Ousmane Sonko, président de Pastef et de l’Assemblée nationale, a annoncé lundi, à l’issue d’un conclave au King Fahd Palace, que sa formation ne soutiendrait pas, en l’état, le projet de loi de finances rectificative (LFR) 2026. Il vise aussi la loi de finances initiale 2027. Si les textes restent inchangés, ils seront rejetés.
Le PRES, point de friction
Sonko dénonce des entraves à l’application du Plan de redressement économique et social (PRES) et affirme que le programme a généré 312 milliards de FCFA. Le document budgétaire officiel est plus nuancé : il prévoit 311,5 milliards de recettes du PRES à fin décembre 2026, contre 762,9 milliards initialement inscrits, des prévisions à ne pas confondre avec les sommes réellement encaissées. Autrement dit, la LFR révise à la baisse de plus de la moitié de l’objectif de recettes du plan.
Pour Ousmane Sonko, ce PRES dont le Premier Ministre Al Aminou Lo parle n’est pas le sien. « Ils l’on dénaturé. Ce n’est plus le projet », martèle M. Sonko. « Il ne peut pas faire du Pastef sans Pastef », affirme-il. D’après l’ex Premier Ministre de Diomaye, « ceux qui entourent aujourd’hui le président ne connaissent pas le Parti et ont délaissé le chemin qu’il avait tracé ». Il cite la consolidation budgétaire, les budgets sociaux et l’investissement, qui seraient selon lui négligés. Ousmane Sonko affirme que l’Agenda national de transformation Sénégal 2050 n’est plus aligné sur le programme actuel, notamment dans la loi de finances rectificative (LFR).
La hausse du carburant au cœur du débat
La LFR plafonne les subventions pétrolières à 552 milliards FCFA, contre 790 milliards attendus, soit environ30 % de moins. Selon Sonko, le diesel passerait de 755 à près de 867 francs le litre, puis vers 890 francs en 2027. Il redoute une répercussion sur les aux prix du transport, du pain, du riz, de l’huile et du sucre. Il propose d’alléger la fiscalité plutôt que de réduire la subvention : ramener la TVA de 18 % à 15 % et réduire la taxe spécifique et les droits de porte.
Investissement et social
Il reproche au texte une baisse de 555 milliards FCFA des crédits d’investissement et des coupes dans les ministères sociaux. Sur les bourses de sécurité familiale, le gouvernement avait annoncé une enveloppe passant de 35 à 70 milliards, mais seuls 22 milliards seraient inscrits, selon Sonko.
Pour voter cette Loi de Finances Rectificative, Pastef exige l’encadrement légal des fonds spéciaux par amendement. Sonko assure qu’un rejet ne créerait pas de vide juridique, car le budget initial 2026 continuerait de s’appliquer. Il a aussi invité le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lô à un débat public contradictoire sur les finances publiques.
Sur la relation avec le Fonds monétaire international (FMI), le président de Pastef se veut nuancé : « Nous n’avons rien contre le FMI, ce sont des partenaires. » Il pose toutefois une limite : le Sénégal ne doit pas se baser exclusivement sur le Fonds, et encore moins aveuglément. Ousmane Sonko défend le maintien des subventions, en particulier celles des produits pétroliers. Sans elles, estime -t-il, la situation du pays aurait été compliquée. Il ajoute que « nous ne sommes pas obligés » d’augmenter les prix de ces produits, et que l’attention doit se porter sur les priorités des populations. « Cette loi de finances ne doit pas être votée », car, selon lui, voter ce texte reviendrait à se rendre complice des difficultés qui s’abattront sur les populations.
Al Aminou Lo défend une réforme de subvention
Le Premier ministre défend une réforme des subventions, avec des aides ciblées sur les personnes vulnérables, dans le cadre du programme avec le FMI. Dans la même dynamique, Seydina Omar Touré accuse Sonko d’incohérence et de chercher à créer une crise institutionnelle.
Par Ibrahima DIOP



































