Un enfant mal nourri aujourd’hui, c’est une richesse nationale compromise demain. Au Sénégal, la malnutrition ne se limite pas à une crise sanitaire silencieuse : elle représente également un gouffre économique estimé à 856 millions de dollars par an, soit plus de 493 milliards F Cfa qui s’envolent chaque année en raison de ses conséquences sur la santé, l’éducation et la productivité.
Par Idrissa NIASSY
La malnutrition n’est pas seulement une simple question de santé publique. Elle influence la réussite scolaire, la productivité économique, la résilience des familles et finalement le développement de toutes les nations.
Selon Dr Mbaye Séne, Secrétaire exécutif du Conseil national de développement de la nutrition (Cndn), le Sénégal perd chaque année 856 millions de dollars Us, soit plus de 493,475 milliards F Cfa, à cause de la malnutrition. Derrière ce chiffre alarmant se cache une réalité préoccupante. « Des talents fragiles, des capacités réduites et une partie de notre potentiel collectif qui s’évapore silencieusement », explique-t-il.
Des milliers d’enfants souffrent encore de retard de croissance, de carences en vitamines et en minéraux ou de malnutrition aiguë. « Ces déficits nutritionnels affectent durablement leurs capacités cognitives, leur réussite scolaire et, plus tard, leur insertion dans le monde du travail », a déclaré le secrétaire exécutif du Cndn. Avant d’ajouter : « les coûts engendrés par les soins médicaux, les pertes de productivité et les faibles performances scolaires se répercutent sur l’ensemble de l’économie nationale ». Pour lui, chaque enfant privé d’une alimentation adéquate représente « un potentiel humain et économique amputé ».
Il présidait hier la Journée d’orientation sur « les enjeux de la nutrition » à l’intention des journalistes membres de l’Association des journalistes en santé, population et développement (Ajspd). Cette activité entre dans le cadre de la mise en œuvre de la stratégie de communication et de plaidoyer 2024-2028, du Conseil national de développement de la nutrition.
Malgré les progrès importants réalisés ces dernières années au Sénégal, ce dernier de faire savoir que les défis persistent. « La malnutrition demeure l’un des principaux défis du développement humain, et la sous-nutrition persiste encore dans certaines zones en Afrique, en particulier au Sénégal », a-t-il souligné. D’après Dr Séne, les carences en micronutriments constituent, et continuent d’affecter des millions d’enfants et des femmes dans le monde.
Au Sénégal, selon les dernières données, plus de 500 000 enfants de moins de 5 ans souffrent de retard de croissance ou malnutrition chronique. Plus de 200 000 souffrent d’émaciation ou malnutrition aigüe et des milliers d’adultes sont en surpoids ou obèses. « Nous faisons face à un double fardeau nutritionnel. Et cette réalité nous concerne tous, enfants, adolescents, sujets adultes, sujets âgés », a-t-il précisé. Cela est dû pour la plupart à la mauvaise alimentation en milieu urbain. Avant d’ajouter : « c’est pourquoi, nous avons organisé cette rencontre avec les représentants des médias, parce que lorsqu’il est question de nutrition la formation devient fiable avec eux, amis elle devient aussi vitale ». Face à l’ampleur des pertes, le Cndn plaide pour un investissement massif dans la nutrition pour sauver des vies.
Concernant la situation nutritionnelle au Sénégal, Dr Nafissatou Ba Lo, Experte en nutrition et alimentation humaine au Cndn, de faire savoir que chez les enfants, au niveau national, le taux de prévalence se situe à 59,8 %. À l’intérieur du pays, on constate une légère baisse avec 59,1 %. Chez les filles, il est à 54,9 %, contre 64,5 % chez les garçons. Pour la tranche d’âge 24-35 mois, le taux est à 73,7 %.
S’agissant de la stratégie de lutte contre l’anémie, Dr Ba Lo a indiqué qu’au niveau du pays beaucoup d’argent ont été débloqués pour mieux cerner les déterminants afin de voir quels leviers ou quelles actions spécifiques mettre en œuvre pour résoudre ce problème, même si la situation est problématique partout au niveau du pays, car, près de 60 % des enfants sont touchés par ce fléau.
Dans sa prise de parole, le président de l’Ajspd, Eugène Kaly, est revenu sur le concours des meilleurs reportages dans la région de Diourbel sur les questions de la malnutrition organisé l’année dernière. Il souhaite pour cette année, le soutien et la collaboration du Cndn pour la pérennisation de ces questions de malnutrition. Toutefois, il compte accompagner cette structure sur les enjeux liés à la malnutrition pour sauver des vies.


































