La bataille contre la pollution plastique s’intensifie sur le littoral dakarois. À la Baie de Hann, l’un des sites les plus emblématiques mais aussi les plus affectés par la dégradation environnementale au Sénégal, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) et plusieurs partenaires ont lancé hier une vaste opération de ramassage des déchets plastiques pour redonner un souffle nouveau à cet écosystème fragilisé.
Par Idrissa NIASSY
Munis de sacs, de gants, de brouettes, de râteaux et de pelles, et d’une détermination sans faille, des centaines de volontaires, agents de la Sonaged et acteurs communautaires ont investi hier les plages et les zones côtières de la baie pour enlever les montagnes de bouteilles, sachets et autres détritus plastiques qui s’y accumulent depuis belle lurette. Cette initiative intervient dans un contexte où la pollution plastique constitue une menace croissante pour la biodiversité marine, les activités économiques locales et la santé des populations riveraines. À chaque marée, des tonnes de déchets sont rejetées sur les berges, transformant progressivement ce joyau naturel en dépotoir à ciel ouvert. Selon Sandra Oulaté Fattoh, Directrice du Centre de la Cedeao pour le développement du genre (Ccdg), cette opération va bien au-delà d’un simple exercice de nettoyage. « Elle vise non seulement à sensibiliser les citoyens aux conséquences de la mauvaise gestion des déchets et à promouvoir des comportements plus respectueux de l’environnement, mais aussi d’offrir à nos communautés un environnement sain, condition sine qua non de leur émancipation économique et sociale », a-t-elle expliqué lors du lancement de la campagne « Cedeao sans plastique ». Cette belle initiative s’inscrit dans le cadre de la célébration du 51ème anniversaire de cette organisation communautaire. Pour elle, la mobilisation entend également attirer l’attention sur l’urgence de renforcer les mécanismes de collecte, de recyclage et de valorisation des déchets plastiques. Elle a fait part, par ailleurs que la lutte ne doit pas se limiter uniquement au Sénégal. Elle doit se faire dans tous les pays qui font face à un « péril invisible mais destructeur ». Qui est la pollution plastique qui menace gravement nos écosystèmes marins, empoisonne la santé publique et dégrade l’environnement en Afrique de l’Ouest. D’après la Banque mondiale, les chiffres sont alarmants. 80 % des déchets plastiques de la région Cedeao sont mal gérés.
Face à cette situation, la Commission de la Cedeao a pris des initiatives en adoptant le Règlement C/REG.17/12/23 relatif à l’harmonisation des produits plastiques et à la gestion rationnelle des déchets plastiques dans les États membres. Ce texte vise à renforcer la coopération régionale pour lutter contre un fléau environnemental dont les effets dépassent largement les frontières nationales. Ce Règlement s’inscrit dans une dynamique régionale visant à promouvoir des pratiques durables de production, de consommation et de gestion des déchets plastiques. Il encourage notamment l’harmonisation des normes applicables aux produits plastiques, le développement du recyclage, la valorisation des déchets et la mise en place d’approches d’économie circulaire dans les quinze (15) pays membres de la Communauté.
Selon la Directrice du Centre de la Cedeao pour le développement du genre, cette opération de nettoyage et de tri qui démarre sur cette plage est l’affirmation de notre souveraineté sur notre propre avenir. « Grâce à notre énergie, la Baie de Hann et les plages de Dakar redeviendront les symboles d’un environnement propre, sain, rayonnant et prospère », déclare-t-elle. Avant d’ajouter : « face au phénomène de la pollution plastique, chacun de nous a un rôle déterminant à jouer ». Elle a profité de cette occasion pour inviter les autorités gouvernementales et municipales à renforcer l’application rigoureuse des textes et cadres réglementaires. Pour le secteur privé, les industriels et les commerçants, elle les exhorte à devenir les pionniers de l’écoresponsabilité en adoptant des emballages durables. « J’appelle nos partenaires médias et influenceurs à nous aider à porter ce message dans chaque foyer pour sensibiliser massivement aux impacts sanitaires de ce fléau », a conclu Mme Sandra.



































