Chaque année, entre 800 et 1 200 nouveaux cas de cancers pédiatriques seraient attendus au Sénégal. Pourtant, seule une unité spécialisée assure leur prise en charge, à l’hôpital Dalal Jamm, où 200 à 250 enfants sont traités annuellement. D’où l’importance de mettre en place de nouvelles stratégies pour contrecarrer cette pathologie.
Par Idrissa NIASSY
Le cancer pédiatrique n’est plus une maladie lointaine. Il frappe aussi les enfants sénégalais, avec des conséquences parfois dramatiques. Selon Dr Ndella Diouf, pédiatre oncologue à l’hôpital Dalal Jamm de Guédiawaye (banlieue dakaroise), l’information des familles et le diagnostic précoce sont aujourd’hui les meilleures armes contre les cancers pédiatriques qui restent trop souvent découvertes à des stades avancés. « Il faut que les populations soient éduquées, informées et sensibilisées », insiste-t-elle. Car, contrairement à certains cancers de l’adulte, les cancers pédiatriques ne font pas l’objet d’une véritable prévention.
La priorité est donc ailleurs : reconnaître rapidement les signes suspects, consulter et poser le diagnostic le plus tôt possible. « Cela permet de donner des traitements moins lourds et plus efficaces et d’augmenter considérablement la survie », explique la spécialiste.
Dr Ndella Diouf s’exprimait hier en marge de la célébration de « Septembre en Or », mois consacré à la sensibilisation aux cancers de l’enfant, et organisée par l’Association des femmes de Mermoz (Afm) en collaboration avec l’Association « Yayou Tidiane ». Cette rencontre qui a débuté par une randonnée pédestre, vise à informer, mobiliser et créer des espaces de solidarité autour des enfants atteints de cancer et de leurs familles. Mais, c’est aussi une occasion de l’Association de procéder au lancement de son « Trimestre santé » consacré à la sensibilisation sur les cancers pédiatriques, Octobre Rose et Novembre Bleu.
Une seule unité pour tout le pays
Le constat est particulièrement préoccupant. Selon la Dr Diouf, le Sénégal attend chaque année entre 800 et 1 200 nouveaux cas de cancers pédiatriques. Mais l’offre spécialisée demeure extrêmement limitée : « Il y a une seule unité de prise en charge au Sénégal, qui se trouve à l’hôpital Dalal Jamm ». Cette unité, précise-t-elle, « traite environ 200 à 250 nouveaux enfants par an ». Parmi les cancers les plus fréquents figurent la leucémie aiguë, le néphroblastome (cancer du rein), le rétinoblastome (cancer de l’œil) et les lymphomes. Les tumeurs cérébrales, qui devraient pourtant occuper une place importante dans les statistiques, sont, d’après elle, probablement sous-diagnostiquées.
C’est pourquoi, la spécialiste appelle les parents à la vigilance. Une fatigue inhabituelle, une pâleur persistante, des saignements répétés, des ganglions, une fièvre récurrente ou encore des douleurs osseuses nocturnes peuvent constituer des signaux d’alerte pour une leucémie. Pour le néphroblastome, l’augmentation du volume du ventre ou la découverte d’une masse inhabituelle lors du bain doit pousser à consulter. Quant au rétinoblastome, un strabisme, un reflet blanchâtre dans l’œil ou une « tache blanche » visible sur l’œil sont des signes qui nécessitent une prise en charge urgente.
Des traitements chers et des ruptures préoccupantes
Autre obstacle majeur : le coût et la disponibilité des médicaments. Les cancers pédiatriques étant très chimiosensibles, la chimiothérapie occupe une place centrale dans leur traitement. Mais, les anticancéreux sont « très chers » et connaissent, selon la spécialiste, «beaucoup de ruptures ». De surcroît, ces traitements ne sont pas intégrés dans le dispositif de gratuité. Chirurgie et, plus rarement, radiothérapie peuvent également être nécessaires. Pendant ce temps, les pays les mieux dotés avancent vers les thérapies ciblées et l’immunothérapie, avec des traitements plus performants et des effets secondaires réduits. Pour la Dr Ndella Diouf, le combat exige donc un engagement accru de l’État, mais aussi de la société civile. Elle salue notamment l’action de l’Association des Femmes de Mermoz, qui organise des activités de sensibilisation et apporte un soutien matériel et médicamenteux aux enfants. Pour sa présidente, Ndeye Aby Ndao Cissé, l’enjeu est de « déconstruire » les perceptions sur le cancer et de promouvoir le diagnostic précoce. Elle insiste particulièrement sur les enfants, souvent oubliés dans cette bataille : « Il n’y a pas de prévention » pour les cancers pédiatriques, mais leur détection précoce permet une meilleure prise en charge. Le message est clair : « ensemble pour soutenir et accompagner les populations pour faire face aux différents types de cancer ».
Prenant la parole à ce rendez-vous, Dieynaba Kane, présidente de l’association « Yayou Tidiane », hausse le ton. Elle appelle à la gratuité des soins. « Le cancer peut toucher les enfants, mais détecté tôt, l’enfant peut guérir », rappelle Mme la présidente. Son association accompagne plus de 40 enfants, entre soutien médical, scolaire, transport et hébergement. Elle appelle surtout l’État à garantir la gratuité des soins et à rendre les médicaments accessibles. « Les cancers pédiatriques représentent seulement 2 % des cancers. On peut soigner un enfant du début à la fin sans faire payer le parent », plaide-t-elle.



































