Après dix ans de mise en œuvre, le Programme national de bourses de sécurité familiale change de cap. La recertification des bénéficiaires ouvre la voie à la reprise des paiements, avec un ciblage recentré sur les ménages toujours vulnérables. Au cœur du dispositif : un Registre national unique (Rnu) désormais stabilisé à 1 000 649 (un million six cent quarante-neuf) ménages.
Un million six cent quarante-neuf (1 000 649) ménages : c’est la taille du nouveau Registre national unique (Rnu) en 2026. Un chiffre à ne pas confondre avec 1 649 000 ménages, a insisté Babacar Thiaw, Directeur de la gestion des programmes des filets sociaux. Cette précision n’est pas anodine : le Rnu constitue désormais la principale porte d’entrée pour identifier et cibler les bénéficiaires des différents programmes sociaux. Mis en place en 2015, le Registre national unique est passé d’un premier noyau de 541 192 ménages à plus d’un million aujourd’hui. Son extension vise à disposer d’une base nationale permettant de mieux repérer les populations pauvres et vulnérables, à partir de critères géographiques, communautaires et socioéconomiques. Les données recueillies permettent ensuite d’établir un scoring destiné à orienter l’aide sociale vers les ménages qui en ont le plus besoin. Cette évolution de ce document accompagne la reprise du paiement des bourses de sécurité familiale après une opération de recertification. Pour 2026, le dispositif cible 469 497 ménages et bénéficiaires, dont 383 227 ménages issus du Rnu et 86 270 détenteurs de la Carte d’égalité des chances, correspondant aux personnes handicapées bénéficiaires du programme. Cette opération répond à un impératif : mettre fin à une situation où certains bénéficiaires étaient reconduits depuis 2016 sans réexamen suffisamment régulier de leur situation. « L’objectif était d’améliorer le ciblage » et de garantir une rotation des bénéficiaires, a expliqué Babacar Thiaw, lors de la rencontre d’information et de partage sur la reprise des paiements des bourses de sécurité familiale avec le Réseau des journalistes en protection sociale (Rjps) et des élus en protection sociale organisée par la Délégation générale à la protection sociale et à la solidarité nationale (Dgpsn). Le principe retenu est de maintenir dans le dispositif les ménages bénéficiaires toujours considérés comme vulnérables et revalidés dans le Rnu. Un important travail d’apurement, mené notamment en relation avec l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (Ansd), a permis d’éviter les doublons et d’arrêter la nouvelle liste.
35 000 F Cfa par trimestre
Pour les ménages retenus, la bourse représente 35 000 F Cfa par trimestre, soit 140 000 F Cfa par an. Mais le programme ne se limite pas au transfert d’argent. Il comprend également des actions de communication, de formation et d’accompagnement sur la santé, l’éducation, l’état civil, l’environnement ou encore la gestion des crises. Le Pnbsf entend surtout favoriser progressivement l’autonomisation économique des ménages. Des dispositifs d’inclusion productive, dont « Yook Koom Koom », doivent permettre de développer des activités génératrices de revenus, avec l’appui du Projet d’appui à la protection sociale adaptative (Papsa) et de la Banque mondiale. Selon M. Thiaw, le prochain exercice devrait marquer une nouvelle étape. Les autorités envisagent une hausse du montant de la bourse et du nombre de bénéficiaires. « L’objectif est également de mieux gérer les sorties du dispositif et d’offrir aux ménages qui quittent progressivement la vulnérabilité des solutions d’insertion économique », a-t-il dit. Mais pour lui, la réussite de cette nouvelle phase dépendra aussi de la qualité des données. Le Rnu devra être régulièrement actualisé afin de permettre aux ménages qui basculent dans la pauvreté de pouvoir y être intégrés. La fiabilisation de l’identité des chefs de ménage et l’interopérabilité entre le Registre et les autres systèmes sociaux figurent également parmi les priorités.
L’État veut « mieux cibler pour mieux protéger »
Venue présider la cérémonie d’ouverture de cette rencontre, le ministre de la Famille, de l’Action sociale et des Solidarités Marie Angélique Ndour, a fait de cette reprise une nouvelle étape dans la modernisation de la protection sociale au Sénégal. Elle a salué à cette occasion le « travail de fourmi » réalisé par la Délégation générale à la protection sociale pour reprendre en main le processus de paiement, avec notamment la certification et la mise à jour des mécanismes de gouvernance. Mais cette relance s’accompagne d’une opération majeure : la recertification des bénéficiaires. « Mieux cibler pour mieux protéger » : tel est le credo affiché par la tutelle. L’objectif est de maintenir dans le programme les ménages qui en ont toujours besoin, tout en permettant à de nouvelles familles vulnérables d’y accéder. « Au cœur du dispositif, le Registre unique national doit devenir la référence pour le ciblage des politiques sociales », a-t-elle fait savoir. Madame le ministre a profité de cette rencontre, pour appeler élus et journalistes à jouer leur rôle de relais pour prévenir rumeurs et fausses informations. L’ambition est désormais de passer d’une aide ponctuelle à une protection sociale favorisant la résilience et l’autonomisation des ménages.
Abondant dans le même sens, le président du Réseau des journalistes en protection sociale (Rjps), Massaer Dia, a fait part que l’association créée en 2021, va continuer à contribuer à une meilleure connaissance et à un traitement plus efficient des problématiques relatives à la protection sociale. « Au Sénégal, la protection sociale n’est pas dépense, c’est un investissement dans la santé, dans l’éducation, dans la résilience de nos familles face aux chocs », a-t-il déclaré.
Par Idrissa NIASSY



































