Le Sénégal ouvre une nouvelle bataille pour l’équité sanitaire. À travers la carte sanitaire 2026, le ministère de la Santé et de l’Hygiène Publique veut réorganiser l’offre de soins, réduire les évacuations vers Dakar et l’étranger et s’attaquer aux déserts médicaux.
La Carte sanitaire 2026 ne veut plus être un simple document de planification. Elle se veut désormais une feuille de route pour transformer concrètement le système de santé sénégalais. C’est le message fort livré par le Dr Ndeye Magatte Ndiaye, Directeur de cabinet du ministre de la Santé et de l’Hygiène publique, lors du lancement officiel du processus de mise en œuvre. Au nom du ministre Pr Ibrahima Sy, elle a placé cette nouvelle carte sous le signe de la souveraineté sanitaire. « Il n’y a pas de souveraineté véritable sans la capacité de protéger et de soigner nos populations sur notre propre sol », a-t-elle martelé. Une ambition qui prend tout son sens face à une population qui approche les 19 millions d’habitants en 2026 et devrait dépasser 21 millions à l’horizon 2030. Pour elle, cette transformation a un coût.
Les investissements prévus dans le cadre de l’offre de soins sont estimés à plus de 720 milliards de francs Cfa. Ils permettront, selon la Directrice de cabinet du ministre de la Santé, la transformation de 60 postes de santé, la construction de 35 centres de santé et le recrutement de 2 500 agents. Les urgences, la santé mentale et la prise en charge des personnes âgées doivent aussi bénéficier de moyens renforcés. Le programme prévoit notamment l’achèvement de grands chantiers comme l’hôpital Aristide Le Dantec, le Centre national d’oncologie et l’hôpital de Ourossogui. « L’enjeu n’est plus simplement de multiplier les infrastructures. Il faut surtout les implanter là où les besoins sont les plus importants et les doter des compétences nécessaires », a-t-elle fait savoir. Avant de souligner : « construire ne suffit pas, il faut construire au bon endroit avec les bonnes compétences ». Dr Ndeye Magatte Ndiaye a fait part, par ailleurs, que la nouvelle carte entend ainsi corriger les déséquilibres entre Dakar et les autres territoires. Télémédecine, itinérance médicale, renforcement des postes de santé et développement des capacités de dépistage et d’échographie figurent parmi les leviers annoncés pour désenclaver les zones rurales.
Autre innovation majeure : la création de centres de santé de niveau 3 dans chaque département, destinés à offrir des soins hospitaliers à moindre coût. « Des hôpitaux de référence organisés autour de pôles doivent également permettre de limiter les évacuations sanitaires vers Dakar et, surtout, vers l’étranger », a-t-elle expliqué.
Du curatif à la prévention
La réforme ne se limite toutefois pas aux murs et aux équipements. Elle entend également modifier le modèle de prise en charge, en donnant davantage de place à la prévention et à la promotion de la santé. L’intégration officielle des Unités promotion de la santé, accueil et accompagnement (Upsaa) dans les centres de santé et les hôpitaux doit renforcer l’ancrage communautaire et améliorer l’accueil et l’accompagnement des usagers. La digitalisation constitue l’autre pilier de cette transformation. Le déploiement du Dossier patient informatisé (Dpi) doit favoriser la continuité des soins, améliorer la qualité des prises en charge et permettre un pilotage plus efficace du système. Mais derrière l’ambition et les milliards annoncés se trouve un défi plus redoutable : la mise en œuvre. « Le défi majeur est celui de la mise en œuvre », a reconnu le Dr Ndeye Magatte Ndiaye. C’est ainsi que le ministère annonce l’élaboration, pour chacune des 26 innovations retenues, d’un cahier des charges descriptif et opérationnel. Il appelle également l’Oms, partenaire chef de file, à renforcer la mobilisation des partenaires techniques et financiers.
L’Oms mise sur l’équité et souveraineté sanitaire
Le Représentant Résident de l’Oms au Sénégal, Dr N’da Konan Michel Yao, qui a pris part à la Journée nationale de partage de la carte sanitaire 2026, a salué la réforme de la carte sanitaire 2026, porteuse, selon lui, d’une offre de soins « mieux planifiée et plus équitable ». Il a réaffirmé l’engagement des partenaires à accompagner sa mise en œuvre, en privilégiant coordination, efficacité des ressources et suivi des résultats. « Cet accompagnement se fera dans le respect des priorités nationales, en favorisant l’alignement, la coordination, la complémentarité des appuis, la mobilisation efficiente des ressources et le suivi des résultats. Pour lui, cette réforme doit devenir un levier de transformation durable, d’équité, de résilience et de souveraineté sanitaire. « Vos expériences, analyses et vos propositions sont indispensables pour consolider un document consensuel, réaliste et opérationnel, capable de guider durablement les décisions et les investissements dans le secteur de la santé », a-t-il déclaré.


































