Longtemps cantonnée à la seule Journée mondiale du 10 octobre, la santé mentale s’invite désormais au cœur d’une semaine nationale de sensibilisation. Autorités sanitaires, société civile et partenaires veulent placer la prévention, l’inclusion et la lutte contre la stigmatisation au centre de la riposte.
Le Sénégal veut changer d’échelle dans la promotion de la santé mentale. Désormais, il ne s’agit plus de consacrer une seule journée à cette question, mais toute une semaine pour mieux sensibiliser les populations. Lancée par la Division de la santé mentale du ministère de la Santé, en collaboration avec le Réseau des organisations pour la promotion de la santé mentale au Sénégal (Reposam), cette initiative entend donner davantage de visibilité à une problématique devenue transversale.
« La santé mentale devient une question transversale qui touche toutes les populations », souligne Abdoulaye Gueye, coordonnateur du Reposam. Pour lui, l’enjeu est de mobiliser les communautés autour de la prévention, de la sensibilisation et du suivi psychosocial, tout en combattant les préjugés qui entourent encore les personnes vivant avec des troubles mentaux. D’après lui, « Il n’est plus question de stigmatiser les malades mentaux ». Un changement de perception considéré comme indispensable pour faire de la santé mentale non plus une question marginale, mais une composante à part entière de la santé publique.
La semaine qui a démarré par une randonnée pédestre, symbole d’une approche qui veut associer santé physique et santé psychologique, permettra de faire de la santé mentale une priorité collective et lutter contre la stigmatisation. « On ne peut pas parler de santé physique sans sport », rappelle Dr Maïmouna Dieng, cheffe de la Division de la santé mentale. Selon elle, l’activité physique constitue aussi un levier de prévention et de bien-être psychologique. Placée sous le thème « Les expériences vécues entendues : des voix réelles, un changement réel », la semaine met l’accent sur les réalités vécues par les populations. Stress, difficultés sociales et autres facteurs de vulnérabilité alimentent des problèmes de santé mentale qui nécessitent une réponse allant au-delà de la seule prise en charge médicale.
Pour Hawa Tall, Directrice de la Clinton Health Access Initiative (Chai) au Sénégal, l’objectif est de réunir les différentes parties prenantes autour d’une même priorité.
L’organisation entend notamment accompagner la Division de la santé mentale dans la mise en œuvre de la vision stratégique du pays et favoriser une plus grande implication des communautés. La prévention est ainsi présentée comme une priorité. « Ce qui est plus important, c’est comment prévenir ces maladies mentales avant d’arriver à la question de la prise en charge », insiste Hawa Tall. Cette dernière reste toutefois un défi majeur, notamment en matière d’accès aux soins, aux médicaments et d’implication communautaire.
La semaine ne se limitera pas aux espaces publics. Une descente dans les prisons est prévue avec des actions de sensibilisation et la distribution de kits d’hygiène. Pour la Division de la santé mentale, les lieux de détention concentrent d’importantes problématiques qui nécessitent une attention particulière. Le 10 octobre, à Rufisque Nord, les acteurs dresseront l’état des lieux des défis, des réalisations et des perspectives afin d’identifier les obstacles persistants à une meilleure prise en charge.
Par Idrissa NIASSY




































