Du 11 au 12 mai 2026, Nairobi accueille l’Africa Forward Summit. Pendant deux jours, une trentaine de chefs d’État africains, des entrepreneurs et des représentants de la société civile participent à des discussions sur les investissements, les technologies et la coopération économique, en présence notamment du président français Emmanuel Macron.
Cet événement marque une première à plusieurs égards : un pays anglophone co-organise un tel sommet avec la France, et il s’agit également de la première édition sous cette nouvelle dénomination : « Africa Forward Summit », autrefois appelée « Sommet Afrique-France ».
Ce type de rencontre existe depuis 1973. Cette année-là, le tout premier sommet Afrique-France a lieu à Paris, à l’initiative du président nigérien Hamani Diori et du président français Georges Pompidou. Initialement, seuls les pays francophones y prennent part, l’objectif étant de maintenir des liens politiques après les indépendances. Ces sommets sont souvent associés à ce que l’on appelle la Françafrique : un système dans lequel la France conserve une emprise politique, économique et militaire notable sur plusieurs nations africaines.
Lorsque le président Emmanuel Macron est élu en 2017, il promet de transformer la relation franco-africaine. Cependant, une modification concrète du format n’apparaît qu’en octobre 2021 avec le Sommet de Montpellier, où la société civile africaine est pour la première fois placée au centre des débats. Cette évolution reflète surtout une nouvelle réalité géopolitique : les nations africaines diversifient leurs partenariats en fonction de leurs propres intérêts, et la relation avec la France n’occupe plus la position prépondérante qu’elle avait historiquement.
L’édition 2026 est un parfait exemple de cette évolution. En effet, le Kenya n’a jamais été une colonie française. Le fait que Nairobi co-organise cette rencontre envoie donc un message symbolique. De plus, les thèmes abordés cette année comprennent l’intelligence artificielle, les technologies écologiques, les infrastructures et l’investissement privé. Les questions de sécurité ne sont plus au premier plan.
Cette année, le projet phare du sommet est la NAFAD, Nouvelle Architecture Financière Africaine pour le Développement, portée par la Banque africaine de développement et lancée en avril 2026 à Abidjan. L’idée repose sur un paradoxe : l’Afrique fait face à un déficit de financement estimé à 400 milliards de dollars par an, alors que le continent dispose parallèlement d’environ 4 000 milliards de dollars d’épargne domestique. Le problème n’est donc pas un manque de fonds, mais l’absence de mécanismes pour orienter cet argent vers le développement du continent. La NAFAD vise à mieux structurer les marchés financiers africains, à mutualiser les risques entre acteurs publics et privés, et à mobiliser cette épargne locale vers des projets concrets. À Nairobi, les dirigeants soutiennent cette initiative et entérinent la création d’un mécanisme de garantie panafricain pour débloquer les investissements. Cependant, l’initiative en est encore à ses débuts et ne prouve pas encore sa capacité à attirer des capitaux à l’échelle espérée.
Les gouvernements africains choisissent leurs partenaires en fonction de leurs propres intérêts, et non par loyauté historique. Dans ce contexte, la France conserve des atouts réels : des réseaux économiques solides, une expertise technique et un accès au marché européen. Mais elle évolue désormais dans un environnement bien plus compétitif, où la Chine et les pays du Golfe se sont solidement implantés. Les États africains diversifient leurs partenariats, et c’est précisément ce que cette rencontre à Nairobi confirme.
Rokia Catherine SALL
































