À la clôture du séminaire de formation intitulé « Initiative média de paix : sur l’analyse du discours extrémiste et du discours de haine dans les médias numériques, outils et techniques pour une confrontation intelligente », le capitaine de vaisseau Ibrahima Sow, a lancé un appel aux journalistes : mieux identifier les discours extrémistes, éviter de propager la peur et contribuer à renforcer la résilience des populations. Pour le responsable militaire, le front de la lutte antiterroriste se joue désormais aussi dans les médias et sur les réseaux sociaux.
Par Idrissa NIASSY
Le message du capitaine de vaisseau Ibrahima Sow, Directeur de la Dirpa, est sans détour. Pour lui, la formation organisée avec la Coalition islamique militaire pour la lutte contre le terrorisme (CIMCT) ne doit surtout pas rester une simple parenthèse professionnelle. Pour lui, « il doit y avoir un avant et un après-séminaire ».
Les journalistes formés doivent transformer les enseignements reçus en pratiques concrètes dans leurs rédactions. « Il ne s’agit pas juste de présentations et de cours », a-t-il insisté, lors de la clôture du séminaire de formation consacré aux médias et à la lutte contre le terrorisme organisé par la Dirpa en collaboration avec l’Arabie Saoudite. Il appelle les participants à considérer les connaissances acquises comme de véritables « outils » destinés à améliorer leur manière de traiter l’information liée au terrorisme et à l’extrémisme. Cette exigence prend une dimension particulière dans un contexte où les groupes terroristes exploitent largement l’espace numérique. « La lutte contre le terrorisme, ce n’est pas seulement dans le domaine militaire. C’est principalement, surtout aujourd’hui, dans le domaine médiatique », a souligné le capitaine de vaisseau. Derrière les écrans, sur les réseaux sociaux et dans les médias, se jouent, selon lui, les perceptions, le recrutement et la diffusion des récits extrémistes. Face à cette réalité, le journaliste devient un acteur à part entière de la prévention.
Son rôle consiste notamment à savoir identifier les discours extrémistes et à couvrir les activités terroristes avec suffisamment de responsabilité pour ne pas amplifier leur impact. Ibrahima Sow invite ainsi les séminaristes à mettre leur expertise au service de la résilience sociale. « Au lieu de propager la peur, vous soyez des acteurs de la résilience sociale », a-t-il lancé, reprenant l’idée développée par le ministre des Forces armées lors de la conférence organisée à Dakar. Le capitaine de vaisseau a également salué l’engagement du Sénégal au sein de cette alliance stratégique. Il a rappelé que la participation des Forces armées sénégalaises à la CIMCT s’inscrit dans une tradition d’engagement du pays en faveur de la paix, notamment à travers le déploiement de militaires, gendarmes et policiers dans différentes missions à travers le monde.
La Dirpa ouvre ses portes aux médias
Autre axe fort de son intervention : le renforcement de la collaboration entre la presse et la Direction de l’information et des relations publiques des armées (Dirpa). Devant des journalistes issus de plusieurs organes de presse, le capitaine de vaisseau Ibrahima Sow a rappelé leur influence dans la construction de l’actualité nationale. « C’est vous qui choisissez sous quel angle il faut attaquer une information », a-t-il relevé, soulignant ainsi la responsabilité éditoriale des professionnels des médias dans la perception des questions de défense et de sécurité. Dans ce cadre, il a invité les journalistes à se rapprocher systématiquement de la Dirpa lorsqu’ils travaillent sur une information concernant les Armées. Une démarche qui, selon lui, permettrait de renforcer la crédibilité des informations diffusées et d’éviter les approximations sur des sujets sensibles. Pour le responsable militaire, cette disponibilité doit ouvrir une nouvelle dynamique de travail entre les Forces armées et les médias. « La clôture de ce séminaire ne constitue donc pas une fin, mais le point de départ d’une série d’activités entre le Sénégal et la Coalition islamique militaire pour la lutte contre le terrorisme », a-t-il conclu.
Déconstruire les discours extrémistes
Prenant la parole au nom des séminaristes, Maïmouna Diallo a appelé les journalistes à renforcer leur rôle dans la prévention de la radicalisation et la préservation du vivre-ensemble. « Les discours extrémistes fragilisent nos sociétés, divisent nos communautés et rongent le socle du vivre-ensemble », a-t-elle alerté. Selon elle, ces discours exploitent les fragilités, les inégalités et l’ignorance pour imposer « une vision manichéenne du monde ». Au terme d’une semaine de formation, les participants disent avoir acquis des outils pour identifier les mécanismes de manipulation qui transforment un adversaire politique ou un simple compatriote en « ennemi absolu ».
Pour Maïmouna Diallo, cette capacité d’analyse doit désormais se traduire dans la pratique journalistique. « Notre rôle repose sur notre capacité à déconstruire certains messages, à faire connaître les sens cachés et à promouvoir un dialogue inclusif », a-t-elle souligné. Face à la polarisation du débat public, elle préconise la défense des valeurs démocratiques et de l’écoute mutuelle. Pour elle, la fin de cette formation n’est donc pas une conclusion, mais « un point de départ ». Les journalistes sont désormais appelés à devenir des « ambassadeurs de la cohésion, de la tolérance et du juste milieu ».
Pour Bahija Belmabrouk, Formatrice de ce séminaire, les participants sont désormais appelés à jouer un rôle déterminant dans la déconstruction des récits des groupes extrémistes et la mise en place de stratégies intelligentes de riposte. Une mission qualifiée de « noble », qui fait des journalistes de véritables ambassadeurs de la prévention de l’extrémisme violent dans leurs sociétés.





































