Au moment où le Sénégal ambitionne de renforcer l’inclusion des personnes vivant avec un handicap et d’améliorer leur accès aux soins spécialisés, le Centre national d’appareillage orthopédique (Cnao) fait face à un obstacle de taille : le manque de ressources humaines qualifiées. Une contrainte que son directeur considère comme le principal frein au développement de l’établissement.
Par Idrissa NIASSY
« Le principal défi, c’est les ressources humaines ». Par cette déclaration, le Directeur du Centre national d’appareillage orthopédique (Cnao), le Colonel Seydina Ousmane Ba, résume le défi majeur auquel est confrontée cette structure de référence, spécialisée dans la conception, la fabrication et l’adaptation de prothèses, d’orthèses et d’autres aides techniques destinées à restaurer l’autonomie des patients. Selon lui, malgré les efforts consentis pour moderniser les équipements et améliorer les infrastructures, ces investissements risquent de produire des résultats limités sans un renforcement significatif des effectifs. Orthoprothésistes, techniciens spécialisés, kinésithérapeutes et autres professionnels constituent la véritable colonne vertébrale du Centre, dont les services sont de plus en plus sollicités. Il s’exprimait hier en marge de la célébration par anticipation de la Journée internationale des technologies d’assistance commémorée chaque 04 juin à travers le monde avec le projet « Bokk Naa Ci », à travers la remise officielle d’un important lot d’intrants stratégiques et de matériel roulant destinés au Cnao et aux centres régionaux d’appareillage orthopédiques (Crao). Cette insuffisance en personnel intervient dans un contexte où les besoins en appareillage orthopédique augmentent, sous l’effet des accidents de la route, des complications liées au diabète, des malformations congénitales et des séquelles de certaines pathologies. « Pour de nombreux patients, un appareillage adapté représente bien plus qu’un dispositif médical : il est le passeport vers l’autonomie, la réinsertion sociale et le retour à une vie active », a-t-il fait savoir.
Le Directeur appelle ainsi à un investissement durable dans la formation, le recrutement et la fidélisation des professionnels du secteur. À ses yeux, le renforcement du capital humain est la condition essentielle pour améliorer la qualité des prestations, réduire les délais de prise en charge et répondre efficacement aux attentes des populations. Selon lui, une mise à niveau a été procédé au niveau du plateau technique de cet établissement de santé permettant d’aménager deux nouvelles salles de kinésithérapie ; une salle de sport spécifiquement dédiée à la rééducation fonctionnelle et motrice ; un espace d’intervention précoce et de prise en charge multidisciplinaire pour les enfants atteints de paralysie cérébrale ; un cabinet d’orthophonie ; et une unité dédiée à la prise en charge des affections uro-génitales.
Au-delà de ces espaces cliniques, dit-il, le projet de mise en service de notre nouvel ascenseur dépasse la simple commodité infrastructurelle. « Il incarne un véritable vecteur d’accessibilité architecturale, garantissant aux patients une circulation fluide, autonome et digne vers les salles de soins, les espaces de réadaptation et les instances de décision du Centre », a-t-il fait savoir. Avant d’ajouter : « en levant ces barrières physiques, nous accélérons le parcours de soins et restaurons la dignité humaine au cœur de l’institution ». Il appelle également aux partenaires techniques et financiers de de parachever la dotation en équipements biomédicaux, pédagogiques et techniques de ces nouveaux espaces.
Dans sa prise de parole, le Représentant de l’Oms au Sénégal N’da Konan Yao, a fait savoir que les technologies d’assistance ne sont pas de simples dispositifs médicaux. « Elles sont des instruments de liberté, des passerelles vers l’inclusion sociale et des outils de justice », a-t-il déclaré. « Elles permettent à des milliers de personnes de franchir les barrières du handicap, de retrouver mobilité, confiance et espoir, et de participer pleinement à la vie de leur communauté », ajoute-t-il. Selon lui, les résultats du projet « Bokk Naa Ci », fruit d’un partenariat solide entre le gouvernement du Sénégal, l’Oms, l’Unicef et ATscale, a atteint près de 30 000 bénéficiaires, plus de 7 000 personnes équipées en aides techniques, des centaines de prothèses, orthèses et fauteuils roulants distribués, et des techniciens formés et des centres supervisés.
Venu représenter le ministre de la Santé et de l’Hygiène Publique à cette manifestation, le Directeur des établissements de santé, Dr Fallou Niang d’indiquer que le département de la Santé n’a ménagé aucun effort pour permettre au Centre de faire face aux difficultés dont souffrent les personnes handicapées dans le domaine médical et social, en se fixant pour objectif de l’accompagner. « Le ministère de la Santé a eu à appuyer le Cnao dans le cadre des Contrats pluriannuels d’objectifs et de moyens (Cpom) pour mieux booster les investissements et achever les chantiers en cours », a-t-il expliqué. D’après lui, il l’a également accompagné entre autres, dans la mise en place de 07 comités régionaux multisectoriels de gestion du handicap et des technologies ainsi que leur fonctionnalité à travers l’appui au financement des réunions semestrielles pendant 3 ans ; la formation de 61 techniciens ortho et aides orthos ; la distribution de 1039 aides techniques ; la mise en place des indicateurs réadaptation et AT dans la plateforme DHIS2 ainsi l’élaboration et la reproduction des outils de gestion ; et la formation de 19 kinés et orthos sur le module « fauteuils roulants de l’Oms ». Dr Niang a fait part, par ailleurs, que le ministère de la santé compte donner plus d’imperium et de cohérence au domaine de la Rééducation/Réadaptation en accueillant en 2027 la première exposition sur les technologies d’assistance en Afrique du 05 au 07 juin 2027 au Cciad.



































