Quarante religieux musulmans et chrétiens ont été formés à Dakar pour renforcer leur rôle dans la prévention du VIH, l’information des fidèles et surtout la lutte contre la stigmatisation. Une démarche qui entend transformer mosquées, églises, dahiras et mouvements religieux en relais de messages de santé fiables.
Par Idrissa NIASSY
La lutte contre le Vih investit les lieux de culte. À Dakar, 40 religieux issus des communautés musulmane et chrétienne ont bénéficié d’une session de mise à niveau consacrée au Vih/Sida. Pour le Dr Daniel Sarr, coordonnateur national adjoint de l’Anrcs, l’enjeu dépasse largement les participants. « Nous sommes dans un pays de croyants », rappelle-t-il, soulignant la capacité des autorités religieuses à toucher les populations à travers les prêches et les homélies. Il s’exprimait hier en marge de l’atelier de partage du guide sur les principes médicaux coraniques et bibliques organisé par l’Alliance nationale des religieux et experts médicaux en santé et développement, en partenariat avec le Cnls. L’objectif est clair : donner aux religieux les connaissances nécessaires pour parler juste de la maladie.
Comprendre ce qu’est le Vih, ses modes de transmission, l’existence des traitements et surtout déconstruire les préjugés qui alimentent rejet et discrimination. « Il était important de les former », insiste le Dr Sarr, afin, ajoute-t-il, qu’« ils puissent à leur tour contribuer à l’éducation des communautés. Pour Bamar Guèye, coordonnateur national de l’Anrems, cette initiative s’inscrit dans un travail déjà engagé. L’organisation, qui regroupe plus de 40 personnes investies dans la lutte contre le Sida et d’autres maladies, veut désormais renforcer les relais communautaires. Un livre constitue l’un des principaux outils de cette stratégie. Élaboré à partir du Coran et de la Bible, après des consultations avec des khalifes, évêques, grands imams et autres responsables religieux, le document propose des messages adaptés au contexte actuel. Rédigé en français puis traduit en arabe, il doit être diffusé dans les grandes maisons religieuses et les lieux de culte avant d’être relayé dans les quartiers et les régions.
L’imam Abdoulaye Diène, adjoint de l’Imam Ratib de Dakar, parle moins de formation que de « mise à niveau ». Pour lui, l’enjeu est aussi d’accompagner les personnes vivant avec le Vih afin qu’elles puissent continuer à vivre dans la société sans être montrées du doigt. Le religieux insiste sur un message essentiel : la maladie ne doit pas être synonyme de honte ou d’exclusion. Les fidèles doivent être informés sur les possibilités de traitement et sur les réalités de la transmission du virus. Ces messages, affirme-t-il, seront ensuite portés dans les mosquées, les dahiras et jusque dans les foyers. Même engagement du côté de l’Église. L’abbé Alain Maurice Ataba, vicaire à la paroisse Saint-Paul de Grand-Yoff et porte-parole de l’archevêque de Dakar, Monseigneur André Guèye, voit dans cette collaboration entre religieux et professionnels de santé une véritable chaîne de sensibilisation. Amicales de femmes catholiques, mouvements de jeunes, scouts, guides, catéchèse : l’Église dispose, selon lui, de nombreux canaux pour élargir la diffusion des messages. « Nous sommes leur relais », résume-t-il.
À travers cette mobilisation interreligieuse, la riposte au Vih cherche ainsi à gagner un autre terrain : celui des consciences. Car au-delà de la prévention médicale, le combat se joue aussi contre les idées reçues, le rejet et le silence.



































