Le plastique recyclé dans les emballages alimentaires séduit pour réduire les déchets, mais menace notre assiette. Alors que snacks, plats préparés, confiserie et boissons en bouteille inondent nos rayons, la Fao appelle à des normes mondiales strictes pour protéger la santé, prolonger la conservation des aliments et limiter l’impact environnemental.
Par Idrissa NIASSY
L’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (Fao) tire la sonnette d’alarme sur l’utilisation croissante des plastiques recyclés dans les emballages alimentaires. L’institution onusienne plaide désormais pour l’adoption de normes mondiales harmonisées afin de mieux encadrer les risques sanitaires liés à ces matériaux. Dans un nouveau rapport présenté cette semaine, la Fao estime que les emballages fabriqués à partir de plastiques recyclés peuvent contenir des substances chimiques indésirables susceptibles de migrer vers les aliments. L’organisation souligne notamment les dangers liés aux contaminants issus d’anciens usages industriels ou domestiques des plastiques recyclés. Les emballages prolongent la conservation et réduisent le gaspillage alimentaire, mais leur production et leur usage généralisés contribuent à une « épidémie mondiale de déchets plastiques », ce qui incite à un passage progressif aux plastiques recyclés.
Selon la Fao, les réglementations actuelles restent très inégales d’un pays à l’autre. Certaines régions, comme l’Union européenne, disposent déjà de dispositifs stricts d’évaluation des procédés de recyclage, mais de nombreuses zones du monde ne possèdent pas encore de cadres suffisamment robustes pour garantir la sécurité sanitaire des emballages alimentaires recyclés. Le rapport souligne que l’absence d’harmonisation réglementaire pourrait compliquer le commerce mondial, renforçant la nécessité d’une approche coordonnée pour protéger consommateurs et environnement.
La publication de ce document intervient dans un contexte de croissance constante du marché mondial de l’emballage alimentaire. Celui-ci est estimé à 505,27 milliards de dollars en 2024 et devrait atteindre 815,51 milliards de dollars d’ici 2030. Avec 37 % de parts de marchés, les plastiques dominent le marché des matériaux d’emballage alimentaire, avec un taux de croissance annuel de 6,26 %. La région Asie-Pacifique arrive en tête au niveau mondial avec une part de marché de 32,97 % en 2024. Le rapport indique également que cette domination des plastiques suscite toutefois des interrogations sur leur impact, non seulement sur l’environnement, mais aussi sur la sécurité des aliments. Il soutient, par ailleurs, que les objectifs environnementaux doivent être poursuivis parallèlement aux préoccupations sanitaires liées à la contamination chimique potentielle et à la migration de substances issues des matériaux en contact avec les aliments vers ces derniers. Alors que moins de 10 % des déchets plastiques générés à l’échelle mondiale ont été recyclés à ce jour, cette part devrait augmenter pour des raisons de durabilité, ce qui soulève d’importantes questions relatives à la sécurité chimique des aliments.
Cette volonté de recycler tout en garantissant la sécurité alimentaire soulève cependant des questions sur les risques associés aux nouvelles sources de matériaux. C’est pourquoi, la Fao appelle les États, les industriels et les organismes de normalisation à mettre en place des standards internationaux plus rigoureux sur les matériaux destinés au contact alimentaire.
L’objectif est d’améliorer la traçabilité des plastiques recyclés, de renforcer les contrôles sur les substances chimiques et de garantir des procédés de recyclage sûrs et transparents. Car, l’introduction de certains emballages alimentaires biosourcés fabriqués à partir de maïs, de canne à sucre ou de manioc pourraient introduire de nouveaux risques pour la santé, notamment des pesticides, des toxines naturelles ou des allergènes. Cette alerte intervient dans un contexte de forte croissance du marché mondial des emballages alimentaires, stimulé par l’essor des plats préparés, des boissons embouteillées et des produits de consommation rapide.
Face à cette dynamique, la pression s’accentue sur les industriels pour réduire l’usage des plastiques vierges tout en répondant aux exigences environnementales de l’économie circulaire.





























