Face au chômage des jeunes, à l’exode rural et aux défis du changement climatique, le Centre agroécologique Kaydara (commune de Fimla) s’impose comme une référence en matière de formation, d’innovation et d’entrepreneuriat vert. En misant sur l’agroécologie, il offre aux jeunes et aux femmes les compétences nécessaires pour créer des activités génératrices de revenus tout en promouvant une agriculture durable.
Par Idrissa NIASSY
Dans un contexte où l’agriculture sénégalaise est appelée à se réinventer pour répondre aux défis de la sécurité alimentaire et du changement climatique, le Centre agroécologique Kaydara, situé dans le village de Samba Dia (commune de Fimla, région de Thiès) apparaît comme un modèle d’incubation au service des jeunes et des femmes. Grâce à une approche alliant formation pratique, accompagnement entrepreneuriat et promotion des techniques agroécologiques, le Centre contribue à l’émergence d’une nouvelle génération d’entrepreneurs agricoles. Bien qu’un simple espace de formation, Kaydara accompagne les porteurs de projets depuis l’apprentissage des pratiques agricoles durables jusqu’à la création et au développement de leurs entreprises. Les bénéficiaires y acquièrent des compétences en production végétale et animale, transformation des produits agricoles, gestion d’entreprise et commercialisation.
Selon le Directeur du Centre, Gora Ndiaye, le Projet Ripostes de la Fao a permis de faire venir des femmes de plusieurs localités, surtout de la zone agrosylvopastorale, pour apprendre les pratiques agro-écologiques. Cette formation permettra à ces dernières, une fois de retour chez elles de former d’autres femmes et éventuellement répliquer ce qu’elles ont vu à Kaydara. « Cette approche permet non seulement de favoriser l’insertion professionnelle des jeunes, mais aussi de renforcer l’autonomisation économique des femmes, souvent confrontées à des difficultés d’accès aux financements, aux terres et aux opportunités de formation », a-t-il déclaré.
Pour lui, il s’agit de pousser les femmes à apprendre les bonnes pratiques qu’il y a, non seulement dans ce Centre, mais également l’agriculture climato-intelligente, qui leur permettront au finish, d’avoir des produits bio, des rendements beaucoup plus importants sans engrais et qui pourra ajouter de la valeur à ce qu’elles sont en train de faire. Après la formation, chaque participant jeune recevra de la commune de Fimla une parcelle d’un hectare qui lui permettra de démarrer ses activités.
Pour les groupements de femmes, leurs parcelles seront dotées en eau, mais aussi en grillage pour sécuriser les cultures. « Notre mission, c’est de les former davantage, mais également de les doter d’équipements et avec la formation qui vient avec l’accompagnement, pour qu’elles puissent transformer des produits bio et bons pour la santé et produisant de nourriture saine qui pourront aussi leur apporter suffisamment d’argent pour nourrir les familles », a expliqué M. Ndiaye. En valorisant les pratiques agroécologiques, le Centre contribue également à la préservation des ressources naturelles, à la restauration de la fertilité des sols et à une production plus résiliente face aux effets du dérèglement climatique.
L’agroécologie, un puissant levier de création d’emplois
À travers cette initiative, Kaydara démontre que l’agroécologie peut constituer un puissant levier de création d’emplois, de développement local et de souveraineté alimentaire. Une expérience qui pourrait inspirer d’autres territoires du Sénégal et de la sous-région dans leur quête d’un développement agricole inclusif et durable.
Pour le Coordonnateur du Projet Ripostes ((Projet de résilience et de reforestation intensive pour la sauvegarde des territoires et des écosystèmes au Sénégal) et également de l’initiative PVA (Projet de valorisation des potentialités agricoles et écosystémiques pour la résilience des communautés), mis en œuvre tous les deux par la Fao, le Colonel Ibra Sounkarou Ndiaye, il permet aussi de faire des cultures circulaires autour des arbres. « Au lieu de mettre en place des plans de 10 mètres carrés comme on l’apprend à l’école, on fait une culture circulaire autour de l’arbre, et on plante des légumes, ce qui fait que les légumes forment beaucoup », explique-t-t-il.
Dans les zones où il y a beaucoup, où pas beaucoup d’eau, ajoute-t-il, il suffit de bien arroser pour avoir quelques légumes, mais aussi entretenir les arbres. Selon lui, ces arbres vont créer finalement un microclimat favorable à toutes les cultures qui ont participé à la fixation du sol contre l’érosion éolienne. « Après la formation sur la mise en place d’un capital végétal pour créer un microclimat favorable, c’est le capital animal qui suit, avec une élevage de poulets, de la terre, des légumes, etc », souligne-t-il. D’après lui, l’objectif est de produire non seulement durant toute l’année, mais d’étaler la production, pour que les créneaux puissent être saisis.
Le Projet avec Kaydara a démarré depuis 2022 pour une période de cinq ans, et a permis de former plusieurs jeunes et femmes de différents Gie en six mois.
Les jeunes ont montré un penchant important dans les questions agricoles
Pour le Coordonnateur du Projet Ripostes, les jeunes du premier cohorte qui ont passé six mois, ont montré un penchant extrêmement important pour les questions agricoles, de lutte contre le changement climatique. « Ce travail remarquable a été validé en rapport avec les collectivités territoriales, les familles et avec les autorités administratives, surtout pour l’accès à la terre », a-t-il fait savoir.
Revenant sur l’agroécologie, ce dernier de faire-part qu’il est véritablement cruciale pour l’édification de la Grande muraille verte, la restauration des terres dégradées au niveau du Sénégal. En termes également de transformation de produits forestiers non-ligneux, dit-il, c’est une niche qui est là. « La transformation des produits agricoles est un potentiel extrêmement important et qui est valorisé. Vous avez vu lors du lancement de l’année internationale des femmes agricultrices, ce que ces femmes-là ont véritablement exposé en termes de produits.
Mais, le problème qui se pose, surtout pour les femmes, c’est l’inaccessibilité de l’eau, le manque de grillages pour sécuriser les parcelles cultivables et les difficultés pour le renforcement des capacités. Ce qui fait dire Couna Ndiaye, parlant au nom de cinq de Gie de femmes venant du Ferlo, que la renforcement de capacité est d’une importance capitale pour ces dernières, même s’il fait défaut. « Nous recommandons de l’eau, mais aussi du grillage pour sécuriser nos périmètres cultivables. Nous voulons également un renforcement des capacités pour nous permettre d’avancer dans ce que nous faisons », insiste-t-elle.





































