Par Idrissa NIASSY
En moins d’une décennie, le Sénégal a réduit de plus de 50 % le taux de mortalité maternelle, passant de 392 décès pour 100 000 naissances vivantes en 2015 à 153 en 2023. Derrière ces avancées persistait une réalité plus complexe : dans de nombreuses structures de santé, les femmes continuaient de vivre des accouchements marqués par la peur, le manque d’information et une prise en charge impersonnelle. C’est pourquoi, pour faire de chaque accouchement une expérience positive, le ministère de la Santé et de l’Hygiène Publique (Mshp) avec l’appui de l’Organisation mondiale de la santé (Oms) et d’un grand partenaire financier, a introduit l’initiative des Soins maternels respectueux (Smr). Cette approche vise à placer la dignité, le bien-être émotionnel et les choix des femmes au cœur des pratiques de soins, au-delà du seul enjeu de survie.
Les Soins maternels respectueux reposent sur trois piliers essentiels ; notamment la préparation à l’accouchement pour les femmes enceintes, l’utilisation du Guide de gestion du travail d’accouchement par le personnel de santé et l’accompagnement psychologique des femmes tout au long de la grossesse et pendant l’accouchement. « L’objectif va bien au-delà de la survie », explique le Dr Ousmane Dieng, expert en santé maternelle et néonatale au bureau de l’Oms au Sénégal. « Il s’agit d’offrir à chaque femme une expérience positive où elle se sent écoutée, informée et pleinement actrice de son accouchement », ajoute-t-il.
Au centre de santé de référence de Yeumbeul, dans la banlieue de Dakar, l’approche Smr est mise en œuvre depuis deux ans. Un mercredi sur deux, les femmes enceintes dès le sixième mois de grossesse se retrouvent autour des sages-femmes pour des séances de préparation à l’accouchement. Il s’agit d’un curriculum complet couvrant les aspects biologiques de la grossesse, les signes d’alerte, les simulations des positions d’accouchement, les techniques de respiration, les exercices de mobilité et les soins au nouveau-né.
Après une phase pilote menée entre 2019 et 2023 à l’hôpital de référence de Yeumbeul, l’initiative a été étendue depuis novembre 2023 à l’ensemble des structures de santé du district sanitaire des communes de Yeumbeul Nord et Sud. Pour assurer sa mise en œuvre effective, 45 sages-femmes ont été formées à cette approche dans le district et plus de 430 femmes accompagnées. Pour accompagner cette évolution, l’Oms a également soutenu l’adaptation et la dissémination d’un module complémentaire intégrant la gestion du stress chez les sages-femmes, avec 235 professionnels de santé formés. Au-delà des procédures techniques, l’accent est mis sur la communication, l’adaptation à chaque femme et le bien-être des sages-femmes, renforçant la qualité des soins.
« Les séances de préparation avec les femmes enceintes nous permettent de mieux anticiper leurs besoins et de construire une relation de confiance, en intégrant l’écoute et le soutien émotionnel dans la prise en charge, au-delà des seuls gestes techniques », témoigne Gnima Sonko, maîtresse sage-femme au centre de santé de Yeumbeul, formée avec l’appui de l’Oms. « Les modules dédiés au renforcement de notre propre santé mentale nous aident à travailler avec plus de sérénité, ce qui améliore directement la qualité de l’accompagnement offert aux femmes enceintes ». Cette approche intégrée transforme durablement l’expérience de l’accouchement. « Chaque femme mérite de vivre son accouchement dans la dignité et la sécurité. C’est un droit fondamental, pas un privilège », souligne le Dr Michel Yao, Représentant résident de l’Oms au Sénégal. « La collaboration entre le ministère de la Santé, les districts sanitaires et l’Oms est essentielle pour porter à l’échelle ces bonnes pratiques », a-t-il conclu.

































