Célébrée chaque 31 mai par la communauté internationale, la Journée mondiale sans tabac a été commémorée hier lundi 15 mai 2026, au Sénégal, sous l’égide du Programme national de lutte contre le tabac (Pnlt). L’occasion a été saisie par la présidente de la société sénégalaise de pneumologie, professeure Yassine Dia pour alerter sur les dangers du tabagisme qui continue de faire des ravages silencieux au Sénégal et dans le monde.
Par Idrissa NIASSY
« C’est une addiction pédiatrique qui commence trop souvent dès l’adolescent », a-t-elle averti, soulignant que la majorité des fumeurs réguliers ont commencé à consommer du tabac avant l’âge adulte. Une réalité préoccupante qui expose précocement les jeunes à la dépendance à la nicotine et aux nombreuses maladies associées. Selon elle, le tabagisme n’est pas un simple défaut d’habitude, ni un choix de vie que l’on peut respecter au nom de la liberté individuelle. « Le tabagisme est une maladie. C’est un piège redoutable tendu à notre jeunesse par une industrie du tabac cynique, qui voit en nos enfants ses consommateurs de demain », a-t-elle fait savoir hier, lors de la célébration de la Journée mondiale sans tabac axée sous le thème : « Démasquer l’attrait-contrer l’addiction à la nicotine et au tabac.
La spécialiste des maladies respiratoires rappelle que le tabac demeure l’une des principales causes évitables de décès dans le monde. Cancers du poumon, maladies cardiovasculaires, accidents vasculaires cérébraux, bronchopneumopathie chronique obstructive (Bpco), figurent parmi les conséquences les plus fréquentes de cette consommation.
« La bronchopneumopathie chronique est une maladie terrible qui détruit lentement les alvéoles pulmonaires et condamne à l’étouffement, les insuffisances respiratoires chroniques, ce qui est le vrai visage du tabac au Sénégal », a déclaré Pr Yassine Dia. Avant de demander aux fumeurs de regarder la réalité en face : derrière la fumée éphémère d’une cigarette ou d’une chicha, il y a la réalité durable de la maladie et de la mort ». Elle a profité de cette occasion pour saluer le vote de la loi anti-tabac par l’Assemblée nationale constituant une avancée historique. « Mais aujourd’hui, nous devons admettre une vérité médicale : la loi interdit, la prévention éduque, mais aucune des deux ne guérit l’addiction installée », alerte-t-elle.
Pour mettre fin à ce fléau, avec tous les produits chimiques qu’il comporte, qui met à nu notre système de santé, elle demande aux autorités sanitaires de mettre à la disposition des usagers du tabac qui veulent arrêter de fumer les nouvelles solutions thérapeutiques, comme les substituts nicotiniques. « Qu’il s’agisse de patchs transdermiques, de gommes à mâcher ou de comprimés à sucer, ces outils changent radicalement la donne », explique la pneumologue. C’est pourquoi, elle appelle le gouvernement, à travers le ministère de la Santé et de l’Hygiène Publique, ainsi que les partenaires techniques et financiers à une action immédiate structurée autour de trois piliers indispensables. Il s’agit de l’inscription des substituts nicotiniques sur la liste des médicaments essentiels nationaux qui doivent être disponibles dans tous les districts sanitaires du pays, la subvention massive de ces traitements, comme le sevrage tabagique, l’accès aux patchs et aux gommes de nicotine qui doit être gratuit, et la décentralisation des consultations d’aide au sevrage à travers le renforcement des capacités et la formation systématique des médecins généralistes, des infirmiers et des sages-femmes sur toute l’étendue du territoire. « Nous ne pouvons plus nous contenter de comptabiliser les morts du tabac et de prononcer des discours de compassion. Passons aux actes. Donnons à nos structures de santé et à nos concitoyens les moyens de mener cette guerre contre la dépendance », a-t-elle conclu.
Cet appel n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd. Car, le Directeur général de la santé (Dgs), le Dr Youssouph Tine, prenant la parole au nom du ministre de la Santé empêché, a répondu directement à la présidente de la société sénégalaise de pneumologie. « Votre appel est entendu et ce sera traité avec toute l’attention requise », a-t-il déclaré. Avant d’appeler à un déploiement d’un système de traçabilité des produits du tabac et de ses dérivés, indépendant, conforme aux recommandations de l’Organisation mondiale de la santé pour éradiquer le commerce illicite qui fait obstacle à nos politiques fiscales et sanitaires, et l’instauration d’une taxe parafiscale sur le tabac. Il appelle également à une « forte » mobilisation de toutes les forces vives de notre communauté pour l’atteinte de l’objectif 3 des Objectifs de développement durable fixés à l’horizon 2030, mais aussi à porter ce combat jusque dans les quartiers et les écoles pour sauver les élèves des nouveaux produits de l’industrie du tabac.
En 2023, selon les résultats de l’enquête de prévalence du tabagisme chez les adultes, la prévalence tabagique chez les adultes est passée de 6 % à 4,4 %, soit une baisse significative de 25 %. les données de l’enquête Gans 2023, ont indiqué à leur tour que près de trois quarts des fumeurs ont arrêté de fumer. Ce qui est une avancée majeure dans la lutte contre le tabagisme.

































