Ces maillons, mis bout à bout, dans un même dossier et dans la durée, dessinent une réalité plus inquiétante : le contrôle démocratique de l’argent public, qu’il soit parlementaire, judiciaire ou simplement administratif, arrive presque toujours en retard sur la dépense elle-même. C’est cette question institutionnelle, plus que le sort d’une seule entreprise, que les procédures ouvertes à Dakar et à Madrid devront, à terme, permettre de trancher », pointe-t-il. Pour Dr Samba Faye, le président de la République, le Premier ministre et le ministre de tutelle doivent aujourd’hui répondre à une question simple : « où sont les 37 milliards ? ».
Par Dieynaba TANDIANG





































