Université-Industrie dans le cadre de la Conférence régionale des Recteurs et des Journées Recherche & Innovation Afrique de l’Ouest, un panel est organisé ce mardi 29 septembre 2026 sur le thème : « Université-Industrie ». Les échanges ont porté sur les passerelles entre l’université, offices de propriété intellectuelle et organisations patronales pour rapprocher la recherche du marché.
M. Diégane DIOUF, recteur de l’université Sine Saloum « El Hadji Ibrahima Niass (USSEIN)-Kaolack, souligne : «Je voudrais d’abord remercier l’AUF de nous donner cette opportunité. J’en suis doublement ravi parce que dans une ancienne vie, effectivement je m’occupais de questions en rapport avec la valorisation des résultats de la recherche, du temps où j’étais à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar. Et actuellement, en tant que recteur d’une université à vocation agricole, connaissant l’intérêt que représente donc ce point, donc je m’évertue donc à appuyer autant que faire se peut cette initiative. Donc je voudrais vraiment remercier l’AUF à ce niveau ».
Il poursuit : « Déjà, je voudrais dire que nous, au niveau de l’Université du Sine Saloum, nous avons la chance, c’est ça aussi d’être le dernier-né, parce que l’université a démarré ses activités qu’en 2019. Donc nous sommes une université de 4e génération, on va dire, et l’université, les curricula de formation ont été élaborés sur la base de l’identification des besoins, des besoins du marché. Electivement, il y a une enquête qui a été menée partout au Sénégal et qui a montré où se trouvaient les besoins, parce que l’université a voulu se positionner dans l’agro-valorisation, parce qu’on sait entre la valorisation et le produit fini, il y a quand même beaucoup d’étapes. Et justement donc, les curricula de formation ont été élaborés sur la base de ces différentes étapes, parce qu’on va retrouver des technologues alimentaires, certainement, bien entendu au préalable, il faut des agronomes, il y aura donc également des logisticiens, il y aura du marketing, ceux qui sont dans le marketing ».
Il estime que tout cela a été conçu et « c’est pour ça que je me dis l’approche peut-être que certaines entreprises ont, n’est peut-être pas, à mon avis, la meilleure. C’est-à-dire le fait d’attendre le diplômé ou bien d’attendre le résultat ensuite aller miser sur ce résultat, nous pensons qu’au contraire, nous devrons être dans la co-construction. C’est-à-dire que déjà l’entreprise vient, participe à l’élaboration des curricula de formation, participe à la formation des étudiants, ce qui lui permet d’identifier déjà des stagiaires potentiels qui vont travailler sur des sujets d’intérêt de l’entreprise et en même temps peut-être aller jusqu’à l’incubation. Donc nous, nous pensons que c’est peut-être le modèle qu’il faudrait privilégier ».
Quant à Mme Florence Salat épouse Moreau, représentante de la Chambre de Commerce européenne en Côte d’Ivoire- Abidjan, elle avance : « Il y a 19 chambres de commerce en Afrique et nous sommes toutes reliées. Donc nous, nous échangeons, des informations, des bonnes notions, et nous pouvons effectivement agir et interagir entre nous. Je le dis parce que ça peut être un point positif, direct, je dirais, aux échanges que nous aurons aujourd’hui. Ceci étant dit, pourquoi les entreprises européennes font-elles souvent les recherches et développements en Europe plutôt que dans les universités en Afrique ? Je dirais que le premier frein n’est pas forcément la qualité des chercheurs africains. C’est surtout pour l’entreprise une question de sécurité, de visibilité et de simplicité ».
Elle rajoute : « Une entreprise européenne qui confie un projet de recherche à une université en Europe, connaît déjà le cadre. Elle sait avec qui contractualiser, comment sont protégés les résultats, à qui appartient la propriété intellectuelle, comment sont gérées la confidentialité, les délais, les budgets, les éventuels litiges. Avec une université ivoirienne ou d’Afrique de l’Ouest, elle peut avoir davantage d’incertitudes. Euh, qui dit l’in- qui est l’interlocuteur unique ? Qui peut juridiquement signer ? Comment protéger un brevet ou un savoir-faire ? Qui protège les résultats de la recherche ? Quels délais peut-on garantir ? Comment s’assurer que le laboratoire dispose durablement des équipements et des ressources nécessaires ? Il existe aussi un problème très concret que nous constatons : les entreprises connaissent mal les capacités de recherche disponibles localement. Et les universités connaissent insuffisamment les besoins réels des entreprises. Donc les deux mondes se parlent encore trop peu, c’est ce que l’on a vu durant ces deux derniers jours. On se voit, on se parle, mais on ne se touche pas ».
Elle conclut : « Mais c’est précisément là que les chambres de commerce, alors que ça soit européennes ou des chambres de commerce de chaque pays, peuvent vraiment jouer un rôle. Et nous pouvons faire remonter les besoins de nos entreprises et identifier avec les universités les laboratoires et les compétences capables d’y répondre. Donc il faut créer une sorte de guichet ou point d’entrée unique, université-entreprise. Donc l’entreprise arrive avec un besoin concret (ça peut être dans le cacao, l’énergie, la construction, la mobilité, le numérique, la santé, l’environnement, l’agriculture, tout ce que vous voulez), et on l’oriente vers la bonne équipe de recherche ».
M. Koffi Désiré Patale, responsable de l’unité d’implémentation des résultats de recherche et d’innovation de la chambre de commerce du Togo, souligne : « D’abord, nous partons des difficultés rencontrées par les entreprises pour rechercher dans les universités, auprès des inventeurs, auprès de tous ceux qui peuvent apporter des solutions, donc des solutions pertinentes. Et dans un deuxième temps, nous partons aussi des résultats de recherche. Donc nous identifions les résultats de recherche qui pourraient être utiles aux entreprises. Donc ensuite, nous aidons les partenaires à préciser le besoin, à examiner la faisabilité technique, la propriété intellectuelle, le coût et les conditions d’un essai en entreprise ».
Par Massaër DIA




































