Le Sénégal fait face à un défi environnemental majeur dans sa lutte contre les polluants organiques persistants (Pop). Le pays ne dispose toujours pas d’équipements appropriés pour assurer la destruction sécurisée des substances dangereuses, une situation qui freine les efforts d’élimination de ces produits toxiques nocifs pour la santé humaine, animale et l’environnement.
Par Idrissa NIASSY
Pesticides obsolètes, huiles contaminées aux Pcb, déchets chimiques industriels ou encore produits contenant des substances toxiques continuent de représenter une menace silencieuse. Faute d’infrastructures spécialisées capables de traiter ces déchets selon les normes internationales, une partie des substances dangereuses est stockée pendant de longues périodes, avec des risques de contamination des sols, de l’air et des nappes phréatiques. Cette faiblesse technique constitue l’un des principaux obstacles à la mise en œuvre des engagements du Sénégal dans le cadre de la Convention de Stockholm, traité international visant à protéger la santé publique et l’environnement contre les polluants organiques persistants. Selon Baba Dramé, Directeur de la réglementation environnementale et du contrôle (Direc), ce manque d’infrastructures pousse le Sénégal à se rabattre aux pays développés pour pouvoir les détruire. « Notre pays ne dispose pas d’équipement approprié pour pouvoir procéder à la destruction de ces substances dangereuses. C’est pourquoi, nous sommes obligés de nous référer à nos partenaires de développement, à l’étranger, pour pouvoir exporter ces produits et procéder à leur destruction », a-t-il fait savoir.
L’autre défi, d’après lui, c’est le financement des projets et des programmes de développement qui sont mis en place. M. Dramé s’exprimait en marge de l’atelier national d’endossement du Plan national de mise en œuvre (Pnm), dans le cadre le cadre de la mise en œuvre des engagements du Sénégal relatifs à la Convention de Stockholm sur les polluants organiques persistants, où le pays fait partie actuellement des nations engagées dans la mise en œuvre de ce processus. Cette activité qui entre dans le cadre de la présentation du 3ème Plan national de mise en œuvre, qui marque la fin de ce processus et qui a été lancé en 2023, est une occasion de transmettre le document au secrétariat de la Convention de Bâle. Il a été rendu possible grâce à l’appui financier du Fonds pour l’environnement mondial (Fem), à travers le financement du projet mondial de révision et actualisation des Plans nationaux de mise en œuvre dans le cadre de la Convention de Stockholm, et avec le concours du Programme des Nations Unies pour l’environnement en tant qu’Agence de mise en œuvre du Fonds pour l’environnement mondial. « Il servira de référentiel au pilotage de la politique nationale en matière de lutte contre les effets néfastes des polluants organiques persistants qui ont des impacts sur l’environnement », a-t-il souligné.
Le Directeur de la réglementation environnementale et du contrôle a fait part, par ailleurs que l’éducation, la sensibilisation des populations, sont des éléments essentiels pour que les populations puissent connaître d’abord la problématique, identifier clairement les polluants organiques persistants, et être des acteurs dans la mise en œuvre de la politique définie par l’État.
Le Colonel Mame Mory Diagne, Conseiller technique du Premier ministre en charge de l’Environnement et du Développement Durable, venu présider la cérémonie d’ouverture de cette rencontre, a profité de cette occasion pour montrer l’engagement de l’État derrières tous ces traités internationaux que le Sénégal a entrepris. Mais, c’est aussi une occasion pour lui, d’alerter sur les conséquences sanitaires de ces produits chimiques extrêmement résistants, capables de rester dans l’environnement pendant plusieurs décennies et de s’accumuler dans la chaîne alimentaire. « L’exposition prolongée à certains pops est associée à des cancers, des troubles hormonaux, des malformations congénitales et des atteintes du système immunitaire », a-t-il déclaré. Selon lui, si le Sénégal s’engage à ratifier ce genre de conventions et préparer des plans de mise en œuvre, « c’est pour s’approprier le cadrage donné par ces conventions-là, et les décliner en textes législatifs et réglementaires », pour « anticiper, protéger nos populations des différentes conséquences sur la santé des populations, des animaux, mais aussi de l’environnement, pour parler de One Health ».



































